Un juge fédéral de Californie a définitivement bloqué la mise au ban d’Anthropic par le Pentagone, estimant que cette décision violait le Premier amendement de la Constitution américaine. La juge Rita F. Lin a qualifié la décision du secrétaire à la Défense Pete Hegseth de « représailles illégales ». Cette victoire judiciaire clôt un bras de fer entamé en mars 2026 entre la start-up d’IA et l’administration Trump.
Au programme
- La juge Rita F. Lin juge « illégale » la désignation d’Anthropic comme risque d’approvisionnement (The Verge, 2026)
- L’entreprise refusait deux usages militaires de son IA : la surveillance de masse et les armes létales autonomes
- Sept laboratoires concurrents, dont OpenAI et Google, ont signé les nouvelles conditions du Pentagone
Pourquoi le Pentagone a-t-il blacklisté Anthropic ?
Le conflit remonte aux négociations imposées par Pete Hegseth qui souhaitait renégocier tous les contrats des laboratoires d’IA avec l’armée. L’objectif affiché : permettre au Pentagone d’utiliser ces technologies pour « tout usage légal », élargissant considérablement le périmètre d’action. Anthropic est la seule entreprise à avoir refusé ces nouvelles conditions.
La firme de Dario Amodei a maintenu deux lignes rouges : interdire l’usage de ses modèles pour la surveillance de masse des Américains et pour les armes létales autonomes. Cette position a déclenché une escalade de pressions de la part du département de la Défense. Moins de 24 heures avant un ultimatum, le PDG d’Anthropic a réaffirmé publiquement cette position.
En représailles, le Pentagone a désigné Anthropic comme « risque pour la chaîne d’approvisionnement », une classification normalement réservée aux menaces à la sécurité nationale. Sept autres laboratoires ont parallèlement signé des contrats, dont Microsoft, OpenAI et SpaceX. Ce bras de fer rappelle d’autres batailles entre entreprises technologiques et administrations, à l’image de la victoire en demi-teinte de Coinbase dans son procès avec l’IRS.
Comment la justice a-t-elle motivé sa décision ?
La juge Rita F. Lin a rendu une décision cinglante pour l’administration. « L’invocation vide de la sécurité nationale n’est pas un chèque en blanc pour punir et exercer des représailles contre les critiques du gouvernement », a-t-elle écrit. Elle ajoute que la décision de Pete Hegseth était « arbitraire et capricieuse ».
« Les documents du département de la Guerre montrent qu’il a désigné Anthropic comme risque d’approvisionnement en raison de son “attitude hostile dans la presse”. Punir Anthropic pour avoir porté un débat public sur la position contractuelle du gouvernement est une vengeance illégale typique du Premier amendement. » : Juge Rita F. Lin, tribunal de district de Californie du Nord
Dans son ordonnance de mars, la magistrate avait déjà suspendu temporairement la liste noire. La décision de jeudi rend cette suspension définitive, confirmant l’analyse du tribunal sur le caractère punitif de la mesure. Ce jugement pourrait faire jurisprudence pour d’autres entreprises technologiques, y compris celles impliquées dans des litiges réglementaires comme Ripple face à la SEC.
Quelles conséquences pour l’écosystème IA et crypto ?
Cette décision intervient alors qu’Anthropic multiplie les liens avec l’industrie des cryptomonnaies. L’entreprise a notamment décroché 9,1 milliards de dollars de contrats cloud avec Riot Platforms en 2026, illustrant la convergence entre les besoins massifs en calcul des modèles d’IA et les infrastructures des mineurs de Bitcoin. Cette dynamique s’inscrit dans un mouvement plus large où l’IA devient un moteur du marché crypto.
Le jugement pourrait renforcer la position d’Anthropic dans les discussions avec les administrations. L’entreprise, valorisée à plus de 80 milliards de dollars lors de son introduction en Bourse anticipée, continue par ailleurs d’attirer les investisseurs. Sa tokenisation sur Binance, évoquée à 1,6 trillion de dollars de valorisation implicite, témoigne de cet appétit. Le rapprochement avec les acteurs crypto s’illustre aussi dans la sécurisation d’exchanges comme Kraken via le projet Glasswing.
La porte-parole Danielle Ghiglieri a déclaré que l’entreprise « reste concentrée sur une collaboration productive avec le gouvernement pour exploiter l’IA au service de la sécurité nationale ». Le marché de l’IA, lui, observe si d’autres laboratoires comme OpenAI adopteront une position similaire sur les cas d’usage militaires.
À retenir
La justice américaine a invalidé le blocage d’Anthropic par le Pentagone, confirmant qu’un refus de contracter sur des usages précis ne saurait justifier une mesure punitive. L’entreprise conserve son accès aux marchés militaires tout en maintenant ses restrictions éthiques. Prochaine échéance à surveiller : l’éventuel appel de l’administration Trump.
Questions fréquentes
Pourquoi le Pentagone a-t-il placé Anthropic sur liste noire ?
Le département de la Défense a classé Anthropic comme « risque d’approvisionnement » après son refus de signer des contrats autorisant la surveillance de masse et les armes létales autonomes. La juge Lin a jugé cette mesure punitive et contraire au Premier amendement, sept concurrents ayant signé ces conditions.
Cette décision a-t-elle un impact sur l’activité crypto d’Anthropic ?
Non directement. L’entreprise poursuit ses investissements massifs dans les infrastructures cloud, notamment 9,1 milliards de dollars avec Riot Platforms en 2026. Cette victoire judiciaire pourrait même renforcer sa position contractuelle et la confiance des partenaires du secteur crypto.
La décision de justice est-elle définitive ?
La suspension de la liste noire est désormais définitive au niveau du tribunal de district. L’administration Trump peut toutefois faire appel de cette ordonnance, ce qui prolongerait le contentieux sans toutefois rétablir la désignation bloquée d’Anthropic à court terme.
Sources
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