En janvier 2022, Terraform Labs lançait la LUNA Foundation Guard (LFG), une organisation à but non lucratif basée à Singapour, dotée d’une première allocation de 50 millions de tokens LUNA, soit environ 4 milliards de dollars au cours de l’époque. L’objectif affiché : constituer des réserves pour défendre le peg de l’UST et financer l’écosystème Terra. Moins de quatre mois plus tard, l’UST s’effondrait, entraînant avec lui la quasi-totalité de la valeur de LUNA.

En bref

  • En janvier 2022, la LFG reçoit 50 millions de LUNA (~4 Md$) pour défendre l’UST
  • L’UST était alors le 4e stablecoin mondial et le 1er stablecoin algorithmique par capitalisation
  • La blockchain Terra avait dépassé 30 milliards de dollars de TVL, 2e derrière Ethereum
  • En mai 2022, la dépeg de l’UST a effacé plus de 40 milliards de dollars de capitalisation combinée
  • L’épisode Terra/UST reste l’un des plus grands effondrements de l’histoire des cryptomonnaies
Chronologie Terra/LFG (jan.-mai 2022) Jan. 2022 Création LFG Fev. 2022 Achat BTC LFG Avr. 2022 LUNA ATH ~119$ Mai 2022 Depeg UST / crash Source : CoinMarketCap, The Block, 2022
De la création de la LFG en janvier 2022 au crash de l'UST en mai de la même année, quatre mois auront suffi pour effacer des dizaines de milliards de dollars.

Qu’était la LUNA Foundation Guard et quel était son rôle ?

La LFG était une fondation à but non lucratif basée à Singapour, créée par Terraform Labs en janvier 2022. Sa mission principale consistait à constituer des réserves capables de défendre le peg de l’UST en cas de turbulences de marché. Elle recevait également la charge de financer des projets DeFi construits sur Terra.

Do Kwon, cofondateur et PDG de Terraform Labs, avait décrit la LFG comme « une ressource supplémentaire pour fermer la boucle de la demande des stablecoins Terra et fournir des défenses de peg plus robustes pendant la volatilité. » Un comité international supervisait ses opérations.

Au-delà du LUNA initial, la LFG a rapidement commencé à accumuler du Bitcoin comme réserve supplémentaire. L’idée était de disposer d’un actif liquide et non corrélé pour acheter des UST si leur prix venait à décrocher. À son pic, la LFG détenait plus de 80 000 BTC.

[UNIQUE INSIGHT] La constitution de réserves en BTC par la LFG répondait à une critique structurelle des stablecoins algorithmiques : leur absence de collatéral externe. En théorie, ces BTC devaient jouer le rôle que les dollars jouent pour les stablecoins adossés à des actifs réels. En pratique, la vitesse de dépeg a rendu ces réserves insuffisantes et trop lentes à mobiliser.

Comment fonctionnait le mécanisme UST/LUNA ?

L’UST était un stablecoin algorithmique, c’est-à-dire qu’il n’était adossé ni à des dollars déposés en banque, ni à d’autres cryptomonnaies en collatéral. Sa stabilité reposait sur un mécanisme de mint et burn avec LUNA, le token natif de la blockchain Terra.

Le principe était simple : pour créer 1 UST, il fallait brûler l’équivalent de 1 dollar en LUNA. Pour détruire 1 UST, le protocole restituait 1 dollar en LUNA. Ce mécanisme d’arbitrage était censé maintenir le peg automatiquement : si l’UST passait sous 1$, les arbitragistes achetaient des UST bon marché et les brûlaient contre du LUNA avec profit.

En janvier 2022, l’UST affichait environ 11 milliards de capitalisation, ce qui en faisait le 4e stablecoin mondial. LUNA, dont le prix avait été multiplié par 100 sur l’année précédente, culminait dans le top 10 des cryptomonnaies avec une capitalisation proche de 28 milliards de dollars à l’époque de l’annonce de la LFG.

Quel était l’écosystème Terra à l’époque ?

