En 2026, les grandes banques françaises conservent du bitcoin pour leurs clients institutionnels. BNP Paribas a signé avec Coinbase Custody en 2025, Amundi a intégré des ETP bitcoin dans ses allocations conseillées, et l’AMF recense plus de 150 prestataires enregistrés. Un tournant qui s’annonçait timidement en 2019, quand une simple fiche Eduscol faisait déjà office d’événement institutionnel notable.

Au programme

  • Depuis 2023, Société Générale-FORGE émet l’EURCV, premier stablecoin euro d’une banque systémique française (SG-FORGE, 2023)
  • BNP Paribas, Amundi et BPCE/Natixis ont formalisé une exposition bitcoin entre 2023 et 2025
  • MiCA (décembre 2024) impose la transition PSAN vers agrément CASP : le cadre réglementaire a accéléré, et non freiné, l’adoption

Où en sont les institutions françaises en 2026 ?

La loi Pacte de 2019 a posé les bases réglementaires. La période 2023-2025 a produit les mouvements concrets. Société Générale-FORGE a émis l’EURCV, un stablecoin adossé à l’euro enregistré sur Ethereum, dès décembre 2023. BPCE/Natixis a formalisé une offre de conservation de cryptoactifs via Coinhouse pour sa clientèle privée. AXA Investment Managers a conduit un pilote d’exposition aux ETP bitcoin courant 2024.

Ces mouvements ne sont pas des initiatives marketing isolées. Ils reflètent une logique de conformité progressive : les grandes maisons de gestion ont attendu l’adoption de MiCA avant de s’exposer publiquement.

Adoption institutionnelle du bitcoin en France (2019-2026) Frise chronologique montrant les étapes clés : loi Pacte 2019, enregistrements PSAN 2021, EURCV SG-FORGE 2023, ETF Amundi 2024, BNP-Coinbase 2025, transition CASP MiCA 2026. 2019 Loi Pacte 2021 PSAN ouverts 2023 EURCV SG-FORGE 2024 ETF Amundi 2025 BNP-Coinbase Sources : AMF, SG-FORGE, CoinDesk, 2026

Quelles banques françaises ont franchi le pas ?

BNP Paribas est devenu en 2025 le premier groupe bancaire tricolore à confier la conservation de cryptoactifs à Coinbase Custody, selon CoinDesk. Ce partenariat couvre en priorité les clients institutionnels : fonds, family offices, caisses de retraite.

Amundi, premier gestionnaire d’actifs européen avec plus de 2 000 milliards d’euros sous gestion, a intégré des ETP bitcoin dans ses allocations conseillées courant 2024. Ses produits référencent notamment l’iShares Bitcoin ETP de BlackRock, coté sur Xetra (Francfort), et le 21Shares Bitcoin ETP (ABTC). Ce n’est pas un achat direct de bitcoin, mais c’est un signal fort pour les conseillers en gestion de patrimoine français qui attendaient le feu vert de leur maison mère.

BPCE/Natixis a opté pour une approche différente : un accord de distribution avec Coinhouse pour proposer achat et stockage à sa clientèle patrimoniale. La Caisse des Dépôts explore de son côté la tokenisation d’actifs réels sur les blockchains Polygon et Avalanche, dans le cadre des pilotes autorisés par la Banque de France.

Comment MiCA a-t-il changé les règles du jeu ?

Le règlement MiCA, entré en vigueur en décembre 2024, a produit un effet de seuil que peu d’analystes avaient anticipé dans sa rapidité. Les établissements financiers traditionnels, soumis à des exigences strictes de conformité, ont vu dans MiCA non pas un frein mais une clarification bienvenue.

Lecture CryptoActu : Entre 2019 et 2022, les banques françaises attendaient un cadre. MiCA le leur a fourni. La logique est inversée par rapport au discours habituel : c’est la réglementation qui a débloqué l’adoption institutionnelle, et non l’inverse. Ce schéma s’est également observé au Royaume-Uni et en Allemagne sur la même période.

L’AMF pilote la transition PSAN vers l’agrément CASP (Crypto-Asset Service Provider), le statut harmonisé à l’échelle européenne. Fin 2025, plus de 150 entités avaient obtenu un enregistrement PSAN en France. La bascule vers le CASP impose des exigences plus élevées en fonds propres, gouvernance et gestion des conflits d’intérêts.

La Travel Rule, qui impose le transfert d’informations sur l’identité des donneurs d’ordres lors de transactions crypto, est entrée en vigueur dans le cadre de l’AMLD6. Pour les institutionnels, cette contrainte opérationnelle a paradoxalement renforcé la crédibilité du secteur : les mêmes standards que les virements bancaires classiques s’appliquent désormais aux exchanges agréés en France.

