L’‘histoire houleuse de SushiSwap a connu un dénouement inattendu ce week-end de septembre 2020, après l’‘intervention du PDG de FTX, Sam Bankman-Fried, dans la débâcle provoquée par l’'un des cofondateurs du projet, un développeur anonyme se présentant sous le nom de Chef Nomi.

Au programme

Le quasi exit scam de Chef Nomi, la reprise en main par FTX, la restitution des fonds, puis le retournement complet de l’'histoire avec la chute de FTX.

Parti avec la caisse

Le cours du token Sushi s’‘est effondré à la suite de la vente massive de jetons par l’‘un de ses cuisiniers en chef. Sans autre forme de procès, ce dernier a soldé sa réserve pour environ 11 millions de dollars en ETH, un montant qui sera plus tard réévalué autour de 14 millions une fois l’'ensemble des fonds tracé sur la chaîne.

Ce pactole n’‘est pas passé inaperçu. Il a légitimement provoqué la colère des investisseurs, qui ont accusé le développeur d’'opérer un exit scam pur et simple sur leur dos.

Se défendant tant bien que mal, le développeur a déclaré que, contrairement aux apparences, il n’‘était pas parti avec la caisse. Il a invoqué l’‘exemple de Charlie Lee, fondateur de Litecoin, qui avait vendu l’‘intégralité de ses jetons LTC au sommet du bull run de 2017 sous prétexte de conflit d’'intérêt, et qui continue de présider aux destinées de son projet.

Magot ou pas magot, Chef Nomi a donc assuré qu’'il continuerait de travailler pour SushiSwap. Pas de quoi apaiser la communauté, qui regardait le prix plonger. Le jeton Sushi, après avoir atteint son plus haut à son arrivée sur les grandes plateformes, a connu une chute supérieure à 70 %.

Un dénouement rondement mené

Mais c’‘était sans compter sur la réaction du dirigeant de FTX, qui s’'est emparé du sujet avec virulence et efficacité.

Dans un fil publié le 6 septembre 2020, Sam Bankman-Fried résume sa position en quelques points. Chef Nomi a nui à la communauté. SushiSwap, en tant qu’‘automated market maker bâti par la communauté, conserve un réel potentiel. Si Chef Nomi ne se retire pas, l’'avenir du projet est compromis.

« Si on me le confie, je m’'assurerai que la migration se déroule comme prévu, puis je transférerai le contrôle à un vrai multisig », a écrit Sam Bankman-Fried.

En substance, il a fortement invité Chef Nomi à se démettre de ses fonctions et à lui transférer le contrôle de SushiSwap. Contre toute attente, ce dernier s’'est exécuté.

Sam Bankman-Fried a confirmé avoir reçu les clés, remercié Chef Nomi d’‘avoir fait le nécessaire, et annoncé la mise en place imminente d’‘un portefeuille à signatures multiples. Un réel soulagement pour les détenteurs du token, qui ont vu le cours rebondir de plus de 40 % dès l’'annonce de la reprise en main.

Graphique montrant la hausse du prix du token Sushi après annonce FTX

Surtout, c’‘était la promesse d’‘un avenir de nouveau possible pour le projet. FTX, alors reconnu pour son sérieux apparent, semblait s’‘engager dans le développement de SushiSwap. Le protocole, très proche de celui d’'Uniswap, pouvait espérer voir ses nouvelles fonctionnalités activées rapidement.

Chef Nomi restitue les fonds

L’'épisode a connu un rebondissement supplémentaire le 11 septembre 2020. Chef Nomi a restitué la totalité des fonds, soit environ 38 000 ETH valorisés autour de 14 millions de dollars, au trésor de développement du projet.

« J’‘ai merdé. Et j’'en suis désolé », a reconnu Chef Nomi dans son message public, attribuant ses décisions à la cupidité et à la pression.

Il a laissé à la communauté le soin de décider de la part qui lui revenait en tant que créateur originel. La nouvelle a de nouveau fait grimper le cours, dans un contexte de yield farming frénétique propre à l’'été DeFi de 2020.

Depuis : la chute de FTX change tout

Avec le recul, cet épisode a pris une coloration ironique. La plateforme alors présentée comme un gage de fiabilité s’'est effondrée. En novembre 2022, FTX a fait faillite, révélant un détournement massif de fonds clients vers la société de trading Alameda Research.

Le 28 mars 2024, Sam Bankman-Fried a été condamné à 25 ans de prison par un tribunal fédéral de New York pour sept chefs de fraude, et tenu de restituer environ 11 milliards de dollars. Le sauveur de SushiSwap est ainsi devenu l’‘un des plus grands fraudeurs de l’'histoire de la crypto.

SushiSwap, de son côté, a survécu. Le DEX est passé sous gouvernance communautaire, avec l’‘élection d’'un Head Chef par la DAO en octobre 2022, puis plusieurs changements de direction. Le protocole reste actif sur de nombreuses chaînes, même si son cours et sa valeur totale verrouillée évoluent loin de leurs sommets de 2021.

Une leçon durable pour la DeFi

SushiSwap restera dans les annales comme l’'exemple édifiant des risques propres à un projet non audité, lancé par une équipe anonyme. Les responsabilités dans ce type de fiasco sont partagées, entre développeurs opaques et investisseurs aveuglés par les rendements.

L’‘affaire rappelle aussi qu’‘aucun acteur n’‘est intouchable. Pour s’‘informer avant d’‘investir, mieux vaut consulter le convertisseur crypto, suivre le sentiment de marché via l’‘indice Fear and Greed, ou comparer les plateformes réglementées comme Coinhouse plutôt que de courir après le prochain « food token ». La catégorie DeFi regorge d’‘exemples où l’'anonymat a fini par coûter cher.

Sources

Nous ajouter à vos sources préférées sur Google