En 2021, alors que le réseau Ethereum s’engluait dans des frais de transaction inabordables, les solutions de mise à l’échelle (layer 2) connaissaient un développement sans précédent. Une situation qui reposait sur la nécessité de proposer des alternatives plus rapides et moins coûteuses à cette blockchain historique. Et qui concernait de plus en plus de projets de la DeFi, mais pas uniquement. Avec comme motivation première de ne pas déserter le territoire de cette Money Lego sur laquelle presque tout reposait encore. Mais sans avoir à en subir les conséquences. Et dans le domaine, le projet Polygon (MATIC) faisait alors figure de leader. Ce qu’est venue confirmer, en septembre 2021, son adoption par le géant mondial de l’audit financier anciennement appelé Ernst & Young (EY).
La situation du réseau Ethereum pouvait alors être résumée par cette remarque du compte Twitter répondant au nom d’Antiprosynthesis.eth. À savoir que si l’on demandait à dix personnes quelle blockchain pouvait être considérée comme sa concurrente directe, dix réponses différentes étaient données. « C’est pourquoi Ethereum a déjà gagné ». Car il restait quoi qu’il arrive cette structure sur laquelle la DeFi s’était construite. Et le support des développements les plus importants de ce secteur sur les années précédentes. Ce qui pouvait même inclure ses multiples et inégaux concurrents dont l’objectif se résumait bien souvent à lui voler quelques parts de marché.
Et dans le domaine, les projets de type layer 2 s’affirmaient comme des solutions très appréciées. Cela en grande partie car ils ne cherchaient pas à réinventer la roue, mais juste à en faciliter l’usage. Avec comme moyen pour y parvenir la mise en place d’une seconde couche qui utilise Ethereum sans encombrer son réseau de données inutiles. Ce que proposait très exactement le projet Polygon (MATIC), avec une valeur totale bloquée (TVL) dans son écosystème qui pointait à l’époque autour de 4,7 milliards de dollars, dans le top 5 des réseaux les plus importants de la DeFi. Elle est depuis retombée aux alentours du milliard de dollars.
EY emménage sur le réseau Polygon
Une position confortée par un communiqué de presse publié le 13 septembre 2021 sur le site PRNewsWire. Ce dernier au sujet d’un rapprochement de Polygon et des options de blockchain EY OpsChain et EY Blockchain Analyzer de la société EY (anciennement Ernst & Young). Une annonce émanant cette fois directement du cabinet d’audit, et non d’un faux communiqué comme dans l’affaire du Litecoin prétendument adopté par Walmart, dont le cadavre était encore chaud. Le compte Twitter de Polygon avait d’ailleurs partagé dans la foulée un article de CoinDesk sur le sujet.
« Alors que de plus en plus d’entreprises adoptent la technologie blockchain, les volumes de transaction et les coûts sur la principale blockchain publique Ethereum ont augmenté. L’adoption des solutions de chaîne de validation de Polygon permet à l’organisation EY d’offrir aux utilisateurs d’entreprise des volumes de transactions accrus. Cela avec des coûts et des délais de règlement prévisibles. Ainsi que la possibilité de transférer les transactions sur le réseau public Ethereum. », EY

Une collaboration qui intervenait dans le cadre de ce qui ressemblait à un déménagement. Mais pas trop loin, puisque la société EY avait décidé de transférer ses « services de blockchain phares » sur le réseau de seconde couche Polygon. Cela afin de permettre à ses clients de « connecter leurs opérations commerciales au réseau MATIC avec un simple changement de configuration ». Et d’échapper ainsi aux volumes de transaction et aux coûts alors en augmentation « sur la principale blockchain publique Ethereum« .
Des blockchains privées pour les entreprises
Une mise en place qui devait également comporter des solutions de « blockchains privées » de type Optimistic rollup. Cela afin « d’offrir aux entreprises le confort et la sécurité d’un système fermé ». Mais tout en conservant « un alignement étroit avec le réseau principal public Ethereum. Ce qui rendrait la transition future vers les réseaux publics plus rapide et moins risqué ». Le tout avec un supplément de prise en charge des conformités réglementaires qui n’était pas négligeable.

« Ernst & Young (EY), l’une des « Big Four » multinationales de conseil, connectera ses solutions de blockchain à Polygon pour atténuer les contraintes de scalabilité du réseau principal d’Ethereum. », Paul Brody, EY Global Blockchain Leader
Cette brique de confidentialité a bien vu le jour sous le nom de Polygon Nightfall, ouverte aux entreprises en janvier 2023, avant qu’EY n’en publie en avril 2025 une quatrième version entièrement à preuves à divulgation nulle, cette fois déployée sur le réseau principal d’Ethereum. Une trajectoire qui confortait l’avance de Polygon dans le secteur, mais posait la question de l’utilité des layer 2 une fois Ethereum passé à la preuve d’enjeu. Le passage a eu lieu en septembre 2022, et la mise à jour Dencun de mars 2024 a fait s’effondrer le coût des transactions de seconde couche, sans faire disparaître ces réseaux pour autant. Sandeep Nailwal, alors directeur de l’exploitation de Polygon et devenu en juin 2025 directeur général de la Polygon Foundation, affirmait justement que ces solutions de layer 2 auraient toujours une place dans l’écosystème Ethereum. Polygon lui a donné partiellement raison : le token MATIC a été remplacé par POL à partir de 2024, le zkEVM du projet a été mis à l’arrêt le 1er juillet 2026, et les efforts se concentrent désormais sur la chaîne PoS et sur l’AggLayer.
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