Deux ans après l’approbation des 11 ETF Bitcoin spot US le 10 janvier 2024, les encours cumulés atteignent environ 100 milliards de dollars, dont 54-55 milliards pour le seul IBIT de BlackRock (Nasdaq, etf.com). Cette adoption par Wall Street interroge l’identité du Bitcoin : un actif conçu pour contourner les intermédiaires devient-il un produit financier comme un autre ?

En bref

Les ETF Bitcoin spot ont collecté ~100 milliards $ d’actifs en deux ans, avec IBIT de BlackRock en tête. Mais 80 % des actifs sont conservés chez Coinbase Custody, créant un point de défaillance unique. Le débat a glissé de l’idéologie à la gouvernance pratique de la garde.

Coinbase Custody concentre 80 % des avoirs ETF Bitcoin spot US Barre horizontale unique montrant que Coinbase détient environ 80 % des actifs sous gestion des ETF spot, contre 20 % pour les autres dépositaires (Anchorage, Gemini, etc.) Garde des ETF Bitcoin spot US (mi-2025) Coinbase Custody ~ 80 % des actifs Autres dépositaires (Anchorage, Gemini...) ~ 20 % Source : The Block, 2025

Pourquoi l’ETF Bitcoin spot a-t-il divisé la communauté ?

Le débat oppose deux approches irréconciliables : l’auto-conservation et la finance régulée. Dès le lancement, IBIT a attiré 10 milliards $ en 49 jours, soit cinq fois plus vite que l’ETF or (Bloomberg via Fortune). Ce succès fulgurant a cristallisé les craintes d’une « wallstonisation » du Bitcoin. Ceux qui sont arrivés pour la tech : nœud, auto-conservation, décentralisation : et ceux dont le maître mot est le rendement se sont affrontés. L’arrivée d’un véhicule coté a changé d’échelle. Au 10 janvier 2026, les 11 ETF spot US cumulaient autour de 100 milliards d’actifs sous gestion (Nasdaq, etf.com). Le BTC a ainsi gagné un marché de capitaux régulé.

Le Bitcoin est-il en train de perdre son identité ?

Selon Jim Bianco, président de Bianco Research, la réponse est oui : « La crypto perd son identité » (CoinDesk). Le risque est concret : 80 % des actifs des ETF US sont hébergés chez Coinbase Custody (The Block), ce qui recrée un point de défaillance unique. Un défaut de Coinbase : piratage, saisie ou faillite : pourrait affecter des dizaines de milliards d’exposition BTC. C’est exactement le risque que le Bitcoin original était censé contourner. Des incidents passés rappellent la fragilité d’une telle concentration. Des mouvements de diversification ont eu lieu : Grayscale a nommé Anchorage, Coinbase a obtenu une charte de banque-trust de l’OCC. Mais la concentration reste une faiblesse structurelle.

Que change vraiment l’ETF pour le fonctionnement du BTC ?

Sur le plan technique, rien : le minage et les blocs continuent normalement. Mais la détention indirecte via ETF modifie profondément la relation des investisseurs au réseau. Les investisseurs qui achètent IBIT, FBTC ou GBTC ne possèdent pas de clés privées. Ils détiennent des parts d’un trust qui, lui, possède du BTC. Leur exposition est synthétique, sans contrôle sur les transactions. En 2026, le débat s’est déplacé de « l’âme du Bitcoin » vers la gouvernance de sa garde. Les ETF ont apporté des masses de capitaux stables, mais cette liquidité est intermédiée. Le whitepaper de 2008 rejetait explicitement cette intermédiation.

Comment s’explique le revirement de Wall Street ?

Le PDG de BlackRock, Larry Fink, a totalement changé de position : en 2017 il qualifiait le BTC d’« indice de blanchiment d’argent », le 10 janvier 2024 il lançait IBIT en déclarant que la crypto « pourrait révolutionner la finance ». Ce revirement s’explique par la demande des clients : une part importante des flux d’IBIT vient de conseillers financiers indépendants et de fonds de pension (Nasdaq). BlackRock gérait alors 10 000 milliards de dollars, soit l’équivalent de dix fois la capitalisation totale du Bitcoin au moment du dépôt. L’ETF a élargi la base de détention, mais en la déconnectant de l’usage réel du réseau. La disponibilité croissante des produits crypto en France montre que la demande institutionnelle ne faiblit pas.

Questions fréquentes

Les ETF Bitcoin spot sont-ils en concurrence avec la possession directe ?

Non, ils répondent à des besoins différents. La possession directe donne le contrôle des clés et permet les transactions sans intermédiaire. L’ETF offre un véhicule régulé, liquide, accessible via un compte-titres, idéal pour les institutionnels et les épargnants qui ne veulent pas gérer une seed phrase. Le marché des ETF a grossi sans faire baisser le nombre d’adresses BTC actives.

Quelle est la part du Bitcoin détenue via des ETF en 2026 ?

Environ 5 % de l’offre totale de BTC est détenue via ces ETF (estimation basée sur les encours et le prix du BTC début 2026, selon CryptoRank). Le reste de l’offre reste en possession directe, sur les exchanges ou en cold storage. Pour comprendre les enjeux de la conservation institutionnelle en France, lisez notre analyse.

L’arrivée des ETF a-t-elle changé la volatilité du Bitcoin ?

Oui, à la baisse. L’afflux de capitaux institutionnels « lourds » stabilise le marché, même si le BTC reste plus volatil que les actifs traditionnels. La volatilité annualisée sur 90 jours est passée de 65-70 % (2021-2023) à environ 45-50 % depuis l’approbation des ETF, selon les données de marché.

À retenir

L’ETF Bitcoin spot a gagné la bataille du volume mais pas celle de l’identité. Deux ans après, le BTC reste le même réseau technique, mais sa détention s’est massivement intermédiée. La prochaine étape se jouera sur la capacité du secteur à déconcentrer la garde, un enjeu qui dépasse les débats sur l’adoption institutionnelle en France.

Sources

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