Alors que les traders amateurs commencent à s’acclimater aux changements de prix parfois violents du Bitcoin, plusieurs analystes ont suspecté une manœuvre liée aux contrats à terme, dans un objectif présumé de manipulation des cours.

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Un schéma qui se répétait 15 fois sur 20

À la sortie de l’hiver crypto de 2018, le Bitcoin s’est relevé progressivement, franchissant les 4 000 dollars pour grimper au-delà de 14 000 dollars entre avril et juin 2019. La monnaie lancée par Satoshi Nakamoto s’est de nouveau érigée en métronome du marché des cryptomonnaies, une remontée perçue comme un nouvel élan par les investisseurs.

Après quelques semaines au-dessus des 10 000 dollars, le BTC a reculé autour de 9 500 dollars en juillet et août, avant de tomber à environ 8 000 dollars en septembre 2019. La baisse n’était pas alarmante en soi, mais le même schéma s’était reproduit à plusieurs reprises auparavant. Une majorité d’observateurs suspectaient alors l’intervention des plateformes de dérivés, et particulièrement du Chicago Mercantile Exchange (CME). Arcane Research et plusieurs analystes ont mené leurs propres enquêtes pour éclairer la question.

Ce que disait l’étude Arcane Research

À l’issue de son analyse, Arcane Research a documenté une tendance baissière du BTC d’environ 2,27 % avant les règlements mensuels des contrats à terme du CME, avec une récurrence remarquable. Sur la période étudiée, le Bitcoin a reculé dans environ 75 % des cas immédiatement avant ces échéances. Ajusté des plus grands écarts, le recul moyen ressortait à près de 1,99 %.

Bendik Norheim Schei, analyste chez Arcane Research, résumait ainsi la portée statistique du phénomène.

« Statistiquement, il est hautement improbable que ces baisses de prix précédant le règlement du CME soient le simple fruit du hasard. »

L’étude portait sur la période de janvier 2018 à août 2019. Elle ne concluait toutefois pas à une « manipulation délibérée » du marché : la corrélation pouvait aussi refléter des stratégies de couverture, par exemple des détenteurs cherchant à se protéger via des positions vendeuses avant l’échéance.

La baisse du BTC est corrélée au règlement des contrats à terme du CME

La baisse du BTC apparaissait corrélée au règlement des contrats à terme du CME sur la période 2018-2019.

Le CME ne semblait pas innocent face à la baisse systématique du BTC

En remontant jusqu’à janvier 2018, Arcane Research a chiffré l’impact du paramètre « règlement CME ». Sur la période, le BTC affichait une croissance de l’ordre de 50 %, mais ce rythme haussier s’estompait fortement à l’approche des échéances mensuelles. D’autres observateurs pointaient aussi le lancement de Bakkt en septembre 2019, perçu comme un facteur ayant pu catalyser la baisse de l’automne.

L’hypothèse de la couverture revenait souvent. En proposant des contrats à terme réglés physiquement en bitcoins, Bakkt offrait aux mineurs et aux gros détenteurs un outil pour se protéger contre la volatilité des cours. Cette mécanique de hedging, plus qu’une manipulation coordonnée, suffisait à expliquer une partie de la pression vendeuse récurrente avant les règlements.

Depuis 2019 : le contexte a profondément changé

Le marché des dérivés du CME a changé d’échelle. Le contrat de référence est resté la pierre angulaire de l’exposition institutionnelle, et le CME est devenu, à partir de novembre 2023, la première place pour l’open interest sur les futures Bitcoin, porté par le positionnement avant le lancement des ETF spot en janvier 2024.

Cette dynamique a alimenté le « basis trade », une stratégie d’arbitrage entre le prix au comptant et celui des contrats à terme. Avec l’arrivée des ETF Bitcoin, une part de la couverture s’est déplacée vers ces produits cotés, modifiant les flux autour des échéances mensuelles.

Un effet de règlement aujourd’hui plus dilué

L’écart constaté en 2019 s’est nettement atténué. La profondeur du marché, la multiplication des contrats (mensuels, hebdomadaires, micro) et l’arrivée des ETF ont réduit l’impact mécanique d’un seul règlement mensuel. Les corrections du Bitcoin sont désormais davantage liées aux flux ETF, à la macroéconomie et au sentiment qu’à une seule échéance du CME.

Fin 2025, le resserrement des écarts entre comptant et terme a provoqué un dénouement de positions de basis trade. Binance a alors brièvement dépassé le CME sur l’open interest des futures Bitcoin, autour de 125 000 BTC contre environ 123 000 BTC pour le CME, signe d’une demande institutionnelle moins tendue sur la place de Chicago. Sur la même période, l’open interest sur les options du CME affichait un biais vendeur marqué, reflet d’une recherche de protection à la baisse.

Faut-il encore trader autour des échéances CME ?

Pour un investisseur particulier, surveiller le calendrier des règlements du CME reste utile, mais ce n’est plus un signal isolé. Les « CME gaps », ces écarts laissés par le marché fermé le week-end, attirent encore l’attention des traders techniques sans constituer une garantie. Mieux vaut croiser plusieurs indicateurs.

Avant toute prise de position, des outils de marché aident à contextualiser la tendance : la carte de chaleur du marché, l’indice Fear and Greed pour jauger le sentiment, ou un convertisseur crypto pour estimer ses montants. Le suivi des cycles haussiers et des sommets historiques complète utilement l’analyse.

Ce qu’il faut retenir

La corrélation observée en 2019 entre les règlements du CME et les baisses du BTC était statistiquement robuste sur sa période, sans pour autant prouver une manipulation délibérée. Depuis, l’écosystème des dérivés s’est massifié et institutionnalisé, et l’effet d’un seul règlement mensuel s’est largement dilué dans un marché bien plus profond.

Pour accéder à ce marché via des intermédiaires régulés, des acteurs comme Bourse Direct ou Coinhouse proposent une exposition encadrée. L’investissement en cryptomonnaies reste néanmoins volatil et l’avis d’un professionnel est recommandé avant toute décision.

Sources

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