Le collectif d’Aide aux Victimes d’Influenceurs (AVI) a déposé ses premières plaintes pour « escroquerie en bande organisée » au parquet de Paris en janvier 2023 : plus de 80 plaignants ciblant des figures de la télé-réalité française qui avaient vendu du rêve NFT à leurs millions d’abonnés. Le préjudice global des escroqueries financières en France dépasse, selon le Parquet de Paris, 500 millions d’euros par an. Trois ans après l’effondrement du marché NFT, que sont réellement devenus ces influenceurs ?
Au programme
- Animoon : 6,3 M$ collectés, 5 000 investisseurs lésés, enquête judiciaire toujours en cours (AVI, 2023)
- Télé-réalité et Dubaï : le duo Marc et Nadé Blata, JLC Family, Julien Tanti dans le viseur de la DGCCRF
- Loi du 9 juin 2023 : ce que la France a changé - et ce qu’elle n’a pas changé - pour les victimes
Qu’était vraiment Animoon, la plus grosse arnaque NFT française ?
Le projet Animoon - inspiré de l’univers Pokémon - a collecté 6,3 millions de dollars auprès de près de 5 000 investisseurs en 2022, selon le collectif AVI. Les promesses étaient extravagantes : un salaire mensuel de 2 500 dollars à vie, des voyages au Japon, des vêtements de luxe, des cartes Pokémon, un « projet Netflix top secret ». Cinq mois après la fin de la vente des NFT, aucun investisseur n’avait touché quoi que ce soit.
Le mécanisme était classique. Les influenceurs promouvaient la collection sur Instagram, capturaient l’audience vers un groupe Telegram payant de copy-trading, puis disparaissaient avec la caisse. Les créateurs du projet ont quitté la scène publique sans rembourser personne. Le détective on-chain ZachXBT avait documenté dès 2022 les flux de fonds suspects, provoquant les premières alertes. Les victimes françaises ne reverront probablement jamais leur mise.
Qui sont les influenceurs visés par la justice française ?
Le dossier judiciaire concerne plusieurs figures identifiées. Marc Singainy Tevanin et Nadira Brik Chaouche - connus sous les pseudonymes « Marc et Nadé Blata » -, couple issu de la télé-réalité et expatrié à Dubaï, ont activement promu Animoon auprès de leur audience. Ils sont également mis en cause dans un second dossier de copy-trading : via un groupe Telegram baptisé « Blatagang », Marc Blata aurait orienté ses abonnés vers une application de trading sur le Forex. L’AMF estime que ces produits ont enregistré entre 70 et 80 % de pertes pour les clients.
Autre figure citée par le collectif AVI : Laurent Correia, alias Laurent Billionnaire, participant à son propre programme de téléréalité « JLC Family » diffusé sur TFX. Le collectif le désigne parmi les protagonistes visés pour escroquerie en bande organisée. Ces procédures restent pendantes devant la justice française ; aucune condamnation définitive n’était prononcée au moment de la rédaction de cette enquête.
Pourquoi Dubaï est-il devenu le refuge préféré de ces influenceurs ?
L’exil aux Émirats arabes unis n’est pas anodin. Dubaï offre une fiscalité quasi nulle sur les revenus des personnes physiques, une faible contrainte réglementaire sur les actifs numériques et, surtout, une coopération judiciaire internationale limitée avec la France sur les affaires financières. De nombreux influenceurs français reconvertis dans la crypto - pas seulement les figures NFT - ont fait ce choix entre 2021 et 2023 pour y installer leur résidence fiscale.
Le sujet a été exploré en détail dans notre analyse des crypto-exilés à Dubaï et Lisbonne. Le problème pour les victimes françaises : si le parquet de Paris peut ouvrir une enquête, l’exécution d’un mandat international contre un ressortissant établi aux Émirats relève d’une procédure longue. Le cabinet d’avocats Ziegler & Associés, qui représente le collectif AVI, le souligne : la victime française peut agir devant les tribunaux de son domicile, mais récupérer des fonds transférés à l’étranger reste un parcours judiciaire de plusieurs années.
Comment la loi de 2023 a-t-elle changé les règles du jeu ?
La loi n° 2023-451 du 9 juin 2023 marque une rupture. Elle interdit aux influenceurs non agréés de promouvoir des investissements en cryptomonnaies ou des services sur actifs numériques, sauf si la plateforme dispose d’un agrément PSAN auprès de l’AMF. Elle impose aussi la mention explicite « Publicité » ou « Collaboration commerciale » sur tout contenu sponsorisé. Une ordonnance du 6 novembre 2024 a précisé ces obligations.
