Les stablecoins adossés au dollar américain s’imposent comme un outil inattendu dans le débat sur la dédollarisation mondiale. Alors que des pays cherchent à réduire leur dépendance au billet vert, la demande pour des dollars numériques ne fait que croître, notamment dans les économies émergentes. Ce paradoxe interroge sur le véritable rôle que ces actifs pourraient jouer dans l’architecture financière mondiale.

En bref

  • 70% de la demande d’USDC provient de l’étranger, selon le PDG de Circle Jeremy Allaire (2023).
  • Les habitants des pays à monnaie volatile utilisent des stablecoins pour se protéger contre l’inflation sans compte bancaire en dollars.
  • L’entrée de PayPal avec le PYUSD marque l’arrivée de la finance traditionnelle sur ce créneau.
  • Brian Brooks estime que les stablecoins sont un outil politique pour maintenir la pertinence du dollar.
  • Malgré leur utilité, les stablecoins ne constituent pas un cours légal aux États-Unis.
Demande en USDC : 70% internationale vs 30% domestique selon Circle (2023)Diagramme circulaire simplifié montrant que 70% de la demande d'USDC provient de l'étranger (Asie, LATAM, Afrique) et 30% des États-Unis selon les déclarations de Jeremy Allaire de Circle en août 2023.70% - InternationalAsie, LATAM, Afrique30% - Etats-UnisDemande domestiqueSource : Circle / Jeremy Allaire, août 2023

Pourquoi PayPal s’est-il lancé sur les stablecoins en 2023 ?

L’entrée de PayPal sur le marché des stablecoins avec le PYUSD en août 2023 a signalé un tournant. Avec 435 millions de clients dans le monde, la plateforme de paiement dispose d’une distribution sans équivalent pour un actif crypto. La démarche confirme que la rentabilité perçue du modèle - illustrée par les bénéfices records de Tether et Circle - attire désormais les poids lourds de la finance traditionnelle.

Le PYUSD reste indexé sur le dollar et ne bénéficie pas du statut de cours légal, comme tout stablecoin aux États-Unis. La représentante Maxine Waters a d’ailleurs réagi rapidement, se disant “profondément préoccupée” par le lancement, citant la taille de PayPal et le risque pour la stabilité financière. Cette réaction illustre la tension persistante entre les autorités américaines et les émetteurs de stablecoins privés.

La demande internationale : moteur discret de l’adoption des stablecoins

Selon Jeremy Allaire, PDG de Circle, 70% de la demande d’USDC provient de l’étranger, avec une forte concentration en Asie, en Amérique Latine et en Afrique (Circle, août 2023). Ce chiffre contredit l’idée que les stablecoins seraient un produit essentiellement américain. Dans les pays dont la monnaie nationale est volatile, ces actifs offrent une protection contre l’inflation sans nécessiter un compte bancaire libellé en dollars.

Tether a documenté cette réalité dès janvier 2023. Selon l’émetteur de l’USDT, des habitants d’Egypte, du Venezuela ou d’Argentine utilisent des stablecoins pour préserver leur pouvoir d’achat, accéder à des rails de paiement fiables, et contourner des systèmes bancaires défaillants (Tether, blog officiel, 2023). C’est cette demande organique, loin des plateformes de trading, qui constitue le fondement réel de l’adoption mondiale.

Les stablecoins peuvent-ils vraiment renforcer l’hégémonie du dollar ?

Brian Brooks, ancien contrôleur de la monnaie par intérim, défend une thèse claire : une réglementation favorable aux stablecoins en dollars serait un levier politique majeur pour les États-Unis. Selon lui, ces actifs permettent de rendre “le dollar à nouveau pertinent à un moment où les gouvernements du monde entier cherchent à s’en découpler” (CNBC, août 2023). L’enjeu dépasse selon lui le seul cadre de la crypto.

Cette analyse repose sur un constat simple : les stablecoins permettent à des centaines de millions de personnes d’utiliser des dollars numériques sans jamais passer par le système bancaire américain. Si un cadre légal clair encourage leur adoption, les États-Unis exportent de facto leur monnaie via des canaux décentralisés que ni les CBDC ni les banques traditionnelles ne peuvent reproduire à cette vitesse.

Quels obstacles réglementaires freinent encore les stablecoins en 2026 ?

Le principal obstacle reste l’absence d’un cadre légal fédéral unifié aux États-Unis. Bien qu’un projet de loi sur les stablecoins ait circulé au Congrès dès 2023, il s’est heurté à des oppositions importantes, notamment du côté démocrate (The Block, 2023). En Europe, le règlement MiCA a depuis établi des règles strictes pour les stablecoins, dont l’obligation d’un siège social dans l’UE.

Les stablecoins décentralisés posent un défi supplémentaire : aucune entité identifiable ne peut se conformer aux exigences de domiciliation ou de supervision. Le cas du DAI illustre cette limite. Par ailleurs, l’effondrement de TerraUSD en 2022 a laissé des cicatrices durables dans l’opinion des régulateurs, rendant toute discussion sur les algorithmic stablecoins particulièrement sensible dans les couloirs des banques centrales.

Questions fréquentes

Quelle est la part internationale de la demande en stablecoins ?

Selon Jeremy Allaire, PDG de Circle, 70% de la demande d’USDC provient de l’étranger, principalement d’Asie, d’Amérique Latine et d’Afrique (Circle, 2023). Tether rapporte des chiffres similaires pour l’USDT, notamment dans des pays comme l’Egypte ou le Venezuela où la monnaie locale est fortement dépréciée.

Non. Même un stablecoin émis par une entreprise régulée comme PayPal ne bénéficie pas du statut de cours légal. Il relève de la catégorie des cryptomonnaies. Ce distinguo est central dans le débat réglementaire américain, où les législateurs s’interrogent sur leur cohabitation avec les monnaies fiduciaires et les futures CBDC.

Pourquoi les régulateurs sont-ils méfiants envers les stablecoins ?

Les régulateurs craignent principalement deux risques : la concurrence déloyale avec les monnaies fiduciaires et les risques de stabilité financière en cas de ruée bancaire sur les réserves. L’effondrement de TerraUSD en 2022 a amplifié ces craintes. L’opacité historique de Tether sur la composition de ses réserves a également alimenté une méfiance structurelle chez les superviseurs.

Sources

Nous ajouter à vos sources préférées sur Google