En 2025, les adresses identifiées comme illicites ont reçu au moins 154 milliards de dollars, selon le Crypto Crime Report 2026 de Chainalysis, qui a par ailleurs relevé son estimation 2024 de 40,9 à 57,2 milliards : ces chiffres sont systématiquement révisés à la hausse d’une édition à l’autre. Derrière ces montants, un basculement structurel : Bitcoin n’est plus le vecteur dominant. Les stablecoins, les actifs de confidentialité et les mixeurs ont reconfiguré la géographie financière de la criminalité crypto depuis l’article publié ici en janvier 2018.
Au programme
- Les stablecoins concentrent 84 % du volume illicite identifié en 2025, contre 63 % en 2024 (Chainalysis, rapports 2025 et 2026)
- Monero reste l’actif de confidentialité de référence, mais il a été délisté par la plupart des grandes plateformes et son réseau fragilisé en août 2025
- Le volume illicite reste sous 1 % de l’activité on-chain attribuée, malgré des montants absolus en forte hausse
Ce que l’article de 2018 avait anticipé
En janvier 2018, cet article documentait un glissement naissant : les criminels commençaient à délaisser Bitcoin au profit de Monero et Zcash, jugés moins traçables. Matt Suiche, fondateur de Comae Technologies, qualifiait alors Monero d’un des favoris des milieux souterrains, dans une déclaration rapportée par Bloomberg.
Le diagnostic était juste dans sa direction générale, mais le paysage a évolué bien au-delà. La crypto-criminalité de 2026 est plus diversifiée, mieux financée et portée par une classe d’actifs que peu d’observateurs anticipaient en 2018 : les stablecoins.
Pourquoi les stablecoins ont-ils supplanté Bitcoin dans la criminalité organisée ?
Les stablecoins représentaient 84 % du volume de transactions illicites identifié en 2025, selon Chainalysis, après 63 % en 2024 et trois années consécutives de domination sur Bitcoin. Les analyses du secteur pointent l’USDT, en particulier sur TRON. Ce retournement s’explique par 3 facteurs structurels.
D’abord, la liquidité : l’USDT se convertit rapidement en monnaie fiduciaire sur des centaines de plateformes, y compris dans des juridictions peu régulées. Ensuite, le coût : sur TRON, une transaction revient à quelques centimes, contre plusieurs dollars sur Bitcoin en période de congestion. Enfin, la discrétion paradoxale : l’immense volume de transactions légitimes en stablecoins noie les flux suspects dans la masse.
Les acteurs concernés relèvent surtout de l’évasion de sanctions et de la fraude organisée. Chainalysis mesure une hausse de 694 % de la valeur reçue par des entités sanctionnées en 2025, principal moteur de l’envolée du total annuel. Côté escroqueries, la firme chiffre à environ 14 milliards de dollars les fonds captés on-chain en 2025, contre 9,9 milliards estimés pour 2024, les schémas de type “pig butchering” restant parmi les catégories dominantes. Pour comprendre comment ces stablecoins s’articulent avec le reste de l’écosystème, notre dossier sur les stablecoins USDT et USDC pose les bases utiles.
Monero : toujours puissant, mais plus invincible que prévu
Monero reste l’actif de confidentialité le plus demandé par les groupes de ransomware, qui offrent parfois une remise aux victimes payant en XMR. Le protocole Ring Signatures masque les montants et les adresses, et les stealth addresses empêchent de lier expéditeur et destinataire sur la blockchain publique. Attention toutefois aux chiffres qui circulent : Chainalysis ne ventile pas les rançons par actif, et les données issues de la fuite d’infrastructure de LockBit en mai 2025 montraient une écrasante majorité de paiements reçus en bitcoins, plus faciles à acquérir pour les victimes.
Sa réputation d’intraçabilité absolue s’est par ailleurs fissurée sur deux fronts. Techniquement, des travaux de recherche, dont ceux publiés par TRM Labs en 2025, explorent des angles d’analyse au niveau réseau plutôt que sur la chaîne elle-même, et en août 2025 le collectif Qubic a revendiqué le contrôle de plus de la moitié de la puissance de calcul du réseau, provoquant une réorganisation de plusieurs blocs. Commercialement, Monero a été retiré d’OKX en janvier 2024, de Binance en février 2024, puis de Kraken dans l’Espace économique européen en octobre 2024. L’actif reste légal à détenir, mais son accès passe désormais par des plateformes plus petites ou des échanges pair-à-pair.
“En tant que communauté, nous ne prônons certainement pas l’utilisation de Monero par les criminels. En même temps, si vous avez une monnaie décentralisée, ce n’est pas comme si vous pouviez empêcher quelqu’un de l’utiliser.” - Riccardo Spagni, développeur principal de Monero (Bloomberg, 2018)
Cette déclaration, qui date de l’époque de l’article original, reste pertinente dans sa logique. Les outils de confidentialité sont techniquement neutres. C’est leur usage qui pose question.
Comment les autorités traquent-elles les flux illicites en 2026 ?
En 2026, 3 acteurs structurent le marché du forensics blockchain : Chainalysis, TRM Labs et Elliptic. Leurs outils reconstituent des chaînes de transactions complexes, croisent des données de plateformes et identifient des wallets liés à des entités sanctionnées.
