En 2019, l’arrivée de Bakkt était présentée comme un tournant pour le Bitcoin : des contrats futures adossés physiquement, portés par la maison mère du New York Stock Exchange, censés ouvrir la porte aux grandes institutions. Retour sur cette promesse, son démarrage poussif et ce qu’il en reste en 2026.
Au programme
- Le lancement de Bakkt, attendu pour le 23 septembre 2019
- Pourquoi des futures backés physiquement changeaient la donne
- Le fonctionnement des contrats Daily et Monthly
- Ce que Bakkt est devenu depuis
Le lancement tant espéré de Bakkt
Un communiqué officiel signé Kelly Loeffler, alors CEO de Bakkt, a annoncé en août 2019 que les contrats prendraient effet dès le 23 septembre 2019. Le texte s’intitulait sobrement « Cleared to Launch ». Bakkt avait déjà repoussé plusieurs dates de lancement, notamment fin 2018, mais cette fois la feuille de route a tenu.
Le projet, né un an plus tôt, butait sur les autorisations des régulateurs américains. La Commodity Futures Trading Commission (CFTC), agence fédérale qui supervise les marchés de produits dérivés aux États-Unis, avait d’abord bloqué le dossier. Bakkt a finalement obtenu son feu vert via le mécanisme de « self-certification ».
Mais Bakkt, c’était quoi au juste ? L’idée : permettre aux investisseurs institutionnels d’acquérir des Bitcoins (BTC) de façon encadrée, via deux types de contrats futures adossés physiquement. Le terme « physiquement » est important. Des futures sur le BTC existaient déjà, comme ceux du CME de Chicago, mais ils se réglaient en cash, sans transfert de Bitcoins réels.
Bakkt était une filiale de l’Intercontinental Exchange (ICE), maison mère du New York Stock Exchange. Plusieurs poids lourds gravitaient autour du projet, dont Starbucks, Microsoft et le Boston Consulting Group. Des acteurs financiers et industriels de premier plan, loin de l’image artisanale qui collait alors à la crypto.
L’enjeu était clair : à l’époque, l’univers des cryptomonnaies restait largement fermé aux grandes institutions. Beaucoup ne pouvaient pas investir sans cadre légal ni garanties solides. Difficile d’imaginer un hedge fund placer des millions via une plateforme opaque domiciliée aux Caïmans, susceptible de disparaître du jour au lendemain. Bakkt voulait apporter une réponse à ce manque de confiance.
Une nouvelle positive pour le marché crypto ?
Même si cette initiative s’éloignait de l’esprit pair-à-pair voulu par Satoshi Nakamoto, le créateur du Bitcoin, elle promettait de corriger plusieurs faiblesses du marché. Un volume de trading accru pouvait théoriquement réduire la volatilité de l’actif et favoriser son adoption comme moyen de paiement quotidien, au-delà du simple stockage en wallet.
Un contrat future, ou contrat à terme, est un produit standardisé négocié sur un marché organisé. Il permet de s’engager sur un prix donné, pour une quantité déterminée d’un sous-jacent, à une échéance future. Sur Bakkt, le sous-jacent était du Bitcoin réel.
C’est là que reposait le pari haussier de 2019. Puisque les BTC achetés via les contrats Bakkt étaient livrés physiquement, la plateforme devait s’en procurer sur le marché pour honorer les positions. Une mécanique censée alimenter la demande réelle, là où les futures réglés en cash n’imposent aucun achat sous-jacent.
Dans tous les cas, Bakkt symbolisait un basculement. Le BTC perdait un peu de son idéologie originelle mais gagnait en maturité, en se rapprochant des standards des marchés financiers traditionnels et des investisseurs institutionnels, loin de la logique de finance décentralisée.
Comment fonctionnaient ces contrats futures ?
Deux offres principales, libellées en BTC, structuraient l’offre.
