La répression chinoise de l’automne 2017 contre les ICO et les exchanges crypto a redessiné la carte géographique du secteur de façon durable. Ce que Pékin a chassé de son territoire s’est immédiatement réinstallé dans les pays voisins, transformant le Japon, Singapour, Hong Kong et la Corée du Sud en nouvelles capitales du trading crypto asiatique. Parmi les entreprises qui ont profité de ce déplacement forcé : Binance, qui allait devenir le plus grand exchange du monde.

En bref

  • La Chine a interdit les ICO et fermé les exchanges crypto domestiques à l’automne 2017
  • Au moins 19 sociétés chinoises cherchaient à obtenir une licence au Japon après la répression
  • Le Japon avait légalisé Bitcoin comme méthode de paiement en avril 2017 et délivré 11 licences d’exchange
  • Binance, basée à Hong Kong, a cherché des partenaires locaux dans plusieurs pays voisins
  • Cette migration a catalysé la montée en puissance des hubs crypto asiatiques hors de Chine
Migration des exchanges crypto hors Chine (2017) CHINE Interdit Japon 19 demandes Singapour Hong Kong Corée du Sud

La répression chinoise de 2017 : contexte et conséquences immédiates

Le gouvernement chinois a déclaré les ICO illégales à l’automne 2017, puis ordonné la fermeture des principales plateformes de trading de cryptomonnaies opérant sur son territoire. Cette décision a affecté des exchanges parmi les plus actifs du monde à l’époque, qui réalisaient une part significative du volume mondial de trading Bitcoin. La Chine représentait alors l’un des premiers marchés crypto mondiaux.

[INTERNAL-LINK: histoire des interdictions crypto en Chine -> article réglementation crypto Chine]

Les bourses chinoises n’ont pas attendu pour chercher une sortie. Selon Bloomberg, elles sollicitaient des licences au Japon, seul ou par l’intermédiaire de partenaires, installaient des points de vente à Hong Kong ou préparaient des opérations depuis Singapour et la Corée du Sud. Cette réorientation géographique massive s’est produite en quelques semaines seulement.

Lennix Lai, directeur des marchés financiers de la plateforme OKEx basée à Hong Kong, avait résumé l’état d’esprit du secteur à l’époque : “En tant qu’anciennement l’un des plus grands opérateurs en Chine, nous pensons que nous avons de bonnes chances d’être compétitifs au niveau mondial.”

Le Japon, destination privilégiée des exchanges

Le Japon avait légalisé Bitcoin comme méthode de paiement en avril 2017, plusieurs mois avant la répression chinoise. Cette décision avançait avait rendu le pays naturellement attractif pour les exchanges en quête d’un cadre réglementaire clair. Les plateformes d’échanges de devises virtuelles devaient s’enregistrer auprès de la Financial Services Agency (FSA) japonaise.

[ORIGINAL DATA] La FSA avait délivré 11 licences d’exchange au Japon pour la première fois en octobre 2017, le même mois que la répression chinoise. Au moins 19 entreprises chinoises cherchaient à obtenir une licence japonaise selon les données Bloomberg de l’époque. Ce flux de demandes a transformé Tokyo en centre névralgique du trading crypto asiatique réglementé.

Le Japon offrait plusieurs avantages par rapport à ses voisins. Un cadre réglementaire clair et un marché de consommateurs avancés technologiquement. Une culture d’adoption précoce de Bitcoin, visible depuis les premières années de Mt. Gox, l’exchange basé à Tokyo qui avait dominé le marché mondial avant sa faillite en 2014. Les exchanges cherchaient à bénéficier de cette base d’utilisateurs expérimentés.

[CHART: Part du Japon, Singapour et Hong Kong dans les volumes crypto asiatiques 2017-2018 - CoinDesk]

Binance : l’exchange né de la répression

Parmi les entreprises à avoir cherché à s’implanter hors de Chine après la répression, Binance occupait une position particulière. Basée à Hong Kong et fondée en juillet 2017, quelques mois seulement avant la répression, elle cherchait des partenaires locaux dans plusieurs pays et envisageait d’acquérir un exchange déjà opérationnel. Son PDG Zhao Changpeng avait annoncé cette stratégie ouvertement.

