En janvier 2019, Coinbase a signalé qu’une entité inconnue avait réorganisé la blockchain Ethereum Classic pour réaliser des doubles dépenses portant sur 219 500 ETC, soit environ 1,1 million de dollars à l’époque. Ce n’était qu’un début : ETC a subi 4 attaques documentées entre 2019 et 2020, pour un total estimé à 6,8 millions de dollars. En 2026, le réseau affiche un hashrate stabilisé autour de 150 TH/s et aucune attaque majeure n’a été signalée depuis 2021.
Au programme
- En janvier 2019, une attaque 51% a coûté 219 500 ETC (~1,1 M$) : Coinbase a suspendu les dépôts ETC dans les heures suivant la détection (Coinbase Blog, 2019).
- ETC a subi 3 nouvelles attaques en juillet-août 2020, pour un cumul d’environ 5,6 M$ supplémentaires.
- En 2026, ETC reste une blockchain PoW immuable avec un hashrate de 150 TH/s et aucune attaque depuis 2021.
Qu’est-ce qu’une attaque 51% ?
Une attaque 51% cible les blockchains à Preuve de travail (PoW) : dès qu’une entité contrôle plus de la moitié de la puissance de calcul du réseau, elle peut réécrire des blocs récents. Elle réorganise alors la chaîne pour annuler des transactions déjà confirmées et rediriger les fonds vers ses propres portefeuilles. Ce mécanisme s’appelle la double dépense.
Le principe concret : l’attaquant envoie des tokens vers un exchange (transaction visible sur la chaîne publique), attend la confirmation, retire les fonds en monnaie fiduciaire, puis réécrit la chaîne en effaçant la transaction initiale. Le protocole reconnaît la chaîne la plus longue comme valide : la chaîne alternative contrôlée par l’attaquant devient la référence officielle.
Pourquoi ETC était-il particulièrement vulnérable en 2019 ?
Le coût d’une attaque 51% est directement proportionnel au hashrate du réseau ciblé. En janvier 2019, selon les estimations de Crypto51, louer suffisamment de puissance de calcul pour contrôler le réseau ETC coûtait moins de 5 000 dollars par heure. En comparaison, une attaque équivalente sur Bitcoin nécessitait à l’époque plusieurs millions de dollars par heure.
Ethereum Classic partageait alors l’algorithme Ethash avec Ethereum, ce qui permettait à des mineurs opportunistes de basculer très rapidement leur puissance de calcul d’un réseau à l’autre. Cette interchangeabilité des équipements rendait la location de hashrate via des services comme NiceHash particulièrement accessible.
L’attaque de janvier 2019 reste la première documentée publiquement. Un mineur inconnu a contrôlé plus de 50 % du hashrate ETC pendant plusieurs heures, réorganisant jusqu’à 100 blocs en une seule session. Coinbase a détecté l’anomalie et suspendu tous les dépôts et retraits ETC dans les heures suivant l’alerte. C’est le type d’incident que l’on retrouve analysé dans notre dossier sur les hacks et failles de sécurité en crypto.
Que s’est-il passé lors des attaques de 2020 ?
L’été 2020 a marqué le pic de vulnérabilité d’ETC : 3 attaques distinctes ont frappé le réseau en moins d’un mois, pour un cumul dépassant 5,6 millions de dollars, selon les données compilées par CoinDesk. La troisième attaque, fin août, était la plus importante : les données on-chain ont montré une réorganisation de plus de 7 000 blocs, un record pour un réseau de cette taille.
Plusieurs exchanges ont alors exigé jusqu’à 10 000 confirmations avant de créditer des dépôts ETC, rendant le réseau quasi inutilisable pour les transactions importantes. Cette série d’attaques a déclenché un débat interne sur l’adoption d’un mécanisme de protection.
Les développeurs du client Core-Geth ont proposé le protocole « Modified Exponential Subjective Scoring » (MESS). Ce mécanisme rend les réorganisations de grande ampleur économiquement prohibitives en augmentant exponentiellement la difficulté de remplacer des blocs anciens. Le protocole MESS a été activé fin 2020.
Lecture CryptoActu Les 4 attaques 51% subies par ETC entre 2019 et 2020 illustrent un problème structurel des blockchains PoW minoritaires partageant leur algorithme avec un réseau dominant. Quand Ethereum a migré vers le PoS en septembre 2022, les mineurs ETH se sont massivement reportés sur ETC, augmentant mécaniquement le hashrate et rendant les attaques beaucoup plus coûteuses. La sécurité d’ETC doit paradoxalement beaucoup à la disparition du minage Ethereum.
Comment ETC s’est-il sécurisé depuis 2021 ?
Depuis l’activation du protocole MESS fin 2020 et la migration d’Ethereum vers le PoS en septembre 2022, le réseau ETC n’a subi aucune attaque majeure documentée. Le hashrate tourne en 2026 autour de 150 TH/s, selon les données de CoinGecko, un niveau qui rend une attaque significativement plus coûteuse qu’en 2019.
