Décidément, l’humeur de l’Union européenne était au contrôle, sinon à l’inquisition, dans le domaine de la crypto. Après avoir largement approuvé MiCA et le règlement TFR destinés à imposer un cadre contraignant aux acteurs de l’industrie, elle s’attaquait dorénavant au secteur de la finance décentralisée (DeFi), via un appel à projets ciblant la blockchain Ethereum.
Ethereum sous surveillance
Elle avait mis le temps, mais une fois les vitesses enclenchées, elle ne s’arrêtait plus. Les textes MiCA et TFR tout chauds d’un vote d’adhésion quasi unanime, l’Union européenne enfourchait parallèlement un autre cheval de bataille, la finance décentralisée. Un segment de l’écosystème dont elle peinait à définir les contours et qui, de fait, n’apparaissait qu’en creux dans ces propositions.
Qu’à cela ne tienne, la direction générale de la Commission européenne chargée de la stabilité financière, des services financiers et de l’union des marchés des capitaux trouvait la parade. Elle lançait en octobre 2022 un appel d’offres visant à développer et tester une solution de « supervision intégrée » de l’activité de la finance décentralisée, sur la blockchain qui condense le plus ce type d’activité, Ethereum.
Un contrôle généralisé
L’objectif affiché : disposer d’un outil capable de collecter automatiquement les données pour suivre en temps réel les transactions DeFi, en exploitant la nature ouverte des données on-chain d’Ethereum. Le projet pilote était budgété à 250 000 euros, quand des explorateurs de blocs gratuits et performants, comme Etherscan, faisaient déjà une partie du travail.
Sans doute s’agissait-il d’ajouter une couche de transparence supervisée, exploitable par les régulateurs et l’administration. Contrairement à ce qui circulait alors, le pilote n’était pas calibré sur six mois : la documentation officielle tablait sur une étude d’environ quinze mois, censée préparer l’application de futurs instruments législatifs dédiés à la DeFi.
MiCA et TFR : ce qui a vraiment changé
Ce projet n’était qu’une première étape. La machine s’est bel et bien mise en marche. Le règlement MiCA est entré en vigueur le 29 juin 2023, avec une application en deux temps : juin 2024 pour les stablecoins (jetons de monnaie électronique et jetons référencés à des actifs), puis 30 décembre 2024 pour les prestataires de services sur crypto-actifs (PSCA).
Le règlement TFR, sur la transparence des transferts de crypto-actifs, s’applique lui aussi depuis le 30 décembre 2024. Les plateformes doivent désormais transmettre les données d’identification de l’expéditeur et du destinataire pour lutter contre le blanchiment. Une période transitoire, variable selon les États membres, court jusqu’au 1er juillet 2026.
La DeFi en 2026 : surveillée, pas encore régulée
Le cas de la finance décentralisée reste à part. MiCA, dans son article 142, chargeait la Commission de remettre fin 2024 un rapport sur l’opportunité de réguler la DeFi, le lending et le borrowing de crypto-actifs. Le rapport conjoint EBA-ESMA publié début 2025 a nourri cette analyse, sans recommandation contraignante immédiate.
Le constat des deux autorités : la DeFi demeure un phénomène de niche. La valeur verrouillée dans les protocoles ne représentait qu’environ 4 % de la capitalisation crypto mondiale, l’adoption européenne restant supérieure à la moyenne mondiale mais inférieure à celle des États-Unis ou de la Corée du Sud.
Ce que cela change pour les utilisateurs
En pratique, un utilisateur de DEX ou un détenteur de wallet auto-hébergé interagissant avec des smart contracts n’est pas, à ce stade, directement visé par une licence MiCA. La régulation cible d’abord les intermédiaires centralisés. La supervision intégrée, elle, vise la lecture passive des données on-chain plutôt que l’enregistrement des protocoles.
Pour autant, la pression de conformité s’accentue sur les passerelles entre finance traditionnelle et DeFi. Les régulateurs scrutent le staking, le lending et les structures de gouvernance type DAO. Sécuriser ses clés sur un portefeuille matériel et comprendre les flux on-chain redevient un réflexe utile.
Une domestication en marche
Maintenant que la dynamique est lancée, il faut s’attendre à un déploiement coordonné des États pour encadrer un espace souvent qualifié de « Far West » par les tenants de l’ordre financier traditionnel. Sous couvert de faciliter l’adaptation aux exigences de conformité, la boîte à outils qui se prépare risque de contenir plus de marteaux que de clés.
Reste à savoir comment ce projet pilote, conçu en 2022, se traduira concrètement. Pour suivre l’évolution du marché en parallèle, des outils comme la heatmap des cryptos, l’indice Fear & Greed ou un convertisseur crypto restent utiles. Et pour approfondir, notre dossier tout savoir sur Ethereum ainsi que la rubrique régulation font le point.
Sources
- Commission européenne, décision sur le projet pilote de supervision intégrée
- ESMA, Markets in Crypto-Assets Regulation (MiCA)
- Rapport conjoint EBA-ESMA sur la DeFi (article 142 de MiCA)
- AMF, le règlement européen MiCA
- CoinDesk, EU Commission Launches Proposal for Study of Automated DeFi Supervision
- Etherscan, explorateur de blocs Ethereum
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