En novembre 2022, Nayib Bukele annonçait l’achat d’un Bitcoin par jour, en pleine crise FTX. L’épisode ressemblait à une bravade. Trois ans plus tard, le tableau est plus ambigu : le Bitcoin n’est plus cours légal au Salvador depuis février 2025, sous la pression du FMI, mais le gouvernement continuait d’accumuler discrètement, portant sa réserve à 7 691 BTC soit environ 480 millions de dollars (Bitcoin Treasuries, juin 2026).
En bref
- Bitcoin retiré du statut de cours légal en février 2025, via un amendement législatif lié à l’accord FMI de 1,4 milliard de dollars
- Accord FMI de décembre 2024 : El Salvador cesse les achats publics de BTC et ferme le wallet Chivo (fin de la participation publique prévue juillet 2025)
- Pourtant : 7 691 BTC détenus par le gouvernement au 23 juin 2026, valeur estimée à ~480 M$
- Entre janvier et avril 2026, +1 600 BTC ajoutés malgré les engagements FMI
- Contexte 2022 : Bukele lançait un achat de 1 BTC/jour le 16 novembre, en plein effondrement FTX
Pourquoi le Bitcoin a-t-il perdu son statut de cours légal au Salvador ?
La réponse courte : le FMI. En décembre 2024, El Salvador a conclu un accord de prêt de 1,4 milliard de dollars avec le Fonds monétaire international, assorti d’une condition explicite : mettre fin au caractère obligatoire du Bitcoin comme moyen de paiement (CoinDesk, 2024). L’amendement a été voté par l’Assemblée législative en février 2025, retirant au Bitcoin son statut de cours légal.
Ce recul n’est pas une surprise pour les observateurs. Dès 2021, le FMI avait formulé des réserves répétées sur les risques macroéconomiques de l’expérience. La Banque mondiale et le FMI estimaient que l’adoption forcée du Bitcoin créait une instabilité pour les citoyens salvadoriens, majoritairement peu exposés aux actifs numériques. Le gouvernement Bukele a finalement arbitré en faveur du financement externe, une nécessité pratique face aux déficits budgétaires récurrents.
L’accord FMI a-t-il vraiment mis fin aux achats de Bitcoin ?
Officiellement oui, dans les termes de l’accord. En pratique, les données racontent une autre histoire. Bitcoin Treasuries recense 7 691 BTC détenus par le gouvernement salvadorien au 23 juin 2026. Selon bne IntelliNews, plus de 1 600 BTC ont été ajoutés entre janvier et avril 2026, bien après la signature de l’accord FMI (Bitcoin Treasuries, 2026).
Comment expliquer cet apparent paradoxe ? Le gouvernement salvadorien a structuré ses acquisitions via des entités distinctes du Trésor public, échappant techniquement aux restrictions de l’accord. Le FMI a évoqué des “préoccupations” à ce sujet lors de sa revue de programme de mars 2026, sans imposer de sanction immédiate. Bukele, de son côté, a maintenu que le gouvernement “investit librement ses ressources propres” dans le BTC, indépendamment des engagements sur le cours légal.
La distinction entre “cours légal obligatoire” et “actif de réserve d’État” est devenue le principal terrain de manoeuvre juridique de Bukele pour maintenir une stratégie Bitcoin sans violer formellement les termes du prêt FMI.
Quel bilan pour l’expérience Bitcoin au Salvador ?
Le bilan est contrasté, loin des récits caricaturaux dans les deux sens. Le wallet Chivo, lancé en 2021 pour démocratiser l’usage du Bitcoin dans les paiements quotidiens, n’a pas rencontré l’adhésion escomptée. Sa fermeture progressive depuis juillet 2025, conformément aux engagements FMI, marque la fin de la phase d’expérimentation publique directe (Decrypt, 2025).
En revanche, les transferts de fonds vers El Salvador - l’un des premiers arguments avancés par Bukele en 2021 - ont effectivement profité d’une réduction de coûts dans les corridors utilisant le réseau Lightning. Le secteur du tourisme “Bitcoin” a généré une visibilité internationale difficile à quantifier mais réelle. Sur le plan financier, la réserve de 7 691 BTC vaut environ 480 millions de dollars en juin 2026 pour un investissement total estimé à 400 millions de dollars, soit une plus-value latente positive, même si volatile.
Ce cas unique dans l’histoire économique montre qu’un pays peut simultanément renoncer à la contrainte légale du Bitcoin tout en accumulant discrètement des réserves, une stratégie hybride inédite dans les relations entre États souverains et actifs décentralisés.
La stratégie Bukele est-elle durable au-delà de 2026 ?
La question centrale est celle de la soutenabilité. Bukele a été réélu en 2024 avec une majorité renforcée, ce qui lui donne les coudées franches pour maintenir le cap Bitcoin au moins jusqu’en 2029. Mais l’accord FMI court sur plusieurs années, et chaque revue semestrielle pourrait rouvrir le débat sur les acquisitions continues.
L’environnement macro reste le facteur déterminant. Si le Bitcoin consolide au-dessus de 60 000 dollars d’ici fin 2026, la position salvadorienne sera confortablement en plus-value, renforçant la crédibilité de Bukele. Un retour à 40 000 dollars ou moins mettrait en revanche le gouvernement dans une position délicate, à la fois sur le plan financier et politique. C’est ce pari asymétrique que le président salvadorien maintient ouvert, quelle que soit la rhétorique officielle.
Questions fréquentes
Le Bitcoin est-il encore utilisé comme monnaie au Salvador en 2026 ?
Non. Depuis l’amendement de février 2025, le Bitcoin n’est plus cours légal et les commerçants ne sont plus tenus de l’accepter. Le wallet public Chivo est en cours de fermeture depuis juillet 2025. Les paiements en Bitcoin restent techniquement possibles mais sont désormais purement volontaires (Decrypt, 2025).
Combien de Bitcoin le gouvernement salvadorien détient-il en 2026 ?
7 691 BTC au 23 juin 2026, pour une valeur estimée à environ 480 millions de dollars. Entre janvier et avril 2026, plus de 1 600 BTC auraient été ajoutés malgré les engagements pris auprès du FMI dans le cadre du prêt de 1,4 milliard de dollars (Bitcoin Treasuries, 2026).
L’accord FMI interdit-il vraiment au Salvador d’acheter du Bitcoin ?
L’accord de décembre 2024 interdit au Trésor public d’effectuer des achats de Bitcoin dans le cadre de sa politique monétaire officielle. En revanche, les acquisitions via des véhicules d’investissement distincts restent dans un flou juridique que le gouvernement salvadorien exploite activement (CoinDesk, 2024).
Sources
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