Le FBI a utilisé un token ERC-20 fictif, baptisé NexFundAI, pour infiltrer et démanteler plusieurs groupes spécialisés dans la manipulation de marché crypto. Résultat : 18 inculpés, des millions de dollars saisis : et, ironie totale, le token a grimpé de près de +1 900 % après que la presse a révélé son existence.

En bref

L’opération, dévoilée en 2024 par le département de Justice américain, visait des acteurs qui gonfleraient artificiellement les cours via des schémas de type pump-and-dump. NexFundAI a servi d’appât. Quand les détails sont devenus publics, des traders ont acheté le token massivement : ignorant ou se moquant qu’il était l’instrument d’une opération fédérale.

Comment le FBI a fabriqué un faux token

Pour infiltrer des réseaux de manipulation, les agents fédéraux ont déployé NexFundAI sur la blockchain Ethereum. Le token présentait tous les attributs d’un projet légitime : contrat auditable, liquidité déposée, communication active. Des acteurs du marché ont été approchés et ont cru traiter avec de vrais promoteurs désireux de faire monter le cours via des pratiques illicites connues sous le nom de wash trading et de pump-and-dump.

Cette méthode d’infiltration : créer un actif numérique fonctionnel comme preuve d’intention : constitue une première documentée dans l’histoire des poursuites judiciaires liées aux cryptomonnaies. Les actes du DOJ détaillent des échanges où des suspects proposaient explicitement de manipuler le cours de NexFundAI contre rémunération. Cela permet au parquet de prouver l’intention criminelle, critère déterminant devant un jury.

C’est un rappel brutal que les arnaques crypto les plus sophistiquées ne viennent pas toujours d’escrocs : parfois, c’est l’instrument d’une enquête qui devient le piège.

Pourquoi le token a-t-il bondi de +1 900 % après la révélation ?

Quand les détails de l’opération ont circulé sur les réseaux sociaux, une frange du marché a acheté NexFundAI précisément parce qu’il était associé au FBI. La logique : un token mentionné dans une affaire fédérale bénéficie d’une visibilité maximale. Selon les données rapportées par BeInCrypto, le cours a multiplié par 19 en quelques heures après qu’un simple tweet a amplifié l’information.

Ce phénomène n’est pas isolé. Il rappelle la dynamique des memecoins politiques, où l’absurde devient catalyseur d’achat spéculatif. En 2024 et 2025, plusieurs erreurs classiques des investisseurs crypto consistent précisément à acheter sur le buzz médiatique sans analyser la substance d’un actif. NexFundAI en est l’illustration la plus grotesque : le token n’a aucune utilité, son créateur est une agence gouvernementale, et son seul but était de coincer des fraudeurs.

La CFTC, qui a proposé des catégories spécifiques pour les investisseurs crypto, et le DOJ alignent désormais leurs enquêtes sur la manipulation de marché comme priorité commune pour 2026.

Quels acteurs ont été visés par l’opération ?

Les 18 inculpés incluent des individus et plusieurs entreprises de market making qualifiées de complices dans les actes d’accusation. Parmi les sociétés citées : Gotbit, ZM Quant, CLS Global et MyTrade. Ces entités proposaient à des équipes de projets des services d’augmentation artificielle du volume : pratique illégale dès lors qu’elle induit les investisseurs en erreur sur la liquidité réelle d’un actif.

L’opération d’Europol contre des arnaques crypto pour plusieurs centaines de millions d’euros quelques mois plus tôt avait déjà signalé une coordination internationale renforcée. L’affaire NexFundAI confirme que les autorités américaines maîtrisent désormais les outils techniques propres à la blockchain pour construire des dossiers solides. La saisie d’actifs numériques en direct, documentée on-chain, rend les preuves difficilement contestables.

Ces poursuites font écho à l’affaire des 11 millions de dollars en Bitcoin détournés par Circle Society, où la traçabilité on-chain avait également constitué l’épine dorsale de l’accusation.

Notre lecture L’affaire NexFundAI révèle une double absurdité du marché crypto en 2026 : des criminels prêts à manipuler des actifs fictifs pour quelques points de base, et des spéculateurs prêts à acheter le token même quand on leur dit qu’il a servi d’appât fédéral. La vraie question n’est pas de savoir si le FBI peut créer un token : il l’a fait. C’est de savoir combien de vrais projets fonctionnent sur des mécaniques identiques, sans agent fédéral derrière.

À retenir

NexFundAI est une opération réussie sur le plan judiciaire, avec 18 inculpés et plusieurs sociétés de market making dans le viseur du DOJ. Le rebond spéculatif post-révélation illustre à quel point les risques d’arnaques restent sous-estimés par les investisseurs particuliers. À surveiller : les suites judiciaires attendues au second semestre 2026, et d’éventuelles sanctions civiles de la SEC sur les market makers identifiés.

Sources

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