Les NFT avaient initialement échappé à cette interdiction - une lacune que le marché a largement exploitée en 2021-2022. Depuis le 1er janvier 2022, l’AMF et l’ACPR ont inscrit sur leurs listes noires près de 5 000 acteurs ou offres non autorisés. En 2024, l’AMF a ajouté 440 nouvelles plateformes à cette liste, tandis que la DGCCRF a contrôlé près de 30 opérateurs et enjoint 10 influenceurs de cesser des publicités illicites, dont 8 se sont mis en conformité rapidement. Les procédures se poursuivent pour les 2 autres.
La loi s’applique aussi aux influenceurs basés à l’étranger qui ciblent des consommateurs français. C’est sur ce fondement que Julien Tanti, ancien candidat des « Marseillais » établi à Dubaï, a été condamné par la DGCCRF pour publicités trompeuses liées à des services de copy-trading et d’investissement dans l’or - une affaire indirectement connexe à l’univers NFT-crypto.
Que font-ils aujourd’hui ?
Le paysage post-effondrement NFT est varié. Certains ont simplement disparu des radars, leurs comptes Instagram se vidant progressivement de contenu financier. D’autres ont opéré un pivot vers des secteurs moins réglementés : coaching lifestyle, vente de formations en ligne, dropshipping, voire immobilier à Dubaï. Le lobbying crypto a lui aussi attiré quelques figures, cherchant à peser sur la réglementation plutôt qu’à la subir.
Marc Blata, dont les procédures judiciaires sont toujours en cours, a maintenu une présence active sur Instagram tout en se distançant progressivement du discours crypto pur. D’autres figures plus obscures, celles qui jouaient le rôle d’amplificateurs dans des projets comme Animoon, ont simplement changé de niche : memecoins, stablecoins à rendement douteux, formations « trader pro ». Le sujet de faux bots trading IA sur TikTok illustre précisément cette mutation : même population, nouvelles arnaques, nouveaux emballages.
Selon plusieurs observateurs du secteur, la reconversion la plus fréquente reste la vente de formations crypto ou trading à des prix élevés - un modèle qui échappe largement à la loi de 2023 tant qu’il ne s’agit pas d’une recommandation d’investissement explicite.
Ce glissement est documenté par le baromètre AMF de décembre 2025 : 16 % des personnes sondées déclarent avoir déjà été victimes d’une escroquerie sur un placement financier, et les jeunes restent les premières cibles, souvent en raison d’une confiance excessive envers les influenceurs.
Questions fréquentes
Peut-on encore porter plainte pour une arnaque NFT de 2021-2022 ?
Oui. La prescription pour escroquerie en bande organisée est de 6 ans en France. Les victimes de projets NFT lancés en 2021-2022 disposent donc encore d’une fenêtre d’action. Le collectif AVI et des cabinets spécialisés comme Ziegler & Associés accompagnent ces démarches. Il faut constituer un dossier : captures d’écran des promotions, preuves de virement, historique de wallet.
Quelles sont les sanctions encourues par les influenceurs crypto non agréés ?
Depuis la loi du 9 juin 2023, promouvoir des actifs numériques sans agrément PSAN expose à des amendes administratives. Sur le plan pénal, l’escroquerie en bande organisée est punie de 10 ans d’emprisonnement et 1 million d’euros d’amende. La DGCCRF peut par ailleurs prononcer des injonctions de cesser et des sanctions civiles. Consulter la liste des plateformes autorisées AMF reste le premier réflexe avant tout investissement.
Comment identifier un influenceur qui promeut une arnaque crypto aujourd’hui ?
Les signaux d’alerte restent les mêmes : promesse de rendement garanti, urgence artificielle, absence de smart contract audité, influenceur non identifiable légalement. L’AMF publie sa liste noire consultable sur son site. Tout projet qui promet un salaire mensuel fixe via des NFT ou des bots automatiques relève quasi systématiquement du schéma de type phishing ou exit scam. Vérifier l’enregistrement PSAN de la plateforme associée est indispensable.
Les victimes d’Animoon ont-elles été indemnisées ?
À ce jour, aucune indemnisation collective n’a été annoncée. Les enquêtes judiciaires ouvertes à Paris en 2023 suivent leur cours, mais les procédures pénales pour escroquerie en bande organisée impliquant des mis en cause à l’étranger peuvent durer plusieurs années. Les victimes sont invitées à rejoindre le collectif AVI pour mutualiser les preuves et renforcer le dossier.
À retenir : L’essentiel du dispositif judiciaire français contre les influenceurs NFT reste en phase d’instruction, sans condamnation définitive connue à ce jour. La loi de 2023 a posé des règles claires, mais les contournements - formations payantes, nouveaux memecoins, exil fiscal - se multiplient. Surveiller les listes noires de l’AMF et les décisions du parquet de Paris dans les prochains mois.
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Sources
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