Dan Robinson, directeur de recherche chez Paradigm, a publié le 1er mai 2026 une proposition nommée PACTs (Provable Address-Control Timestamps) pour protéger les détenteurs de bitcoins de longue date contre une éventuelle menace quantique, sans les contraindre à déplacer leurs fonds ni à exposer leurs clés publiques. Le dispositif vise en priorité les adresses dites de l’ère Satoshi, dont les bitcoins n’ont pas bougé depuis des années.
Au programme
- Les PACTs permettent d’horodater une preuve de contrôle d’adresse hors chaîne, sans transaction on-chain (Paradigm, mai 2026)
- Le mécanisme tente d’éviter le dilemme entre sécurité collective et droits des détenteurs passifs en cas de futur « sunset » Bitcoin
- La proposition reste conceptuelle : aucun BIP validé, aucune intégration dans Bitcoin Core à ce stade
Pourquoi les anciennes adresses Bitcoin sont-elles vulnérables ?
Une partie des bitcoins existants repose sur le schéma cryptographique ECDSA. Si des ordinateurs quantiques suffisamment puissants devenaient opérationnels, ils pourraient reconstituer certaines clés privées à partir des clés publiques exposées. Ce risque concerne en particulier les anciennes adresses dont la clé publique est visible sur la blockchain, notamment celles attribuées à Satoshi Nakamoto.
Aujourd’hui, le consensus autour de cette menace reste limité. Le sujet est régulièrement qualifié de « lointain » par une partie de la communauté. Pourtant, plusieurs équipes de recherche et entreprises comme Google avancent sur les capacités quantiques, ce qui justifie d’anticiper des protections de précaution.
Comment fonctionnent les PACTs ?
Le mécanisme repose sur 3 étapes distinctes :
- Le détenteur produit hors chaîne une preuve cryptographique qu’il possède la clé privée correspondant à son adresse
- Seule l’empreinte de cette preuve est horodatée sur Bitcoin, via un service comme OpenTimestamps, sans révéler ni l’adresse ni la clé
- En cas de futur « sunset » (désactivation des adresses vulnérables par soft fork), le détenteur peut présenter une preuve à divulgation nulle de connaissance, de type STARK, attestant qu’il contrôlait l’adresse avant la date limite
“L’idée consiste à permettre à un détenteur de prouver plus tard qu’il contrôlait déjà une adresse avant l’arrivée des machines quantiques dangereuses, sans devoir déplacer ses bitcoins aujourd’hui.” - Dan Robinson, Paradigm
L’intérêt pratique est double. Le coût d’enregistrement reste faible, sans transaction on-chain visible. Et la communauté peut repousser à plus tard la décision conflictuelle : faut-il ou non désactiver les anciennes adresses ?
Quelles limites pour cette proposition ?
Les PACTs ne constituent pas encore un BIP validé ni une feuille de route de Bitcoin Core. La mise en œuvre supposerait de nouveaux standards cryptographiques, des choix techniques complexes autour des preuves STARK, et surtout un accord social difficile à atteindre sur la gestion des UTXO anciens.
Le mécanisme soulève également une question épineuse : même avec une preuve de contrôle antérieure, le réseau devrait intégrer une logique de récupération, ce qui représente une modification profonde du protocole. Les fonds des adresses vulnérables qui n’auraient pas constitué de PACTs resteraient, selon Bankless, exposés à une destruction irréversible en cas de sunset.
Lecture CryptoActu La proposition de Paradigm illustre un problème structurel du Bitcoin : les fonds dormants depuis l’ère Satoshi pèsent des milliards de dollars et aucune solution propre n’existe pour gérer leur vulnérabilité potentielle. Les PACTs sont moins une solution technique immédiate qu’un signal d’alarme pour forcer le débat avant que la menace ne devienne concrète. Les tentatives d’interdire ou de contraindre Bitcoin n’ont historiquement fait qu’accélérer son adoption : une modification controversée du protocole pourrait produire des effets comparables.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que les PACTs proposés par Paradigm ?
Les PACTs (Provable Address-Control Timestamps) sont un mécanisme permettant aux détenteurs de bitcoins de prouver cryptographiquement qu’ils contrôlaient une adresse à une date donnée, sans déplacer leurs fonds ni révéler leur clé publique. La preuve est horodatée sur Bitcoin via un service comme OpenTimestamps.
Quelles adresses Bitcoin sont concernées par la menace quantique ?
Les adresses les plus exposées sont celles dont la clé publique est déjà visible sur la blockchain, notamment les anciennes adresses de type P2PK utilisées à l’époque de Satoshi Nakamoto. Les adresses modernes de type P2PKH ou SegWit exposent moins directement la clé publique, mais restent théoriquement vulnérables lors d’une dépense.
Les PACTs sont-ils déjà intégrés au protocole Bitcoin ?
Non. Il s’agit à ce stade d’une proposition conceptuelle de Dan Robinson, publiée sur le blog de Paradigm en mai 2026. Aucun BIP (Bitcoin Improvement Proposal) n’a été soumis et Bitcoin Core n’a pas intégré ce mécanisme. Pour approfondir le contexte de la menace quantique sur Bitcoin, notre dossier détaille les enjeux techniques.
À retenir
Les PACTs de Paradigm offrent une troisième voie entre l’inaction et la destruction forcée des adresses vulnérables en cas de sunrise quantique. La proposition reste théorique, mais son timing est stratégique : elle ouvre le débat avant que l’urgence ne force des décisions précipitées sur le protocole Bitcoin. À surveiller : une éventuelle formalisation en BIP.