L’administration fiscale américaine recourt à ces services depuis le milieu des années 2010. Sur le plan réglementaire, le Trésor américain a retiré Tornado Cash de sa liste de sanctions le 21 mars 2025, trois ans après la désignation d’août 2022, une décision de justice ayant estimé que des contrats intelligents immuables ne pouvaient être qualifiés de “propriété”. Le volet pénal, lui, n’est pas clos : le développeur Roman Storm a été reconnu coupable en août 2025 d’un chef lié à l’exploitation d’un service de transmission de fonds sans licence.
Le groupe Lazarus, bras cybercriminel nord-coréen, illustre les limites de l’anonymisation même sophistiquée. Malgré l’utilisation de mixeurs et de bridges cross-chain, Chainalysis attribue environ 2 milliards de dollars de vols aux acteurs liés à la Corée du Nord pour la seule année 2025, dont 1,5 milliard lors du hack de Bybit en février, et estime leur cumul historique autour de 6,7 milliards. Notre dossier sur les grands hacks crypto revient en détail sur cette affaire et ses implications pour la sécurité des plateformes.
Quel est le vrai poids de la criminalité dans l’écosystème crypto ?
Avec 154 milliards de dollars reçus par des adresses illicites en 2025, la crypto-criminalité reste sous la barre de 1 % du volume on-chain attribué, une part en légère hausse par rapport à 2024. À titre de comparaison, une estimation de référence du FMI et de l’ONUDC, ancienne mais toujours citée, situe le blanchiment d’argent traditionnel entre 2 et 5 % du PIB mondial chaque année.
Ce constat nuance le récit alarmiste dominant dans les médias généralistes, sans minimiser la gravité des crimes commis. Les rançons versées aux groupes de ransomware ont atteint environ 820 millions de dollars en 2025, après 892 millions en 2024 selon l’estimation révisée de Chainalysis, soit deux années de recul depuis le pic de 1,25 milliard de 2023. Le hack de Bybit, lui, a représenté 1,5 milliard volés en un seul événement : la proportion reste faible face aux flux légitimes, mais les montants en jeu ont crû très vite.
Lecture CryptoActu La comparaison avec le blanchiment traditionnel ne réhabilite pas la crypto-criminalité : elle rappelle que Bitcoin a longtemps servi de bouc émissaire commode dans des débats régulatoires où la monnaie fiduciaire reste, de loin, le vecteur le plus utilisé pour les crimes financiers graves.
Pourquoi Bitcoin reste-t-il encore utilisé malgré sa traçabilité ?
Réduit à une fraction minoritaire des flux illicites identifiés, Bitcoin n’a pas disparu des pratiques criminelles. Sa liquidité et sa disponibilité universelle expliquent cette persistance, y compris pour l’encaissement des rançons. Certains acteurs misent sur des mixeurs ou du “chain hopping” pour brouiller les pistes.
Le résultat est généralement décevant pour eux. Les outils de traçage on-chain reconstituent désormais des flux complexes impliquant plusieurs chaînes, et la blockchain de Bitcoin reste par nature un registre public permanent. Chaque tentative de dissimulation laisse des traces que les analystes exploitent, et ces outils ont nourri de nombreuses poursuites aux États-Unis et en Europe.
À retenir
Depuis 2018, la crypto-criminalité a migré du Bitcoin vers les stablecoins, plus liquides et moins coûteux à déplacer, tandis que les actifs de confidentialité se sont marginalisés sur les plateformes régulées. Les outils forensiques ont suivi à un rythme soutenu. À surveiller : la guerre d’usure entre développeurs de protocoles privacy et laboratoires d’analyse on-chain, dont l’issue redéfinira les marges de manœuvre des deux camps.
Questions fréquentes
Quelle cryptomonnaie est la plus utilisée par les criminels en 2025 ?
Les stablecoins, au premier rang desquels l’USDT, représentent 84 % du volume de transactions illicites identifié en 2025 selon Chainalysis, après 63 % en 2024. Ils ont supplanté Bitcoin grâce à leur liquidité immédiate et à des frais quasi nuls sur des réseaux comme TRON, en particulier pour le contournement de sanctions et les arnaques organisées.
Monero est-il vraiment intraçable en 2026 ?
Monero reste beaucoup plus coûteux à analyser que Bitcoin, mais il n’est plus présenté comme intraçable par les spécialistes du forensics, qui explorent des approches au niveau réseau. Son écosystème s’est fragilisé : délistages chez OKX, Binance et Kraken dans l’EEE, puis contrôle majoritaire de la puissance de calcul revendiqué par Qubic en août 2025.
Quel est le volume total de la crypto-criminalité en 2025 ?
Chainalysis l’estime à au moins 154 milliards de dollars reçus par des adresses illicites en 2025, soit moins de 1 % de l’activité on-chain attribuée. Les postes principaux sont l’évasion de sanctions, en hausse de 694 % sur un an, les arnaques (environ 14 milliards de dollars) et les fonds volés, dont 2 milliards attribués à des acteurs nord-coréens.
Comment les autorités tracent-elles les cryptomonnaies illicites ?
Des sociétés spécialisées comme Chainalysis, TRM Labs et Elliptic fournissent aux régulateurs des outils d’analyse on-chain. Ils croisent les données de transactions publiques avec des bases de wallets identifiés pour reconstituer des flux complexes. Plusieurs gouvernements européens ont adopté ces outils, et notre guide sur la sécurité des wallets explique comment les particuliers peuvent aussi se protéger.
Sources
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GUIDESQu'est-ce qu'Anthropic ?