En décembre 2020, la société de capital-risque Electric Capital a publié son Developer Report annuel, devenu une référence dans l’industrie. Le constat était sans ambiguité : 1 500 nouveaux développeurs rejoignaient l’écosystème crypto chaque mois, un niveau record depuis le pic de 2017. Bitcoin et Ethereum captaient les plus fortes progressions en termes de contributeurs actifs. La DeFi enregistrait de son côté une hausse de 67% de ses développeurs actifs depuis janvier 2020.

En bref

  • 1 500 nouveaux développeurs rejoignaient la crypto chaque mois fin 2020 (Electric Capital, 2020)
  • Sur Bitcoin, le taux de développeurs actifs mensuels dépassait 70% depuis 2017
  • Ethereum affichait +215% de contributeurs avec plus de 300 nouveaux développeurs actifs chaque mois
  • Le nombre de développeurs DeFi actifs avait progressé de 67% depuis janvier 2020
  • Yearn Finance comptait plus de 40 contributeurs mensuels, un niveau atteint normalement en deux ans

[INTERNAL-LINK: Electric Capital Developer Report → analyse annuelle de l’activité développeur dans la crypto]

Activité développeur crypto — fin 2020 (Electric Capital) Bitcoin Actifs +70% Ethereum +215% contrib. DeFi +67% dev actifs Polkadot+ Croissance stable Small caps -30%
Activité développeur par écosystème crypto, fin 2020. Source : Electric Capital Developer Report 2020.

Pourquoi un tel afflux de développeurs dans la crypto en 2020 ?

La corrélation entre cycles de marché et activité développeur est documentée. En 2017, lors du premier grand bull run crypto, les développeurs avaient afflué. Un cycle baissier avait suivi, emportant avec lui une partie de ces nouveaux contributeurs. En 2020, à l’aube d’un nouveau cycle haussier, le mouvement se répétait, mais avec des nuances importantes.

En 2020, l’afflux était davantage concentré sur les projets avec un product-market fit réel. Sur les 200 plus grands réseaux par capitalisation, le nombre de développeurs atteignait un sommet depuis trois mois. Mais sur les projets de plus petite taille, la tendance était inversée : le nombre de développeurs avait même diminué de 30% depuis 2018. L’écosystème se consolidait, les meilleurs talents gravitant vers les projets les mieux établis.

[PERSONAL EXPERIENCE] Ce mouvement de consolidation est sain à long terme. Un grand nombre de projets créés en 2017-2018 n’avaient jamais résolu de vrai problème. La sélection naturelle opérée par le bear market avait laissé les protocoles les plus robustes, qui bénéficiaient alors d’un nouvel afflux de développeurs de meilleure qualité.

Comment Bitcoin et Ethereum ont-ils capturé la majorité des développeurs ?

Bitcoin affichait un taux de développeurs actifs par mois supérieur à 70% depuis 2017, un niveau remarquable pour un réseau aussi ancien et mature. Ce maintien d’une activité élevée s’explique par plusieurs facteurs. Le réseau Lighting Network continuait son développement. Des projets de second layer et de sidechain attiraient des contributeurs. Et Bitcoin Core lui-même, bien qu’évoluant lentement par nature, nécessitait une maintenance et des améliorations continues.

Ethereum présentait une dynamique plus explosive. Sa transition vers la version 2.0, dont la Beacon Chain venait d’être activée en décembre 2020, faisait grimper le nombre de contributeurs en flèche. Le réseau affichait +215% d’augmentation, avec plus de 300 nouveaux développeurs connectés chaque mois. Mais son essor n’était pas seulement lié à l’upgrade du protocole : il profitait aussi directement du boom de la DeFi construite sur son réseau.

[UNIQUE INSIGHT] La distinction entre développeurs du protocole lui-même et développeurs d’applications construites dessus est essentielle. Ethereum bénéficiait des deux. Sa force n’était pas uniquement que son protocole évoluait, mais que son écosystème applicatif générait lui-même des besoins en développeurs nouveaux, dans un cercle vertueux que Bitcoin n’avait pas encore reproduit à cette échelle.

Comment la DeFi a-t-elle attiré ses propres développeurs ?

La DeFi était, en 2020, l’un des secteurs à la croissance la plus rapide de tout l’écosystème crypto. Son nombre de développeurs actifs avait progressé de 67% depuis janvier 2020, une progression remarquable sur seulement 12 mois. Le cas de Yearn Finance illustrait parfaitement cette dynamique.

Yearn Finance comptait plus de 40 contributeurs actifs chaque mois. Selon les experts du secteur, il faut normalement au moins deux ans pour qu’un protocole atteigne ce niveau de traction développeur. Yearn y était parvenu en quelques mois. Ce rythme s’expliquait par la nature même du protocole, un agrégateur de rendements DeFi qui attirait des développeurs désireux de construire des stratégies et des intégrations.

D’autres protocoles de smart contracts progressaient également. Polkadot, Avalanche, Near Protocol et d’autres avaient bâti leurs réseaux progressivement, consolidant des bases techniques solides. Leur croissance était plus lente mais plus organique que celle des projets DeFi sur Ethereum.

Quels enseignements tire-t-on de cette concentration du développement ?

La concentration des développeurs sur Bitcoin et Ethereum posait une question stratégique pour l’ensemble de l’écosystème. D’un côté, elle renforçait les deux protocoles dominants en termes de sécurité, de maturité et de capacité d’innovation. De l’autre, elle créait un fossé croissant entre ces géants et les projets alternatifs.

Les petits projets voyaient leur base de développeurs s’éroder de 30% depuis 2018. Cette tendance suggérait une consolidation de marché : les projets incapables de maintenir une communauté de développeurs active risquaient de perdre leur pertinence technique, indépendamment de leurs valorisations boursières.

[INTERNAL-LINK: analyse fondamentale crypto → comment évaluer la santé d’un projet par son activité développeur]

Questions fréquentes

Comment mesure-t-on l’activité des développeurs dans la crypto ?

Electric Capital et d’autres analystes mesurent l’activité développeur via les contributions aux dépôts de code open source sur des plateformes comme GitHub. Ils comptabilisent le nombre de commits, de pull requests actifs et de contributeurs uniques par période. Cette mesure a des limites : elle ne tient pas compte de la qualité des contributions ni de l’activité sur des bases de code privées. Elle reste néanmoins l’indicateur le plus accessible et le plus large pour comparer les écosystèmes (Electric Capital, 2020).

Pourquoi les petits projets perdaient-ils des développeurs pendant que Bitcoin et Ethereum en gagnaient ?

Deux phénomènes se combinaient. Premièrement, la baisse des prix en bear market réduisait les incitations financières (salaires payés en tokens, valorisation des participations) pour travailler sur des projets de taille modeste. Deuxièmement, la qualité perçue des opportunités divergeait : contribuer à Ethereum 2.0 ou à un protocole DeFi de premier plan offrait un signal de carrière bien plus fort que travailler sur un projet de l’ICO mania de 2017.

Peut-on prédire les cycles du marché crypto à partir de l’activité développeur ?

L’activité développeur est généralement un indicateur retardé plutôt que précurseur des cycles de marché. Les développeurs affluent après que les prix montent, attirés par les valorisations et les opportunités. En revanche, l’activité développeur résiste mieux aux baisses de prix que les volumes de trading, car les développeurs construisent sur des horizons pluriannuels. Electric Capital utilisait cet indicateur pour identifier les écosystèmes ayant une base technique solide, indépendamment des cycles spéculatifs (Electric Capital, 2020).

Sources

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