Le plus surprenant dans cette affaire, c’est que certains aient été réellement surpris. Tête d’affiche : Donald Trump, alors ancien président des États-Unis. Arme du crime : une collection de NFT le représentant dans des accoutrements improbables, du cow-boy au super-héros. De quoi attirer tous les amateurs de spéculation vide de sens pour qui le sérieux du secteur n’est pas une priorité.

Mais surprise, à peine plus de 48 heures après ce lancement, les soupçons d’arnaque sont venus entacher cette vente à succès. En cause : savoir si Donald Trump faisait réellement partie de l’équation, autrement que comme un aimant à attention. Et aussi une possible rétention volontaire d’exemplaires rares ou de récompenses annoncées surtout pour attirer le chaland.

Au programme Le lancement de décembre 2022, les accusations de scam, le bilan de la collection et ce qu’elle est devenue en 2026.

Donald Trump – Sa collection de NFT accusée de scam

Bienvenue dans le côté marron de la force. Comme exemple presque parfait de ce qu’il ne faut pas faire : la collection de NFT lancée par Donald Trump le 15 décembre 2022. Les 45 000 cartes Trump Digital Trading Cards, vendues 99 $ pièce, sont parties en moins d’une journée, générant environ 4,4 M$. Une opération qui interroge venant d’un adversaire historique du secteur.

Car selon plusieurs analystes on-chain, les procédures de distribution des exemplaires les plus rares auraient été tout sauf transparentes. Exemple souvent cité : un dîner de gala promis à un détenteur, mais conservé par l’organisateur. Trump finira par honorer ces dîners, à Mar-a-Lago en novembre 2023 puis en mai 2024, réservés aux plus gros acheteurs.

« Il s’avère que Donald Trump a frappé un millier de ses propres NFT dans son portefeuille. Il a aussi conservé une portion géante des NFT les plus rares de sa collection pour lui-même. Le 2e NFT frappé était un exemplaire unique, quelle chance… »

OKHotshot, analyste on-chain

En effet, il semble que les premiers NFT de cette collection aient été créés par le portefeuille d’administrateur. Selon les relevés relayés par CoinDesk, ce portefeuille-coffre aurait concentré environ 26 % des cartes uniques 1-of-1 et 28 % des cartes autographiées, soit les actifs les plus précieux de la série.

Floor price, contrôle du marché et opacité

Pourquoi conserver autant d’exemplaires rares ? D’abord pour peser sur le floor price sur le marché secondaire. Ces images vendues 99 $ pointaient alors autour de 0,30 ETH, soit un peu plus de 350 $ l’unité en ETH. Posséder une telle proportion offre un levier évident sur le cours.

Détenir les cartes rares donnait aussi un pouvoir sur les tirages au sort. Qui contrôle le coffre peut, en théorie, influencer l’attribution des récompenses et fausser la concurrence. De quoi nourrir les comparaisons avec un rug pull déguisé, même si le projet a continué d’exister.

La question reste de savoir si Donald Trump était réellement partie prenante. Le bas du site officiel l’indiquait clairement : la structure « NFT INT LLC » utilise « le nom, la ressemblance et l’image de Donald J. Trump sous licence payante de CIC Digital LLC ». Une mécanique de franchise, plus qu’un projet Web3 porté par l’intéressé.

Depuis le lancement : ce que la collection est devenue

Le scénario annoncé s’est largement vérifié. Dès l’annonce d’une série 2 en avril 2023, le floor price de la série 1 a chuté, passant d’environ 0,42 ETH à près de 0,10 ETH en vingt-quatre heures selon Newsweek. Les détenteurs de la série 2 affichaient déjà des pertes proches de 36 % sur leur mise de 99 $ fin 2023.

Les séries suivantes ont confirmé l’essoufflement. La série 3 de 100 000 cartes n’a été vendue qu’à moitié environ. La série 4 « America First » plafonnait, début 2025, à un peu plus de 2 M$ de ventes pour seulement une fraction des 360 000 unités disponibles. Le volume d’échange sur le marché secondaire s’est effondré sur la quasi-totalité des collections.

L’ironie de l’histoire : l’adversaire affiché des cryptomonnaies est devenu, une fois réélu en 2024, l’un des présidents les plus engagés dans le secteur, du dossier des ETF Bitcoin aux stablecoins. Ses cartes, elles, restent un cas d’école de la bulle NFT, où l’attention médiatique a remplacé toute utilité réelle.

Une leçon pour les investisseurs

L’affaire illustre les risques d’une spéculation déconnectée des fondamentaux. Un actif au spread erratique, concentré dans quelques portefeuilles, dépend entièrement de la demande spéculative. Quand celle-ci se tarit, le plancher s’effondre, comme l’ont constaté de nombreux détenteurs.

Aucune poursuite d’envergure d’investisseurs mécontents n’a abouti à ce jour contre la collection. Mais le bilan parle de lui-même : derrière l’emballage présidentiel, ces NFT ressemblaient surtout à ce que la mémoire de marché de 2022 retiendra comme un projet plus marketing qu’authentiquement décentralisé. Pour mesurer la volatilité du marché, des outils comme la heatmap, l’indice Fear and Greed ou un convertisseur crypto restent plus utiles qu’une carte à collectionner.

Sources

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