Le secteur de la DeFi pouvait sembler un peu lointain, fin 2021, face à la folie des métavers et des jetons NFT. Pourtant son évolution ne cessait alors de s’accélérer, sous la forme d’un cas d’usage opérationnel des opportunités qu’offrent les cryptomonnaies. Une réalité difficile à ignorer pour ceux dont la volonté n’est pas d’interdire, mais de constater la force d’une innovation en marche. Car même le plus sceptique des investisseurs cryptos devait composer avec cette finance numérique en train de (re)dessiner une partie de l’économie. Un constat qui gagnait également certaines structures gouvernementales, comme dans le cas de cette responsable politique australienne.

Alors que le marché des cryptomonnaies bat des records en novembre 2021, le bitcoin culminant près de 69 000 dollars le 10, la DeFi poursuit son évolution comme principal modèle économique appliqué à cet univers. Avec comme signe de son adoption l’affairement de certains puristes du Bitcoin pour en tordre les frontières et y intégrer leur BTC. Mouvement dont le fer de lance est alors la société Square et son PDG Jack Dorsey, qui travaille à une plateforme d’échange décentralisée. Ce chantier, baptisé tbDEX, n’aura jamais été lancé : Block, nouveau nom de Square depuis décembre 2021, a fermé la division concernée en novembre 2024. Quant à Ethereum, alors encore en Proof of Work (PoW), il a basculé en Proof of Stake lors de la Fusion de septembre 2022.

Quoi qu’il en soit, l’essor de cette économie 2.0 ne passe pas inaperçu hors des frontières jusque là hermétiques de la zone crypto. Avec des structures institutionnelles dont le déversement théorique de liquidité pourrait en faire exploser la valeur totale verrouillée (TVL) vers des sommets estimés en milliers de milliards de dollars, une projection dont on reste, cinq ans plus tard, très loin. Et de nombreuses voix officielles qui sortent du rang pour en vanter les mérites, face à des instances de régulation encore hésitantes. Au point que ce nouveau paradigme devient pour certains le prochain modèle économique à l’origine « d’énormes opportunités ».

La DeFi « ne va pas disparaître de sitôt »

Les avis positifs ont toujours plus de valeur lorsqu’ils proviennent de personnes a priori extérieures au secteur mentionné, à condition qu’elles disposent de la crédibilité nécessaire pour rendre l’analyse pertinente. Un exercice auquel le secteur de la DeFi se prête de plus en plus souvent. Cela face à une explosion de son développement qui ne manque pas d’attirer l’attention d’une finance traditionnelle en pleine remise en cause de son modèle. Et une valeur totale verrouillée qui, fin 2021, dépasse les 250 milliards de dollars selon les agrégateurs de l’époque, dont les méthodologies ont depuis été révisées à la baisse. En août 2026, cette TVL évolue plutôt autour de 70 milliards de dollars.

Graphique de la valeur totale verrouillée en DeFi dépassant 250 milliards dollars

Et c’est cette fois en Australie que vient de se faire remarquer Jane Hume sur le sujet de la DeFi. Sénatrice du Parti libéral pour l’État de Victoria, elle est alors ministre des Retraites, des Services financiers et de l’Économie numérique, ainsi que ministre de la Sécurité économique des femmes. Elle s’exprime au sommet Super & Wealth de l’Australian Financial Review, à Sydney, ce lundi 22 novembre 2021. Un événement au cours duquel elle n’a pas manqué de souligner le caractère innovant d’une finance décentralisée aux « énormes opportunités. » Avec comme volonté affirmée de faire de son pays un « précurseur en matière d’innovation et de progrès économique. »

« La finance décentralisée ou DeFi est un domaine émergent et en évolution rapide de la technologie financière qui présente d’énormes opportunités. Un récent rapport du comité sénatorial a indiqué qu’un nombre incroyable de 17% des Australiens investissent dans les cryptomonnaies. C’est une classe d’actifs qui a capturé les cœurs et les esprits, mais au-delà de cela, et quoi que vous puissiez en penser personnellement, c’est une technologie qui ne va pas disparaître de sitôt. », Jane Hume

« Avancer avec prudence, mais pas avec crainte »

Le rapport qu’elle cite est celui de la commission sénatoriale « Australia as a Technology and Financial Centre », présidée par le sénateur Andrew Bragg et publié le 20 octobre 2021. Un engagement que la ministre souhaite mener aux côtés d’acteurs ayant déjà « adopté l’innovation et les développements dans cet univers. » Avec en tête la récente mise en place de services crypto par la Commonwealth Bank (CBA), première banque du pays, une expérimentation suspendue dès mai 2022, faute de cadre réglementaire clair. Et une volonté dont le maître mot se résume dans le cas présent à « avancer avec prudence, mais pas avec crainte. »

« Ne soyez pas la personne qui pensait que l’iPhone ne décollerait jamais parce que les gens préféreraient avoir leur musique et leur téléphone sur des appareils séparés. Ne soyez pas la personne qui faisait encore ses opérations financières à la main en 2001, plutôt que d’utiliser Excel. Ne soyez pas la personne en 1995 qui a dit qu’Internet n’était qu’un endroit pour les geeks et les criminels et qu’il ne deviendrait jamais populaire. Et ne soyez pas la personne qui a soutenu que le courrier électronique était une mode passagère. », Jane Hume

Car ce n’est pas en arrivant lorsque tout est déjà posé que l’on réalise les meilleures opérations. La prise de risque est indissociable de l’adoption d’une nouvelle technologie, en particulier financière. Ce que Jane Hume explique dans son allocution, car « toute innovation commence comme une perturbation et finit par devenir un terme familier. » Reste que l’Australie aura mis près de cinq ans à transformer ces intentions en droit : les douze recommandations du rapport Bragg sont restées lettre morte. Il a fallu le projet de loi du Trésor de septembre 2025, puis le Corporations Amendment (Digital Assets Framework) Act promulgué le 8 avril 2026, pour soumettre plateformes d’actifs numériques et dépositaires à une licence de services financiers (AFSL). Le texte n’entre en vigueur que le 9 avril 2027, l’ASIC ayant actualisé sa fiche INFO 225 et accordé une tolérance jusqu’au 30 septembre 2026. Jane Hume, elle, a quitté le gouvernement en 2022 et est devenue cheffe adjointe de l’opposition en février 2026.

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