Dan Robinson, associé général chez Paradigm, a publié vendredi 2 mai une proposition baptisée PACTs (Provable Address-Control Timestamps) pour protéger les anciennes adresses Bitcoin contre les attaques quantiques, sans obliger leurs détenteurs à déplacer leurs fonds. Le dispositif vise notamment les 1,1 million de BTC attribués à Satoshi Nakamoto, valorisés à environ 84 milliards de dollars, selon CoinDesk.
Au programme
- 1,1 million de BTC potentiellement vulnérables aux ordinateurs quantiques : les adresses exposées représentent environ 84 milliards de dollars (CoinDesk, 2 mai 2026)
- Les PACTs permettent d’horodater discrètement une preuve de contrôle d’adresse, sans révéler ni solde ni identité
- La proposition nécessite un soft fork intégrant la vérification STARK, une infrastructure inexistante dans Bitcoin à ce jour
Pourquoi les vieux wallets Bitcoin sont-ils vulnérables ?
Les adresses Bitcoin antérieures à certaines mises à jour exposent leur clé publique sur la blockchain. Un ordinateur quantique assez puissant pourrait théoriquement en dériver la clé privée et vider les fonds correspondants. Ce problème concerne des millions de bitcoins dormants, dont ceux associés à Satoshi Nakamoto.
En réponse, le développeur Jameson Lopp et 5 autres contributeurs avaient proposé en mi-avril le BIP-361 : geler les adresses vulnérables dans un délai de 5 ans, forçant leurs détenteurs à migrer vers des formats résistants au quantique. Problème : tout holder dormant, y compris Satoshi, devrait se manifester publiquement ou perdre ses coins.
“PACTs offer a way to make the BIP-361 debate less binary. The current freeze proposal forces a choice between protecting against quantum theft and respecting dormant property rights.” - Dan Robinson, Paradigm
Comment fonctionnent les PACTs concrètement ?
Le mécanisme repose sur 3 étapes. Le détenteur génère d’abord un sel aléatoire (donnée secrète unique), puis utilise le standard BIP-322 pour signer un message depuis son adresse sans bouger les fonds. Il ancre ensuite cet engagement sur la blockchain via OpenTimestamps, un service gratuit qui horodate des données par transaction groupée.
Les fichiers restent entièrement privés : ni l’adresse concernée, ni le montant, ni la date exacte ne sont révélés. Si Bitcoin adopte ultérieurement un soft fork gelant les adresses vulnérables, une fenêtre de rescousse permettrait de soumettre une preuve STARK (zero-knowledge proof résistante au quantique) pour débloquer les coins.
Les PACTs comblent également un angle mort de BIP-361 : ils prévoient un chemin de rescousse pour les wallets dérivés via BIP-32, le standard de génération déterministe de clés introduit en 2012. Les wallets antérieurs à 2012, dont la plupart des adresses attribuées à Satoshi, ne suivent pas BIP-32 et restaient donc sans solution dans la proposition initiale.
Cette proposition rejoint les réflexions déjà menées sur la coexistence entre la « suprématie quantique » de Google et la sécurité du Bitcoin.
Quels sont les obstacles à l’adoption des PACTs ?
La proposition bute sur une contrainte technique majeure : Bitcoin ne dispose pas actuellement de l’infrastructure nécessaire pour vérifier les preuves STARK. Robinson lui-même qualifie ce chantier de “substantial new plumbing” (travaux conséquents), couvrant les portefeuilles multi-signatures, les scripts complexes et le support hardware wallet, tous à standardiser.
Un soft fork dédié à l’intégration de la vérification STARK serait indispensable, en plus du soft fork éventuel qui gèlerait les adresses vulnérables. Chaque modification du protocole Bitcoin requiert un consensus communautaire long et difficile à obtenir.
La limite la plus fondamentale reste humaine : si Satoshi ne crée pas lui-même son PACT avant qu’un ordinateur quantique ne compromette ses clés ou qu’une décision communautaire ne gèle ses adresses, aucune mesure technique ne peut rétroactivement le protéger.
La sécurité du Bitcoin et ses enjeux pour les maximalistes illustre combien ces débats sur le protocol touchent à l’identité même du réseau.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la proposition PACT pour Bitcoin ?
Les PACTs (Provable Address-Control Timestamps) permettent aux détenteurs de vieux wallets Bitcoin d’horodater discrètement une preuve de contrôle de leurs adresses, sans déplacer leurs fonds. En cas de gel ultérieur des adresses vulnérables, une preuve STARK permettrait de récupérer les coins.
Combien de bitcoins sont exposés aux risques quantiques ?
Les adresses Bitcoin exposant leur clé publique contiennent environ 1,1 million de BTC attribués à Satoshi Nakamoto, soit environ 84 milliards de dollars. D’autres wallets dormants s’y ajoutent, portant le total potentiellement vulnérable à plusieurs millions de BTC.
Quelle est la différence entre PACT et BIP-361 ?
Le BIP-361 de Jameson Lopp impose une migration forcée des adresses vulnérables sous 5 ans, contraignant Satoshi à se manifester publiquement. Les PACTs offrent une alternative discrète : les détenteurs prouvent leur contrôle sans révéler leur identité. Les 2 propositions peuvent coexister, comme l’explique cet article sur la sécurité du Bitcoin.
À retenir
Les PACTs de Paradigm apportent une réponse technique au dilemme quantique de Bitcoin : protéger les fonds dormants sans forcer leur déplacement. L’adoption reste conditionnée à 2 soft forks et à un consensus communautaire difficile. Reste à surveiller la réaction des développeurs Bitcoin Core dans les semaines à venir.