Citigroup vient de franchir un cap concret dans la tokenisation des actifs réels : la banque américaine lance des Digital Depositary Receipts (DDR), des titres tokenisés qui donnent aux grands investisseurs une exposition aux parts de sociétés privées non cotées - SpaceX et Anthropic sont explicitement citées - via la blockchain de l’opérateur suisse SIX Digital Exchange. Le tout, logé dans le même compte que leurs actions publiques habituelles.

Au programme

  • Citi émet et conserve en dépôt ces DDR sur la blockchain SIX, aux côtés d’actions cotées classiques
  • Les cibles initiales sont des licornes pré-IPO comme SpaceX et Anthropic, accessibles aux seuls investisseurs institutionnels et fortunés
  • L’initiative s’inscrit dans une vague de tokenisation RWA où Wall Street cherche à ouvrir les marchés privés sans passer par une introduction en bourse

Comment fonctionnent les Digital Depositary Receipts de Citi ?

Le mécanisme repose sur un principe connu : le certificat de dépôt, déjà utilisé depuis des décennies pour permettre à des investisseurs étrangers d’accéder à des actions locales (les ADR américains, par exemple). Citi adapte ce modèle à la blockchain.

La banque acquiert des parts dans des sociétés privées, puis émet des représentations numériques de ces parts sous forme de tokens sur la blockchain opérée par SIX Digital Exchange, la branche numérique de la Bourse suisse. L’investisseur détient un DDR, pas directement la part d’origine, mais bénéficie de son exposition économique. Ce dispositif permet de loger ces nouveaux titres dans les mêmes infrastructures de compte que des actions Apple ou Microsoft, sans créer une chambre séparée.

Le recours à SIX n’est pas anodin : la Suisse dispose d’un cadre réglementaire parmi les plus avancés d’Europe pour les titres tokenisés, et SIX Digital Exchange est déjà opérationnel pour la compensation d’actifs numériques depuis plusieurs années.

Pourquoi SpaceX et Anthropic comme cas d’usage ?

Ces deux noms ne sont pas choisis au hasard. SpaceX est régulièrement valorisée entre 180 et 200 milliards de dollars lors de ses dernières levées secondaires, et Anthropic - la société mère de Claude - a atteint une valorisation de 61 milliards de dollars en 2025. Deux entreprises dont la notoriété dépasse largement le cercle des capital-risqueurs, mais dont les parts restent hors de portée des marchés publics.

C’est précisément le problème que Citi prétend résoudre. L’accès aux marchés privés pré-IPO est aujourd’hui réservé à une poignée de fonds spécialisés et de family offices. Avec les DDR, la banque cible ses clients institutionnels et ses clients privés fortunés, sans pour autant démocratiser l’accès au grand public.

Ce positionnement rappelle les initiatives déjà menées autour de la tokenisation d’obligations ou d’actifs réels, mais appliqué ici au capital non coté, un segment beaucoup moins exploré par les grandes banques.

Quel est le positionnement de Citi dans la course RWA ?

Citi n’est pas la première banque à s’aventurer sur le terrain des actifs réels tokenisés (RWA), mais son entrée sur le segment des parts de startups privées marque une étape. BlackRock tokenise des fonds monétaires sur Ethereum depuis 2024, JPMorgan expérimente les obligations tokenisées via Onyx, et plusieurs exchanges ont lancé leurs propres produits d’actions tokenisées.

Ce qui distingue l’approche Citi : la combinaison d’un émetteur bancaire de premier rang, d’un opérateur de blockchain institutionnel (SIX), et d’un sous-jacent à forte demande mais faible liquidité. La banque assume également la fonction de dépositaire, ce qui simplifie la chaîne de garde pour les clients réglementés.

La SEC a récemment accordé une exemption aux actions tokenisées dans certains contextes DeFi, signal que le régulateur américain commence à structurer un cadre pour ces instruments. Citi semble parier que ce cadre se précisera rapidement.

Il reste un point à confirmer : le périmètre exact des investisseurs éligibles et les conditions de liquidité secondaire des DDR. Le marché secondaire des parts privées tokenisées demeure peu développé, et la sortie d’une position n’est pas garantie même via blockchain. Le détail n’est pas connu à ce stade selon les informations disponibles.

À retenir

Citi franchit une étape concrète dans la tokenisation des marchés privés avec ses DDR sur blockchain SIX, ciblant des actifs comme SpaceX et Anthropic. À surveiller : la réaction des régulateurs américains et l’émergence d’un marché secondaire liquide pour ces nouveaux instruments hybrides.

Sources

Signal Haussier
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