L’arrivée massive des mineurs ASIC sur ETC après la fusion Ethereum a transformé le profil de sécurité du réseau. Les équipements ASIC, contrairement aux GPU, ne peuvent pas être redirigés vers d’autres algorithmes en quelques minutes. Le coût d’opportunité pour un attaquant est donc structurellement plus élevé, estimé à plus de 500 000 dollars par heure en 2026, contre moins de 5 000 dollars en 2019.
Côté développement, 3 clients principaux maintiennent le réseau : Core-Geth, Hyperledger Besu (compatible ETC) et Geth Classic. La roadmap 2026 inclut des discussions autour de l’upgrade Spiral, qui vise à améliorer la compatibilité EVM sans toucher au mécanisme de consensus. Le passage au PoS n’est pas prévu : la philosophie « Code is law » et l’immuabilité restent les piliers identitaires du projet selon le site officiel Ethereum Classic.
Quel est le statut d’Ethereum Classic en 2026 ?
ETC s’échange entre 25 et 50 dollars en 2026, avec une capitalisation oscillant entre 3 et 7 milliards de dollars selon les données de CoinGecko. C’est loin de l’ATH de 176 dollars atteint en mai 2021, mais le projet se maintient dans le top 30 des cryptomonnaies par capitalisation. La supply est plafonnée à environ 210,7 millions d’ETC, avec une réduction d’émission de 20 % tous les 5 millions de blocs, un modèle proche des halvings Bitcoin.
L’écosystème reste modeste. La TVL DeFi sur ETC tourne autour de 50 millions de dollars, et les NFT y sont présents mais marginaux. Le positionnement revendiqué est celui d’un « Bitcoin programmable » : immuable, PoW, supply finie, sans gouvernance centralisée. Cette philosophie est directement héritée du refus de la communauté ETC d’annuler le hack du DAO en juillet 2016, quand Ethereum a choisi de forker.
Pour les utilisateurs français, ETC est accessible sur Kraken et Bitfinex. Coinbase propose ETC mais avec des restrictions selon les juridictions. Si vous cherchez à comprendre les deux trajectoires divergentes, notre article sur le passage d’Ethereum au Proof of Stake apporte un éclairage utile sur ce que chaque réseau a choisi d’être.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’une attaque 51% sur une blockchain PoW ?
Une attaque 51% survient quand une entité contrôle plus de la moitié de la puissance de calcul d’un réseau PoW. Elle peut alors réécrire des blocs récents et réaliser des doubles dépenses : envoyer des fonds vers un exchange, les retirer, puis effacer la transaction sur la chaîne pour récupérer les tokens initiaux. Les réseaux minoritaires partageant leur algorithme avec un réseau plus grand sont les plus exposés.
Combien d’argent a-t-on volé sur Ethereum Classic via ces attaques ?
Les 4 attaques documentées entre janvier 2019 et août 2020 représentent environ 6,8 millions de dollars au total. La première attaque (janvier 2019) a coûté l’équivalent de 1,1 million de dollars. Les 3 attaques d’août 2020, les plus sophistiquées, ont cumulé environ 5,6 millions de dollars de doubles dépenses supplémentaires. Notre dossier sur les hacks et failles de sécurité en crypto replace ces chiffres dans le contexte plus large des attaques sur les protocoles blockchain.
Ethereum Classic est-il encore sécurisé en 2026 ?
Aucune attaque majeure n’a été signalée depuis 2021. L’activation du protocole MESS fin 2020, combinée à l’afflux de mineurs ASIC après la migration d’Ethereum vers le PoS en 2022, a porté le hashrate d’ETC à environ 150 TH/s. Le coût estimé d’une attaque d’une heure dépasse désormais 500 000 dollars, contre moins de 5 000 dollars en 2019.
Quelle est la différence entre Ethereum et Ethereum Classic ?
Ethereum Classic est la version originale de la blockchain Ethereum, conservée après le hack du DAO en juillet 2016. Quand la communauté ETH a choisi d’annuler le hack via un hard fork, une minorité a maintenu la chaîne d’origine (ETC) au nom du principe « Code is law ». ETH a depuis migré vers le PoS en 2022 ; ETC reste en PoW avec une supply plafonnée à 210,7 millions d’unités et aucune transition vers le PoS prévue.
À retenir
Ethereum Classic a payé un lourd tribut à sa vulnérabilité structurelle entre 2019 et 2020 : 4 attaques 51%, près de 6,8 millions de dollars volés, et plusieurs exchanges qui ont gelé les transactions ETC. La montée du hashrate post-Merge d’Ethereum a résolu le problème de fait. À surveiller en 2026 : l’upgrade Spiral sur la roadmap et l’évolution du cours, encore loin de l’ATH de 176 dollars.
Sources
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