Tether a franchi le cap des 650 millions d’utilisateurs d’USDT au deuxième trimestre 2026, un chiffre qui conforte sa position de stablecoin le plus utilisé au monde. Pourtant, un rapport publié le même jour par la Banque d’Italie nuance l’avantage économique de ces actifs pour les transferts internationaux, rappelant que la blockchain ne résout pas tout.
Au programme
- 650 millions d’utilisateurs pour l’USDT au T2 2026, un record qui illustre le rôle de valeur refuge du stablecoin dans les économies émergentes
- 3-5 % de frais réels sur les transferts internationaux en stablecoins, selon l’étude de la Banque d’Italie qui remet en cause le discours des « frais divisés par dix »
- Un débat réglementaire relancé entre les stablecoins privés et les monnaies numériques de banque centrale, avec un cadre MiCA déjà en vigueur dans l’Union européenne
Le timing est saisissant. Tether célèbre un nouveau record d’adoption quand le régulateur italien publie une étude sur les vrais coûts des stablecoins dans les envois de fonds. Deux visions s’affrontent : celle d’un marché qui voit dans l’USDT un refuge monétaire, et celle d’une banque centrale qui chiffre méthodiquement les surcoûts du monde réel.
Lecture CryptoActu
L’USDT confirme son rôle d’actif dollar low-cost pour les particuliers hors système bancaire. Mais la remise en cause de son avantage-coût par une banque centrale souligne une faille que les régulateurs exploitent pour pousser leurs propres alternatives.
Comment l’USDT est-il passé d’actif spéculatif à refuge monétaire ?
Le cap franchi par Tether n’est pas qu’un chiffre de relations publiques. Les 650 millions d’utilisateurs révèlent une mutation profonde de l’USDT : initialement conçu comme un simple outil de trading, il devient un instrument de protection contre l’inflation. La Bolivie a récemment adopté le stablecoin comme monnaie de paiement, et plusieurs pays émergents l’utilisent de facto pour les échanges quotidiens.
Cette adoption massive correspond à une fuite des monnaies locales. 1,5 milliard de dollars de profit net au T2 pour Tether illustrent l’ampleur de la demande, portée par des 120 milliards de bons du Trésor américain en réserve. La couverture atteint environ 70 % des réserves, un ratio que Tether revendique désormais comme un statut de monnaie souveraine auprès d’un gouvernement en exil.
Les utilisateurs ne spéculent pas avec l’USDT : ils s’en servent pour préserver leur pouvoir d’achat. Le phénomène touche particulièrement les zones à forte inflation, où le dollar numérique pallie l’absence de compte bancaire. Comme lors du gel de 344 M$ d’USDT par l’OFAC, le régulateur américain suit de près ces usages qui échappent au circuit traditionnel.
Pourquoi la Banque d’Italie doute-t-elle de l’avantage coût des stablecoins ?
L’étude de la Banque d’Italie, relayée par plusieurs sources, conclut que les frais de conversion fiat et les contraintes des systèmes bancaires locaux annulent souvent l’économie théorique des stablecoins. Le rapport a analysé USDC, mais ses conclusions s’appliquent à l’ensemble du marché.
Le nœud du problème est simple. Un transfert on-chain ne coûte quasiment rien, moins de 0,01 $ sur la plupart des blockchains L1. Mais convertir cet USDT en monnaie locale implique un exchange, une banque intermédiaire, parfois un réseau de correspondants. Ces étapes additionnelles grèvent le coût total, qui peut grimper à 3-5 % du montant transféré.
La fermeture du DEX zkRollup de Loopring montre bien que l’infrastructure crypto n’est pas toujours au rendez-vous. L’étude italienne pointe un angle mort du débat : la performance blockchain n’est qu’un maillon de la chaîne de valeur des transferts internationaux. Le réseau d’oracles Chainlink démontre pourtant que des données fiables réduisent ces frictions.
Qu’est-ce que cette étude change pour l’industrie des stablecoins ?
Le rapport de la Banque d’Italie offre un argument supplémentaire aux partisans des monnaies numériques de banque centrale. Si les stablecoins privés n’apportent pas une économie significative sur les transferts, l’argument choc du secteur (« des frais divisés par dix ») s’affaiblit nettement.
L’étude pourrait peser dans les discussions réglementaires en cours. Le cadre MiCA impose déjà des réserves obligatoires aux émetteurs, et plusieurs juridictions examinent l’opportunité d’un cadre spécifique aux transferts stables. La probabilité d’adoption de la loi crypto US est en hausse, avec des conséquences potentielles pour les plateformes comme Kraken qui visent un compte maître Fed.
Pour Tether, le défi est double : maintenir la confiance de ses utilisateurs tout en répondant aux critiques méthodiques des banques centrales. Le chiffre de 650 millions d’utilisateurs valide la demande. Reste à prouver que la promesse économique tient aussi dans la durée, au-delà des contournements de sanctions de 2,3 Md$ déjà documentés.
À retenir
L’USDT compte désormais plus de 650 millions d’utilisateurs dans le monde, une adoption tirée par l’inflation et la défaillance des systèmes bancaires locaux. Mais une étude de la Banque d’Italie rappelle que les frais annexes aux transferts stables (conversion, intermédiaires bancaires) peuvent gommer l’avantage théorique de la blockchain. Le débat entre stablecoins privés et CBDC se jouera autant sur le terrain économique que sur la régulation.
Questions fréquentes
Quel est le nombre actuel d’utilisateurs de l’USDT en 2026 ?
Tether a annoncé 650 millions d’utilisateurs de l’USDT au deuxième trimestre 2026. Ce chiffre reflète l’adoption massive du stablecoin comme instrument de protection contre l’inflation, en particulier dans les économies où l’accès au dollar et aux services bancaires reste limité.
Pourquoi la Banque d’Italie critique-t-elle le coût des stablecoins ?
L’étude de la Banque d’Italie montre que les frais de conversion en monnaie locale et les intermédiaires bancaires alourdissent le coût total à 3-5 %. L’avantage théorique des frais on-chain quasi nuls est annulé par ces étapes obligatoires dans le monde réel.
Quel cadre réglementaire s’applique aux stablecoins en Europe ?
Le règlement MiCA, entré en vigueur le 30 décembre 2024 pour les prestataires de services crypto, impose des obligations strictes aux émetteurs de stablecoins : réserves obligatoires, publication d’audits et supervision par les autorités nationales. La période transitoire française pour les PSAN historiques s’achève le 1er juillet 2026.
Sources
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ÉCONOMIE & MACROPCE : l'inflation core stagne à 3,3 %, la Fed attendue