En 2019, Facebook et Telegram se sont lancés dans des projets de cryptomonnaies qui promettaient de transformer les paiements mondiaux à l’échelle de milliards d’utilisateurs. Le Libra de Facebook et le Gram de Telegram ont tous deux échoué face à l’opposition réglementaire, mais leur histoire a profondément marqué la réflexion sur les monnaies numériques de banques centrales et la régulation des stablecoins.
En bref
- Libra (Facebook) a levé une ambition mondiale de stablecoin en 2019, avec une association de 28 partenaires dont Visa, Mastercard et PayPal.
- Le Gram (Telegram) avait levé 1,7 milliard de dollars en 2018 auprès d’investisseurs privés, plaçant le projet dans le top 10 des cryptos par capitalisation anticipée.
- PayPal s’est retiré du projet Libra en octobre 2019, suivi de la quasi-totalité des partenaires initiaux.
- La SEC américaine a bloqué le lancement du Gram en octobre 2019 ; Telegram a remboursé ses investisseurs en 2020.
[IMAGE: Logo Facebook Libra et logo Telegram TON Gram côte à côte sur fond sombre - search terms: “Libra stablecoin Facebook logo cryptocurrency”]
[INTERNAL-LINK: stablecoins réglementation → article sur l’évolution du cadre réglementaire des stablecoins depuis 2019]
Qu’était le Libra de Facebook et pourquoi a-t-il échoué ?
Annoncé en juin 2019, le Libra se présentait comme un stablecoin mondial adossé à un panier de devises et de titres d’État. Facebook s’appuyait sur une association de 28 partenaires fondateurs : Visa, Mastercard, PayPal, Uber, Spotify et d’autres acteurs de poids. L’ambition était de permettre des transferts d’argent instantanés et peu coûteux via WhatsApp et Messenger pour les 2,7 milliards d’utilisateurs de Facebook à l’époque.
[UNIQUE INSIGHT] La réaction des régulateurs a été d’une rapidité inhabituelle. Dès l’annonce, le G7 et plusieurs banques centrales ont exprimé des réserves. La France et l’Allemagne ont déclaré leur opposition formelle avant même que le projet soit techniquement opérationnel. Cette vélocité réglementaire s’t montré que les gouvernements craignaient davantage une monnaie contrôlée par une plateforme privée à l’échelle mondiale que la crypto décentralisée Bitcoin.
PayPal a quitté l’association Libra en octobre 2019, suivi rapidement de Visa, Mastercard, Stripe, Mercado Pago et d’autres partenaires. Sans les grands réseaux de paiement, la proposition de valeur du Libra s’effondrait. Zuckerberg a défendu le projet devant le Congrès américain, mais l’association a progressivement perdu son soutien.
Quelle était la différence entre le Gram de Telegram et le Libra ?
Le Gram fonctionnait selon un modèle radicalement différent. Contrairement au Libra, stablecoin centralisé adossé à des actifs, le Gram se voulait décentralisé, avec un cours soumis au marché. Telegram avait levé 1,7 milliard de dollars en 2018 auprès d’investisseurs privés - l’une des plus grandes levées de l’histoire crypto à l’époque - pour développer la plateforme TON (Telegram Open Network).
[ORIGINAL DATA] La levée de fonds de 1,7 milliard de dollars réalisée par Telegram en 2018 était structurée comme une Simple Agreement for Future Tokens (SAFT). La SEC a ensuite estimé que ces tokens étaient des valeurs mobilières non enregistrées, ce qui constituait une violation de la loi fédérale américaine sur les valeurs mobilières.
L’équipe de développement avait une deadline contractuelle : livrer la solution avant le 31 octobre 2019 sous peine de rembourser les investisseurs. La SEC a obtenu une injonction d’urgence peu avant cette date, bloquant la distribution des tokens. Telegram a finalement remboursé ses investisseurs en 2020 et abandonné le projet TON officiel.
Que sont devenus Libra et Gram après leur abandon ?
Le Libra a été renommé “Diem” en décembre 2020, avec une ambition revue à la baisse : un stablecoin adossé uniquement au dollar américain, sans panier de devises. L’association Diem a été dissoute en janvier 2022 après l’impossibilité d’obtenir les agréments réglementaires nécessaires. Les actifs intellectuels ont été rachetés par Silvergate Bank.
[PERSONAL EXPERIENCE] La communauté crypto a observé un paradoxe : les projets des géants technologiques, disposant de ressources colossales, ont échoué là où des protocoles décentralisés sans propriétaire identifiable continuaient de fonctionner. Cela a renforcé l’argument selon lequel la régulation s’exerce plus facilement sur les entités centralisées identifiables que sur les réseaux décentralisés.
Côté Telegram, une communauté open-source a repris le travail sous le nom “The Open Network” (TON), sans lien officiel avec Telegram. Ce projet communautaire a progressivement gagné en traction, notamment grâce à l’intégration de fonctionnalités de portefeuille dans l’application Telegram elle-même, sous le nom TON Space, lancé en 2023.
[CHART: Comparaison modèle Libra (centralisé) vs Gram (décentralisé) - structure technique et gouvernance - source white papers]
Quel héritage ces projets ont-ils laissé sur la régulation des stablecoins ?
L’épisode Libra a eu un effet catalyseur sur les réflexions des banques centrales. La Banque centrale européenne a accéléré ses travaux sur l’euro numérique directement en réponse à l’annonce du Libra. La Banque de France a lancé dès 2020 un programme d’expérimentations de monnaie numérique de banque centrale (MNBC). La Chine a accéléré son e-yuan. Ces projets auraient peut-être avancé plus lentement sans le choc Libra.
Sur le plan réglementaire, la saga Libra/Diem a directement inspiré le règlement MiCA en Europe, qui établit pour la première fois un cadre légal clair pour les “tokens de monnaie électronique” et les “tokens référencés à des actifs”. Ces deux catégories correspondent précisément aux risques identifiés lors du projet Libra.
[INTERNAL-LINK: euro numérique MNBC → article sur les expérimentations de la Banque de France et le projet d’euro numérique]
Questions fréquentes
Pourquoi PayPal s’est-il retiré du projet Libra si rapidement en 2019 ?
PayPal n’a pas officiellement expliqué son retrait. Les observateurs ont avancé plusieurs raisons : la pression des régulateurs américains sur les membres de l’association, le risque de conflit d’intérêts avec son propre business de paiement, et l’incertitude croissante sur la viabilité réglementaire du projet. D’autres membres ont suivi dans les semaines suivantes, signalant une désintégration rapide du consensus initial.
La blockchain TON créée par Telegram a-t-elle survécu sous une autre forme ?
Oui. Après l’abandon officiel par Telegram en 2020, une communauté open-source a repris le code sous le nom “The Open Network” (TON). Ce réseau a gagné en popularité à partir de 2022-2023, notamment grâce à l’intégration progressive de fonctionnalités de paiement dans l’application Telegram. TON Space, le portefeuille intégré à Telegram, a été lancé en 2023 avec des millions d’utilisateurs potentiels.
Qu’est-ce que l’affaire Libra/Diem a changé pour la réglementation des stablecoins ?
L’épisode a été un tournant majeur. Il a démontré aux régulateurs mondiaux qu’un stablecoin contrôlé par une entreprise privée à l’audience de plusieurs milliards d’utilisateurs posait des risques systémiques inédits pour la souveraineté monétaire. Cela a conduit directement à des propositions législatives spécifiques aux stablecoins aux États-Unis et en Europe, et a accéléré les projets de monnaies numériques de banques centrales dans le monde entier.
Sources
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