Citigroup déploie une plateforme blockchain pour tokeniser des parts de sociétés non cotées en bourse, selon une révélation du Wall Street Journal. La démarche vise à transformer des actifs historiquement illiquides - private equity, capital-risque - en tokens numériques échangeables, ouvrant ainsi des marchés longtemps réservés aux grands institutionnels à une base d’investisseurs plus large.

Au programme

  • Citi déploie une infrastructure blockchain propriétaire pour émettre des tokens représentant des parts de sociétés privées
  • Le private equity mondial pèse plus de 13 000 milliards de dollars, un marché quasi inaccessible aux investisseurs non institutionnels
  • Cette initiative s’inscrit dans une vague de tokenisation RWA portée par BlackRock, Franklin Templeton et désormais les grandes banques mondiales

Pourquoi Citi s’attaque-t-elle au private equity ?

Le marché des actifs non cotés représente plus de 13 000 milliards de dollars à l’échelle mondiale, mais son accès reste conditionné à des tickets d’entrée de plusieurs millions d’euros, des délais de blocage pouvant atteindre 10 ans et une liquidité quasi nulle entre deux fenêtres de sortie. Citi identifie là un gisement de valeur que la tokenisation peut débloquer.

En convertissant une part de fonds de private equity ou une action de startup non cotée en token sur une blockchain, la banque espère fragmenter ces positions, fluidifier leur transmission et attirer des investisseurs institutionnels de taille intermédiaire. C’est le même raisonnement qui pousse Bitget à lancer Reality, sa plateforme RWA d’actions tokenisées, ou Gate à proposer le trading d’actions réelles depuis son interface crypto.

Comment fonctionne la plateforme de tokenisation ?

La mécanique repose sur l’émission de tokens numériques adossés à des titres sous-jacents réels, conservés par un custodian réglementé. Chaque token représente une fraction de la valeur d’une entreprise privée. Les transferts s’opèrent sur la blockchain, réduisant le délai de règlement de plusieurs jours à quelques secondes et supprimant une partie des intermédiaires administratifs.

Citi ne part pas de zéro : la banque exploite déjà Citi Token Services, un réseau blockchain lancé en 2023 pour les paiements interbancaires et les lettres de crédit. La nouvelle plateforme d’actions tokenisées s’appuie sur cette infrastructure existante, ce qui lui confère une longueur d’avance technique sur des concurrents qui construiraient from scratch.

Le modèle rejoint celui testé par Pyth Network avec ses indices de prix en temps réel pour actions et matières premières, ou par Binance qui avait introduit le trading d’actions US tokenisées avant de reculer sous pression réglementaire. Citi parie que le cadre légal américain est désormais suffisamment lisible pour avancer.

Quel contexte réglementaire rend cela possible aujourd’hui ?

L’accélération de la tokenisation institutionnelle en 2025-2026 s’explique en partie par un assouplissement de la position de la SEC sur les actifs numériques adossés à des titres réels. Sous l’administration actuelle, plusieurs no-action letters ont été accordées à des émetteurs de tokens de sécurité, et le Congrès américain travaille sur un cadre législatif dédié aux RWA (real-world assets).

En Europe, MiCA encadre depuis le 30 décembre 2024 les prestataires de services sur crypto-actifs. Les tokens représentant des valeurs mobilières restent toutefois sous le régime MIF II, ce qui impose une classification distincte et des obligations de prospectus. Les banques européennes observent l’initiative Citi de près : plusieurs discussions seraient en cours à Francfort et Paris autour d’équivalents continentaux.

Lecture du rédacteur La tokenisation du private equity par une banque de la taille de Citi change l’ordre de grandeur du débat. Jusqu’ici, les initiatives RWA provenaient majoritairement de fintechs ou d’acteurs crypto natifs. Qu’une banque systemically important franchisse le pas en production - pas en pilote - signale que le risque réglementaire est jugé maîtrisable. Les prochains trimestres diront si la demande des investisseurs intermédiaires est au rendez-vous, ou si la liquidité du secondaire reste trop faible pour justifier la friction opérationnelle.

À retenir

Citigroup lance une plateforme blockchain pour tokeniser des parts de sociétés non cotées, s’attaquant à un marché de 13 000 milliards de dollars historiquement illiquide. L’initiative - révélée par le WSJ - marque l’entrée d’un acteur bancaire majeur dans la tokenisation RWA en production. À surveiller : les premières émissions concrètes et la réaction des régulateurs américains.

Sources

Signal Haussier
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