Pourquoi l’éducation financière reste-t-elle un angle mort ?

En 2019, l’apparition d’une fiche pédagogique Bitcoin sur Eduscol dans les cours de SES de première avait représenté un signal symbolique fort. L’initiative s’appuyait sur des vidéos de l’époque, dont 3 issues de l’Euro Vidéo Challenge organisé par la BCE en 2017.

Cette avancée restait fragile. Les documents annexes du concours des Finances Publiques de mars 2019, qui portait sur les cryptomonnaies, reflétaient un regard institutionnel encore très sceptique. Les textes fournis aux candidats étaient majoritairement à charge : articles d’Alternatives économiques, extraits du rapport Landau, comptes rendus sénatoriaux.

En 2026, la situation a progressé, mais moins vite qu’attendu. Les cryptoactifs restent absents des programmes de lycée général. L’enseignement supérieur comble partiellement ce vide : HEC, Sciences Po et Polytechnique ont intégré des modules blockchain dans leurs cursus depuis 2022, mais cela ne concerne qu’une fraction minoritaire des étudiants. L’indicateur international de culture financière place toujours la France dans le bas du classement européen.

Quel rôle pour l’euro numérique dans ce paysage ?

La Banque de France conduit des pilotes de monnaie numérique de banque centrale (MNBC) depuis 2021, dans le cadre du projet euro numérique piloté par la BCE. Un lancement est envisagé pour 2027.

Cette dynamique est distincte de celle du bitcoin, mais elle interagit avec elle sur un point précis : la légitimation du fait monétaire numérique. Quand la Banque de France expérimente un euro tokenisé, elle normalise l’idée qu’une monnaie peut exister sous forme d’actif numérique. Les institutions qui hésitaient encore à s’approcher des cryptoactifs privés ont été rassurées par ce signal venu de leur propre banque centrale.

Société Générale-FORGE joue sur cette proximité : l’EURCV est présenté comme complémentaire à la future CBDC, non concurrent. Ce positionnement est typique de la façon dont les grands acteurs traditionnels naviguent dans cet écosystème. Pour une analyse détaillée de cet espace, voir notre dossier sur les stablecoins euro sous MiCA.

Questions fréquentes

Quelles banques françaises proposent des services bitcoin en 2026 ?

BNP Paribas (via Coinbase Custody depuis 2025), BPCE/Natixis (via Coinhouse), Société Générale-FORGE (stablecoin EURCV) et AXA Investment Managers (pilote ETP BTC) sont les acteurs les plus avancés. Aucune banque de détail française ne propose encore d’achat direct de bitcoin à ses clients particuliers via l’interface standard.

Qu’est-ce que l’agrément CASP imposé par MiCA ?

Le CASP (Crypto-Asset Service Provider) est le statut européen harmonisé créé par MiCA, entré en vigueur en décembre 2024. Il remplace progressivement le PSAN français et impose des exigences plus élevées en fonds propres, dispositifs anti-blanchiment et ségrégation des actifs clients. Tous les prestataires opérant en France doivent obtenir cet agrément d’ici fin 2026.

L’euro numérique est-il une menace pour bitcoin ?

Non dans l’immédiat. La BCE vise un lancement en 2027. Il s’agit d’un outil de politique monétaire, non d’un actif spéculatif. Les 2 coexistent sur des marchés distincts : bitcoin reste un actif de réserve décentralisé, l’euro numérique un instrument de paiement souverain. Les stablecoins euro comme l’EURCV occupent un espace intermédiaire entre les 2.

Peut-on investir dans des ETF bitcoin depuis la France en 2026 ?

Oui, mais pas via un PEA. Des ETP bitcoin comme l’iShares Bitcoin ETP de BlackRock coté sur Xetra ou le 21Shares ABTC sont accessibles via compte-titres ordinaire auprès de courtiers agréés. Amundi les intègre dans certaines allocations conseillées. Les gains sont soumis à la flat tax de 30 % (prélèvement forfaitaire unique).

À retenir

Entre 2019 et 2026, la France est passée d’une fiche Eduscol symbolique à des partenariats custody entre BNP Paribas et Coinbase, des ETP bitcoin dans les portefeuilles Amundi et un stablecoin euro signé Société Générale. MiCA a accéléré cette bascule en fournissant le cadre que les institutionnels attendaient. Les points à surveiller : la transition PSAN/CASP d’ici fin 2026 et le lancement de l’euro numérique en 2027.

Sources

Signal Haussier
Impact Modéré