L’Arabie saoudite engage 12,5 milliards de dollars de mandats pour porter ses actifs immobiliers, énergétiques et financiers sur la blockchain d’ici 2030. À sa tête : Faisal Monai, celui-là même qui avait numérisé le système de paiement du royaume en 2007. Selon nos informations, ce programme ambitionne de faire de l’Arabie saoudite la première économie nationale à opérer sur une infrastructure tokenisée de niveau souverain.

En bref

L’initiative droppRWA vise une infrastructure financière 100 % tokenisée à l’échelle nationale d’ici 2030. Le règlement en stablecoin dans l’immobilier doit être opérationnel dès fin 2026, avec un premier transfert de titre de propriété réalisé le 4 février. Faisal Monai, architecte du système SADAD qui traite 14,5 milliards de transactions par an en Arabie saoudite, pilote le projet avec une conviction simple : la tokenisation est une assurance contre l’instabilité mondiale.


Indicateur Chiffre
Mandats droppRWA 12,5 Md$
Transactions SADAD 2025 14,5 milliards
Valeur traitée SADAD 2025 ~250 Md$
Capitalisation stablecoins (mai 2026) >300 Md$
Tokenised US Treasuries (mai 2026) 15,5 Md$

Qui est Faisal Monai, l’architecte de ce projet ?

Avant que le bitcoin n’existe, Faisal Monai avait déjà restructuré l’économie saoudienne. En 2007, il créé SADAD, le système centralisé qui a connecté chaque banque du royaume à chaque grand débiteur public. Résultat : 70 % des paiements se faisaient encore en espèces au guichet avant 2004, contre une infrastructure numérique traitant désormais 14,5 milliards de transactions pour environ 250 milliards de dollars par an.

C’est ce même Monai qui dirige aujourd’hui droppRWA, la plus grande plateforme de tokenisation d’actifs réels (RWA) d’Arabie saoudite. Sa légitimité est technique autant qu’institutionnelle : il bénéficie du soutien des plus hautes sphères du royaume et de plusieurs partenaires du Golfe.

Pourquoi tokeniser l’immobilier en premier ?

Le 4 février 2026, droppRWA a réalisé le premier transfert de titre de propriété via blockchain en Arabie saoudite. Un acte jusqu’ici traité en plusieurs jours s’est réglé en quelques secondes. C’est ce précédent qui justifie le déploiement à grande échelle prévu dans les zones d’investissement désignées du royaume.

Monai l’explique clairement dans un entretien public :

« En période de volatilité, la chose la plus précieuse pour un propriétaire d’actif, c’est la certitude : certitude de propriété, de transfert, de collatéral et de règlement. »

  • Faisal Monai, président de droppRWA

Le règlement en stablecoin dans ce secteur est prévu pour fin 2026. Au niveau mondial, le marché des stablecoins dépasse aujourd’hui 300 milliards de dollars de capitalisation, selon un rapport de la Banque centrale européenne de mai 2026. Le marché tokenisé total atteint 25 milliards, et les bons du Trésor américains tokenisés ont franchi un record à 15,5 milliards en mai.

Comment l’Arabie saoudite veut aller au-delà de l’immobilier ?

L’ambition de Monai ne se limite pas aux propriétés. Énergie, industrie manufacturière, marchés financiers : le royaume vise une tokenisation multisectorielle. L’objectif à horizon 2030 est qu’un G20 entier adopte les cadres réglementaires que l’Arabie saoudite aura prouvés en premier.

Cette approche est à rapprocher de la stratégie de l’Arabie saoudite en matière de crypto-actifs, déjà documentée ici. Elle s’inscrit aussi dans un mouvement mondial plus large où la tokenisation des actifs réels devient un levier de compétitivité financière, comme en témoignent les 50 millions de dollars engagés par Avalanche Vista pour la tokenisation d’actifs.

Aux États-Unis, JPMorgan et BlackRock sont déjà actifs dans ce secteur. Mais Monai avance un argument géopolitique que Wall Street ne peut pas revendiquer : la tokenisation comme bouclier contre les chocs exogènes. Dans un contexte de fracture de l’ordre mondial et de conflit en Iran, il souligne que le Golfe observe l’utilité de la crypto en temps réel, sans s’y substituer au dollar américain.

Lecture CryptoActu L’Arabie saoudite ne joue pas la carte crypto spéculative. Elle construit une infrastructure financière souveraine tokenisée, sur le modèle de ce qu’elle a fait avec SADAD pour les paiements. Si 2030 confirme la promesse, ce sera le premier test grandeur nature d’une économie nationale passée entièrement onchain, un cas d’usage que les partisans de la tokenisation attendent depuis des années pour légitimer le marché des RWA.

Et pour la France ?

La France n’est pas absente du débat sur la tokenisation des actifs réels : l’AMF a publié plusieurs positions sur les titres financiers numériques et le régime MiCA encadre désormais les émetteurs de stablecoins depuis juin 2024. Les PSAN français comme Coinhouse travaillent sur des offres RWA, mais aucun n’a encore sécurisé des mandats à l’échelle saoudienne. La période de transition PSAN vers CASP s’achève le 1er juillet 2026, ce qui pourrait accélérer les projets institutionnels français restés en attente d’un cadre stabilisé.

À retenir

Avec 12,5 milliards de mandats et un premier transfert immobilier blockchain réalisé en février 2026, l’Arabie saoudite passe de la stratégie à l’exécution. À surveiller : le lancement du règlement en stablecoin prévu fin 2026 et les éventuelles annonces de pays du G20 adoptant ce modèle.

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