Le minage de Bitcoin traîne une réputation de gouffre énergétique. Le réseau consomme environ 138 TWh par an, soit près de 0,5 % de l’électricité mondiale, selon le Cambridge Centre for Alternative Finance. Mais une autre réalité, plus discrète, se construit en France : des mineurs qui ne cherchent pas l’électricité la moins chère, mais celle que personne d’autre ne veut. Barrages isolés, parcs solaires en surproduction, chaleur de serveurs récupérée. Cette enquête suit ces installations qui transforment l’énergie perdue en calcul.

Au programme

  • Ce que consomme vraiment le minage Bitcoin
  • Pourquoi la France écrête ses renouvelables
  • Le pari du minage sur les surplus
  • La récupération de chaleur des fermes de calcul
  • Ce que prépare le législateur français

Que consomme vraiment le minage de Bitcoin ?

Le réseau Bitcoin consomme de l’ordre de 138 TWh par an, d’après l’indice CBECI du Cambridge Centre for Alternative Finance, soit environ 0,5 % de la consommation électrique mondiale. Ce chiffre alimente la plupart des critiques écologiques visant la cryptomonnaie.

Mais le mix énergétique du minage a changé. L’étude publiée par la Cambridge Judge Business School en avril 2025 estime que 52,4 % de l’électricité utilisée provient de sources durables, dont 42,6 % de renouvelables et 9,8 % de nucléaire. Le gaz naturel pèse 38,2 % et le charbon 8,9 %. La sécurité du réseau repose sur le mécanisme de preuve de travail, qui récompense la puissance de calcul, donc l’accès à l’électricité.

Mix énergétique du minage de Bitcoin (2025) Renouvelables 42,6 %

Gaz naturel 38,2 %

Nucléaire 9,8 %

Charbon 8,9 %

Source : Cambridge Judge Business School, étude sur le minage Bitcoin, avril 2025.

Pourquoi la France gaspille-t-elle ses énergies renouvelables ?

Parce que le réseau ne peut pas toujours absorber ce que produisent l’éolien et le solaire. En 2024, RTE a estimé qu’environ 1,7 TWh de production éolienne et solaire ont été écrêtés lors d’épisodes de prix négatifs, soit l’équivalent de la consommation annuelle d’une ville moyenne, purement perdu.

Ce phénomène s’aggrave. Selon le Bilan électrique 2025 de RTE relayé par la presse spécialisée, les écrêtements de renouvelables ont doublé en un an. La cause est structurelle : un parc solaire produit à midi quand la demande est faible, et le stockage de masse reste limité. Cette électricité existe, elle est décarbonée, mais elle ne trouve pas preneur au bon moment.

C’est précisément cette fenêtre que visent certains mineurs. Une ferme de calcul peut s’allumer en quelques secondes pour absorber un surplus, puis s’éteindre quand le réseau a de nouveau besoin de chaque mégawatt. Le bitcoin devient alors un acheteur de dernier recours, flexible par nature.

Le minage sur surplus est-il une solution crédible ?

Sur le papier, l’idée séduit : monétiser une énergie autrement gâchée plutôt que de bâtir des centrales dédiées. Le modèle s’appuie sur la flexibilité du hashrate, qui peut se brancher et se débrancher au rythme de la production renouvelable.

L’Adan, l’association du secteur, avance qu’un gigawatt de puissance dédiée au minage des surplus pourrait générer entre 100 et 150 millions de dollars de recettes annuelles. Ce chiffre, repris par une proposition de loi déposée à l’Assemblée nationale, émane d’un acteur intéressé et doit être lu comme une estimation sectorielle, non comme une donnée établie.

Les limites sont réelles. Le surplus français écrêté en 2024, environ 1,7 TWh, ne représente qu’une fraction des 138 TWh consommés mondialement par le réseau. Le minage sur surplus ne « verdit » donc pas Bitcoin à lui seul : il valorise localement une énergie perdue, sans changer l’ordre de grandeur global. La rentabilité dépend aussi du cours et du calendrier des halvings, qui divisent périodiquement la récompense des mineurs.

La récupération de chaleur change-t-elle la donne ?

C’est l’angle le plus concret. Un mineur ne produit pas que des calculs : il produit de la chaleur, beaucoup de chaleur. Plutôt que de la dissiper dans l’air, certains projets la réinjectent dans des réseaux de chauffage, des serres ou des bâtiments.

L’exposé des motifs de la proposition de loi française cite l’exemple finlandais, où la chaleur d’une ferme de minage alimenterait le chauffage urbain d’environ 11 000 habitants. Le principe vaut pour des usages francophones potentiels : piscines municipales, séchage agricole, chauffage de locaux. La récupération transforme une nuisance en service, et améliore l’équation économique de l’installation.

En France, des acteurs comme BigBlock Datacenter se positionnent sur le minage adossé à de l’énergie décarbonée. La prudence reste de mise sur les volumes annoncés par les entreprises elles-mêmes, rarement audités. L’intérêt de la chaleur fatale, lui, ne fait pas débat : c’est un gisement mesurable, contrairement aux promesses marketing du secteur.

Que prépare le législateur français ?

Une expérimentation encadrée. Le 11 juillet 2025, le député Aurélien Lopez-Liguori a déposé à l’Assemblée nationale la proposition de loi n° 1750, qui vise à autoriser, à titre expérimental et pour cinq ans, l’utilisation des surplus électriques pour le minage de cryptoactifs.

Le texte prévoit explicitement un volet récupération de chaleur et une logique de reconversion de sites industriels existants. Son article unique précise :

« Cette expérimentation peut inclure des dispositifs de récupération de chaleur et s’inscrire dans la reconversion de sites industriels existants. »

L’adoption reste incertaine, et le débat dépasse la seule question technique : il touche à la souveraineté énergétique, à la fiscalité et à l’image des cryptoactifs. Pour suivre l’état du marché au quotidien, notre heatmap cartographie les variations en temps réel, tandis que notre dossier sur le Bitcoin détaille les fondamentaux du réseau et son mécanisme de consensus.

Questions fréquentes

Le minage de Bitcoin est-il polluant ?

Cela dépend de l’électricité utilisée. Le réseau consomme environ 138 TWh par an, mais 52,4 % proviennent désormais de sources durables selon Cambridge. Une ferme branchée sur du charbon est polluante ; une ferme adossée à un surplus hydraulique ou solaire écrêté valorise une énergie autrement perdue.

Qu’est-ce que le minage sur surplus ?

C’est le fait de faire tourner des machines de minage uniquement quand le réseau produit plus d’électricité renouvelable qu’il ne peut en consommer. Le mineur sert d’acheteur flexible, s’allumant pour absorber le surplus et s’éteignant quand la demande revient. En France, environ 1,7 TWh ont été écrêtés en 2024.

La récupération de chaleur du minage est-elle réelle ?

Oui. Une ferme de minage dégage une chaleur importante, récupérable pour chauffer bâtiments, serres ou piscines. La proposition de loi française cite un cas finlandais chauffant environ 11 000 habitants. Cette valorisation améliore le bilan économique et environnemental de l’installation.

Oui, le minage de cryptoactifs n’est pas interdit en France. Une proposition de loi déposée en juillet 2025 vise même à encadrer une expérimentation de minage sur les surplus électriques. L’activité reste soumise au droit commun de l’électricité et de la fiscalité des entreprises.

Sources

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