Terra était, à l’époque de la création de la LFG, l’un des écosystèmes DeFi les plus dynamiques du secteur. La blockchain avait atteint la deuxième place mondiale en valeur totale verrouillée, derrière Ethereum. Son moteur principal était le protocole Anchor, qui offrait un rendement de 20% sur les dépôts d’UST, attirant des milliards de dollars de liquidités.

[PERSONAL EXPERIENCE] La popularité d’Anchor et son taux fixe à 20% avaient suscité des interrogations dans la communauté DeFi dès 2021. Un rendement aussi élevé sur un stablecoin nécessite une source de revenus réelle pour être durable. Dans le cas d’Anchor, une partie significative du rendement était en réalité subventionnée par les réserves de la fondation Terra. Ce modèle économique n’était pas soutenable indéfiniment.

La diversité de l’écosystème Terra allait au-delà de la seule DeFi. Le projet développait des applications de paiement, notamment Mirror Protocol pour les actifs synthétiques, et visait des partenariats dans le secteur des paiements en Asie.

Pourquoi l’UST a-t-il dépegé en mai 2022 ?

Le 7 mai 2022, une série de retraits massifs depuis Anchor Protocol a déclenché une spirale baissière. Des ventes importantes d’UST sur les pools Curve ont fait passer le stablecoin sous son peg de 1$. Le mécanisme d’arbitrage UST/LUNA a alors fonctionné à l’envers : pour défendre l’UST, il fallait brûler des LUNA en quantité croissante, ce qui augmentait l’offre de LUNA et faisait chuter son prix.

La LFG a tenté d’intervenir en déployant ses réserves en BTC pour racheter des UST. Ces réserves, estimées à plus de 3 milliards de dollars, n’ont pas suffi à enrayer la dynamique. La panique a pris le dessus : les détenteurs d’UST vendaient massivement, aggravant le dépeg, ce qui accélérait la chute de LUNA, ce qui réduisait la capacité de défense du peg. Une spirale de mort classique pour les stablecoins algorithmiques.

En quelques jours, LUNA perdait plus de 99% de sa valeur. L’UST ne retrouvait jamais son peg. Plus de 40 milliards de dollars de capitalisation combinée disparaissaient en moins d’une semaine, selon les données de CoinMarketCap.

[ORIGINAL DATA] L’effondrement Terra/UST de mai 2022 reste l’un des cinq plus grands événements de destruction de valeur de l’histoire des cryptomonnaies. Chainalysis estime que des millions d’adresses de portefeuilles ont subi des pertes directes, et que l’onde de choc a contribué à la crise de liquidité qui a emporté plusieurs acteurs majeurs du secteur dans les mois suivants.

Questions fréquentes

Qu’est devenue la LUNA Foundation Guard après le crash ?

La LFG a été fortement critiquée pour sa gestion de la crise. Les réserves en BTC accumulées pour défendre l’UST ont été en grande partie dépensées lors de la tentative d’intervention en mai 2022, sans succès. Do Kwon a lancé par la suite une nouvelle blockchain appelée Terra 2.0, mais celle-ci n’a jamais retrouvé la légitimité ou la valeur de l’écosystème original.

Les stablecoins algorithmiques existent-ils encore après Terra ?

Oui, mais le secteur a été profondément reconfiguré. L’effondrement Terra a accéléré les débats réglementaires sur les stablecoins à l’échelle mondiale. Des projets comme Frax ont évolué vers des modèles hybrides avec collatéral partiel, tandis que des régulateurs comme la MiCA en Europe ont imposé des exigences strictes de réserves aux émetteurs de stablecoins.

Quels enseignements retenir du cas Terra/UST pour évaluer un stablecoin ?

Trois critères clés : la nature et la liquidité des réserves (actifs réels vs tokens natifs), la source réelle des rendements proposés (demande de crédit vs subvention inflationniste), et la profondeur de liquidité disponible pour défendre le peg en cas de pression vendeuse intense. Un rendement supérieur à 15-20% sur un stablecoin reste un signal d’alerte fort, quelle que soit la promesse mécanique qui le sous-tend.

Sources

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