- Le contrat « Daily » : adossé au trading à effet de levier (margin). La plateforme prête une partie du capital pour amplifier gains et pertes. Avec un levier x3 sur 1 BTC, l’exposition grimpe à 4 BTC, pour un capital de départ inchangé.
- Le contrat « Monthly » : plus orienté investissement que trading, avec une visibilité sur douze mois. Profil long terme plutôt que spéculation à court horizon.
Bakkt avait également mis en avant des garde-fous contre le wash trading, pratique de gonflement artificiel des volumes encore courante sur de nombreuses plateformes de l’époque. Un fonds d’assurance, doté de plusieurs dizaines de millions de dollars, devait couvrir les risques de l’écosystème.
Un démarrage bien en dessous des attentes
L’attente était immense, alimentée par la communauté crypto et les médias. La réalité a déçu. Le premier jour, seulement 71 contrats ont été échangés, soit environ 700 000 dollars. Un volume dérisoire au regard du battage médiatique, et bien inférieur au lancement du CME de Chicago deux ans plus tôt.
Le volume a progressé lentement les semaines suivantes, sans jamais provoquer l’envolée des prix anticipée par certains analystes. La promesse d’un afflux institutionnel massif via Bakkt ne s’est pas matérialisée à court terme. Pour suivre ces dynamiques de marché, les outils comme la heatmap des cryptomonnaies ou l’indice Fear and Greed restent aujourd’hui des repères utiles.
Depuis 2019 : ce que Bakkt est devenu
Kelly Loeffler a quitté Bakkt fin 2019 pour devenir sénatrice de Géorgie, siège qu’elle a perdu lors du second tour de janvier 2021. Elle a ensuite rejoint l’administration Trump en 2025 comme administratrice de la Small Business Administration.
Bakkt, de son côté, a pivoté plusieurs fois. La société est entrée en Bourse à Wall Street fin 2021 via une fusion avec un SPAC, sous le symbole BKKT. Son cœur d’activité a glissé des futures vers les services de garde et de paiement crypto, sans jamais s’imposer comme l’acteur de référence promis.
En 2025, Bakkt a réorienté sa stratégie vers une logique de trésorerie en Bitcoin, à l’image d’autres sociétés cotées, levant des fonds pour accumuler des actifs numériques et explorant une expansion au Japon. La même année, une vaste restructuration a abouti à un retrait de la cote du NYSE et à une réorganisation de la structure capitalistique.
La trajectoire de Bakkt illustre un paradoxe. Le projet de 2019 visait à légitimer le Bitcoin auprès des institutions. Cette légitimation a bel et bien eu lieu, mais par d’autres canaux : c’est l’arrivée des ETF Bitcoin spot début 2024, et plus tard des ETF Ethereum, qui a réellement ouvert les vannes des capitaux traditionnels, reléguant les futures physiques de Bakkt au rang de pionniers oubliés.
Repères pour investir aujourd’hui
L’épisode Bakkt rappelle qu’une annonce, même portée par des acteurs prestigieux, ne suffit pas à faire bouger durablement un cours. Pour se positionner sur le BTC en 2026, mieux vaut s’appuyer sur des infrastructures éprouvées et un minimum de méthode.
Convertir un montant ou estimer une position se fait simplement via un convertisseur crypto. Pour la conservation, un portefeuille matériel comme le Ledger Nano X reste une référence, à condition de respecter les règles de base de sécurité des fonds et de vérification d’identité sur les plateformes.
Côté accès au marché, des acteurs régulés en France comme Coinhouse ou XTB proposent des points d’entrée encadrés. Les approches diffèrent selon que l’on vise du long terme ou du trading actif, et le Bitcoin reste un actif volatil. Toute l’actualité sur le sujet est suivie dans la catégorie Bitcoin, tout comme les grands cycles liés au halving ou les mouvements de fond sur l’Ethereum.
L’avis d’un professionnel agréé est recommandé avant toute décision d’investissement sur les actifs numériques.
Sources
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