En décembre 2017, au plus fort de la bulle Bitcoin, Bitfinex et Tether rompent plusieurs mois de silence face aux critiques grandissantes sur leurs finances. Leur porte-parole désigne des “acteurs douteux” et promet plus de transparence. Cet épisode reste une référence pour comprendre les controverses autour de l’USDT, encore débattues en 2026.

En bref

  • Bitfinex et Tether publient une déclaration commune en décembre 2017 via Ronn Torossian
  • La société reconnaît officiellement le lien entre Bitfinex et Tether, jusqu’alors seulement spéculé
  • Un rapport intérimaire de Friedman LLP indique 442,9 millions de dollars en caisse au 15 septembre 2017
  • L’audit complet promis ne sera jamais publié : Friedman LLP rompt le contrat en janvier 2018
  • Les documents Paradise Papers révèlent que Phil Potter et Giancarlo Devasini sont actionnaires de Tether
Chronologie Tether-Bitfinex 2017Frise chronologique des événements clés : Paradise Papers (nov. 2017), déclaration Torossian (déc. 2017), rupture avec Friedman LLP (jan. 2018).Controverse Tether-Bitfinex : points clés 2017Nov. 2017Paradise PapersDéc. 2017Déclaration TorossianJan. 2018Friedman LLP se retireLien Tether-Bitfinex442,9 M$ attestésAudit annulé

Pourquoi Bitfinex et Tether ont-ils rompu le silence en 2017 ?

La pression médiatique atteint un seuil critique en novembre 2017. Le New York Times publie un long article sur les controverses autour de Bitfinex (New York Times, 2017). Dans le même temps, les données Paradise Papers de l’ICIJ révèlent que Phil Potter et Giancarlo Devasini occupent des rôles d’administrateur et d’actionnaire chez Tether. Cette double pression force les deux entités à réagir.

Ronn Torossian, porte-parole extérieur recruté pour l’occasion, signe une déclaration commune. Il cible le blogueur pseudonyme “Bitfinex’d”, actif sur Medium et YouTube, l’accusant de lancer des “allégations sans jamais révéler sa propre identité”. La stratégie choisie consiste davantage à contre-attaquer les critiques qu’à répondre aux questions de fond sur les réserves.

Le rapport Friedman LLP : que disait-il vraiment ?

L’élément factuel central de la déclaration est le rapport intérimaire du cabinet Friedman LLP. Ce document atteste la présence de 442,9 millions de dollars en liquidités au 15 septembre 2017 (Friedman LLP via Tether, 2017). C’est la première confirmation chiffrée des réserves de Tether. Mais les réserves sont suffisantes pour couvrir les USDT en circulation à cette date.

Le rapport contient toutefois des réserves importantes. Le compte bancaire est détenu au nom d’un mandataire. Friedman déclare ne pas être en mesure de garantir que Tether dispose d’un accord exécutoire avec ce mandataire. Le cabinet précise aussi ne pas pouvoir attester de la capacité de Tether à retirer les fonds, ni exclure que l’argent soit mis en gage. Le nom de la banque reste masqué dans la version publique.

Quelle est la structure de gouvernance révélée par les Paradise Papers ?

Jusqu’en 2017, le lien entre Bitfinex et Tether relève de la spéculation. Les Paradise Papers changent la donne. Les documents obtenus par l’ICIJ montrent que Phil Potter, directeur stratégique de Bitfinex, est administrateur de Tether (ICIJ, 2017). Giancarlo Devasini, directeur financier de Bitfinex, en est actionnaire. Le porte-parole reconnaît explicitement ce lien dans sa déclaration, ce qui constitue la première admission officielle.

Le PDG de Bitfinex, Jan Ludovicus van der Velde, est identifié dans un email à CoinDesk. Mais, fait notable, aucun dirigeant n’est listé sur le site web de Bitfinex au moment de la déclaration. Cette opacité sur la gouvernance renforce les interrogations, y compris de la part d’observateurs jusque-là neutres.

Quelles conséquences pour le marché crypto en 2026 ?

Cet épisode de 2017 marque le début d’un long contentieux autour de Tether. En 2021, le procureur général de New York conclut un accord de 18,5 millions de dollars avec iFinex (maison mère de Bitfinex) pour clore les poursuites liées aux réserves (NYAG, 2021). Tether publie depuis des attestations trimestrielles, sans atteindre le niveau d’un audit complet selon les standards comptables internationaux.

En 2026, l’USDT reste le stablecoin le plus utilisé par volume mondial. La question des réserves demeure un sujet de surveillance étroit pour les régulateurs, notamment dans le cadre du règlement MiCA en Europe. L’épisode de 2017 illustre une vérité durable : dans un marché sans auditeur indépendant contraignant, la confiance repose sur des promesses, pas sur des preuves vérifiables.

Questions fréquentes

Tether avait-il bien assez de réserves en dollars en 2017 ?

Le rapport Friedman LLP du 15 septembre 2017 atteste 442,9 millions de dollars en caisse. Mais le cabinet précise ne pas pouvoir garantir l’accès à ces fonds ni l’absence de mise en gage. L’audit complet promis n’a jamais été publié, Friedman LLP ayant rompu son contrat en janvier 2018.

Quel est le lien réel entre Bitfinex et Tether ?

Les Paradise Papers de 2017 montrent que Phil Potter (directeur stratégique de Bitfinex) est administrateur de Tether, et que Giancarlo Devasini (directeur financier de Bitfinex) en est actionnaire. Ce lien capitalistique et opérationnel a été reconnu officiellement par le porte-parole Ronn Torossian dans la déclaration de décembre 2017.

Qu’est-il arrivé aux poursuites judiciaires contre Bitfinex et Tether ?

En février 2021, iFinex (maison mère des deux entités) signe un accord avec le procureur général de New York pour 18,5 millions de dollars, sans admission de faute (NYAG, 2021). Tether s’engage à publier des rapports trimestriels sur ses réserves. Les régulateurs européens suivent le dossier dans le cadre de MiCA.

Sources

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