[UNIQUE INSIGHT] La répression chinoise de 2017 a involontairement créé les conditions du succès de Binance. En forçant les exchanges à internationaliser, elle a éliminé les barrières géographiques qui auraient pu freiner la croissance d’une plateforme fondée par un Chinois mais opérant depuis Hong Kong. Sans cette pression extérieure, le secteur serait probablement resté beaucoup plus fragmenté géographiquement.

Bixin, la société d’échange basée à Pékin, avait également exprimé de l’intérêt pour une implantation au Japon. Cette migration massive d’acteurs chinois a accéléré la professionnalisation et l’internationalisation du secteur. Elle a aussi provoqué une consolidation, les acteurs les mieux capitalisés absorbant les structures plus petites incapables de financer une implantation étrangère.

[PERSONAL EXPERIENCE] Les répressions réglementaires dans les marchés crypto ont souvent produit l’effet inverse de celui recherché à court terme. En chassant les exchanges de Chine en 2017, le gouvernement a permis la naissance d’acteurs globaux qui ont finalement rendu le marché moins contrôlable qu’il ne l’était avec des exchanges domestiques soumis à la juridiction locale.

[IMAGE: Carte Asie avec marqueurs des hubs crypto Tokyo Singapore Hong Kong - search Pixabay: “asia cryptocurrency exchange hub map”]

Un précédent qui a façonné la réglementation mondiale

La répression chinoise de 2017 constitue un cas d’étude majeur pour comprendre comment les politiques d’interdiction affectent les marchés crypto. Plutôt que d’éradiquer l’activité, elles la déplacent vers des juridictions plus permissives. Ce pattern s’est répété plusieurs fois depuis, à chaque durcissement réglementaire dans un pays majeur.

Le Japon, Singapour et la Corée du Sud ont ensuite renforcé leurs propres cadres réglementaires pour les exchanges, certains vers plus de restrictions, d’autres vers plus d’encadrement structuré. Cette dynamique compétitive entre juridictions a façonné l’architecture réglementaire mondiale du secteur crypto telle qu’elle existe encore aujourd’hui.

Questions fréquentes

Pourquoi la Chine a-t-elle interdit les exchanges crypto en 2017 ?

Le gouvernement chinois a invoqué plusieurs raisons : risques pour les investisseurs particuliers, financement d’activités illicites, instabilité financière potentielle et contournement des contrôles des capitaux. L’interdiction des ICO en septembre 2017 visait aussi à reprendre le contrôle sur une activité de levée de fonds qui échappait à toute supervision. La Chine a depuis maintenu une position d’interdiction des exchanges et du trading crypto, tout en développant son propre yuan numérique d’État.

Le Japon est-il devenu un hub majeur des exchanges crypto après 2017 ?

Oui. Le Japon a effectivement accueilli de nombreux exchanges après la répression chinoise, mais la faillite du Coincheck hack en 2018, qui a entraîné le vol de 530 millions de dollars en NEM, a conduit la FSA à durcir considérablement sa supervision. Cette expérience japonaise a produit l’un des cadres réglementaires les plus stricts au monde pour les exchanges, avec des exigences en capital, des audits réguliers et des obligations de cybersécurité détaillées.

Quel a été le rôle de Binance dans cette migration géographique ?

Binance, fondée en juillet 2017 à Hong Kong par Zhao Changpeng, a profité directement de la désorganisation créée par la répression chinoise. L’exchange a rapidement attiré des équipes et des utilisateurs déplacés, multipliant sa croissance. Binance a ensuite déménagé ses opérations à Malte en 2018, puis opéré de façon décentralisée sans siège fixe. Cette flexibilité géographique, issue des conditions de sa naissance, est devenue une caractéristique structurelle de son modèle d’affaires.

Sources

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