Une CEO chinoise spécialisée dans le minage de bitcoin a perdu 9,4 millions de dollars aux États-Unis, victime d’une escroquerie orchestrée par deux imposteurs se faisant passer pour des membres de la famille royale saoudienne. L’affaire, révélée par Caixin, illustre comment les opérateurs crypto de haut profil deviennent des cibles privilégiées pour des arnaques élaborées à plusieurs millions.
En bref
La dirigeante, identifiée sous le nom de Lü, dirige une société de technologie de calcul dans le sud-ouest de la Chine. Son entreprise a contrôlé jusqu’à 9 % de la puissance de calcul mondiale du réseau Bitcoin à son apogée. Les deux escrocs, les frères Zubeir, ont monté une mise en scène complexe mêlant fausses identités royales, références à la série américaine Milliards et complicité d’un responsable politique local.
Comment les escrocs ont-ils construit leur crédibilité ?
Les deux frères ont déployé une stratégie d’imposteurs à plusieurs niveaux. L’aîné se présentait comme un « gendre de la famille royale du Moyen-Orient », affirmant disposer de fonds familiaux, de réseaux commerciaux internationaux et de ressources auprès des autorités locales américaines. Son oncle aurait été, selon ses dires, ministre de la Défense saoudien.
Le cadet a adopté une approche différente : il s’est inspiré du personnage d’un gestionnaire de fonds spéculatifs de la série américaine Milliards pour peaufiner son personnage. Ce détail illustre le soin apporté à la construction de leur légitimité fictive.
« Les deux individus ont réussi à s’attacher les services du chef de cabinet du maire de East Cleveland, Michael Smedley, pour cautionner leur démarche et convaincre la victime de signer un contrat de développement de fermes de minage de cryptomonnaies. »
- Caixin, juin 2026 (traduit du chinois)
La caution d’un responsable politique américain a visiblement joué un rôle décisif. Ce type de légitimation institutionnelle est un marqueur classique des arnaques d’envergure ciblant des investisseurs étrangers aux États-Unis.
Pourquoi une dirigeante de ce profil a-t-elle pu être trompée ?
La question peut surprendre. Lü dirige une structure qui a pesé jusqu’à 9 % de la puissance de calcul globale du réseau Bitcoin à son pic, ce qui en fait une opératrice de première importance dans le secteur. Ce profil même la rendait vulnérable : les offres de partenariat à très grande échelle sont monnaie courante dans son activité, et les montants traités quotidiennement émoussent parfois la vigilance sur une transaction particulière.
Ce type d’arnaque rappelle les mécanismes décrits dans l’affaire Mt. Gox et BTC-e, deux scandales historiques du cybercrime crypto où la crédibilité de surface avait masqué des montages frauduleux pendant des mois. Dans ce cas, la présence de Michael Smedley comme intermédiaire a vraisemblablement constitué l’élément déclencheur de la confiance.
Les escroqueries ciblant des fortunes issues de la crypto restent peu documentées quand elles se produisent en dehors des vecteurs numériques classiques. Celle-ci se distingue par son ancrage dans le monde physique : voyages, réunions, contrats signés, contacts institutionnels. Un schéma très éloigné des faux bots IA crypto qui ont détourné 12,3 M$ au Texas en opérant entièrement en ligne.
Quel contexte pour le minage bitcoin en Chine ?
La Chine a officiellement interdit le minage de bitcoin en 2021. Pourtant, des opérateurs continuent d’exercer depuis d’autres pays, notamment les États-Unis, le Kazakhstan ou le Canada, tout en maintenant leurs structures de gestion en Chine. La société de Lü entre dans ce schéma : elle est enregistrée dans une province du sud-ouest du pays mais opère à l’international.
Cette dispersion géographique crée des zones grises juridiques. Lorsqu’une arnaque se produit sur le sol américain, les recours pour une ressortissante étrangère se révèlent lents et incertains. Des épisodes passés comme la répression chinoise de 2017, qui avait forcé des exchanges à se délocaliser, montrent que les opérateurs chinois du secteur ont l’habitude de naviguer dans des environnements réglementaires instables, ce qui peut les exposer à des acteurs mal intentionnés.
La Palestine avait envisagé de lancer sa propre cryptomonnaie précisément pour s’affranchir de systèmes financiers complexes : la crypto attire aussi bien les projets sérieux que les arnaques sophistiquées. Et les corrections brutales du marché rendent les offres de rendement garanti particulièrement séduisantes dans les périodes de doute.
Lecture CryptoActu Cette affaire illustre une évolution des arnaques crypto : exit les seuls rug pulls et phishing, place aux mises en scène physiques avec faux profils institutionnels. Quand des millions de dollars circulent dans le secteur minier, les escrocs investissent eux aussi dans la crédibilité. Le recrutement d’un vrai responsable politique américain en dit long sur la sophistication du montage.
À retenir
Une CEO du minage bitcoin, dont la société a contrôlé 9 % de la puissance de calcul mondiale à son apogée, a perdu 9,4 M$ dans une arnaque aux faux princes saoudiens. À surveiller : les suites judiciaires aux États-Unis et l’implication présumée de Michael Smedley, chef de cabinet du maire de East Cleveland.
Sources
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HACKS & SÉCURITÉPamStealer vole mots de passe, keychains et wallets crypto
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