Il existe deux mondes bien distincts parmi les plateformes d’échange de cryptomonnaies. D’un côté les versions décentralisées (DEX), emmenées par le leader Uniswap (UNI). De l’autre les exchanges centralisés (CEX), avec à leur tête la célèbre Binance. Même si ces dernières tentent de brouiller les pistes, la distinction a tout d’une véritable frontière entre deux univers aux fonctionnalités distinctes, en lien plus ou moins direct avec le secteur de la DeFi. Une économie numérique à l’origine de l’explosion des DEX, comme le documentait dès 2022 une étude de la structure Chainalysis.
L’essor de la DeFi a durablement redessiné le visage du secteur des cryptomonnaies. Et cela en y apportant une décentralisation non plus uniquement structurelle, mais appliquée à une toute nouvelle économie numérique. Car il n’est plus simplement question de blockchains. Mais bien plus de protocoles construits sur ces réseaux pour offrir des outils financiers innovants et accessibles à tous.
Au centre de cette dynamique trônent les plateformes décentralisées (DEX). Ces bourses dédiées aux « swaps » se sont positionnées comme les principales portes d’entrée de ces écosystèmes. Tout réseau qui se respecte doit disposer de ce genre de structures, comme base de son adoption. Et leur dysfonctionnement peut vite s’avérer problématique, en l’absence de solutions annexes. Mais quoi qu’il arrive, ce marché continue de croître année après année.
DEX – Un essor porté par la DeFi
Lorsqu’il est question de plateformes décentralisées (DEX), le premier nom qui s’impose reste celui du leader Uniswap (UNI). Le fer de lance de ce marché, mais aussi du réseau Ethereum sur lequel il a été construit. Avant l’avènement de la DeFi en 2020, ces protocoles n’étaient que d’obscures alternatives à leurs versions centralisées (CEX), bien plus utilisées. Les choses ont évolué et le marché a changé. Avec l’apparition de multiples réseaux, et la prolifération de projets accessibles uniquement via ces DEX. Un véritable changement de paradigme.
En effet, comme le soulignait le rapport publié par Chainalysis, c’est à cette époque que les plateformes décentralisées se sont nettement imposées. Au point de surpasser leurs homologues centralisées sur le marché spot au plus fort du bull market 2021. Avec des volumes estimés à 250 milliards de dollars sur les DEX, contre à peine plus de 100 milliards pour la concurrence sur certains pics mensuels. Une avance toutefois suivie d’un rapprochement sur fond de marché baissier en 2022.

Raison pour laquelle, à cette époque, de nombreuses plateformes centralisées se sont lancées dans des versions de DeFi hybride. Et des programmes de « CeDeFi » aussi surréalistes qu’opportunistes. Sans oublier la mise en place de réseaux comme la Binance Smart Chain, devenue BNB Chain, pour tenter d’échapper aux régulateurs.
DEX – Un modèle économique à confirmer
L’essor des plateformes décentralisées a aussi vu apparaître un nouveau type d’acteur. Ces derniers connus sous le nom de liquidity providers (LP), des fournisseurs de liquidité rémunérés par ces exchanges non dépositaires. Cela en percevant un pourcentage des transactions, sous la forme de commissions. Un mécanisme proche du yield farming, avec des revenus directement liés à l’activité enregistrée sur le marché des cryptomonnaies.
Mais Chainalysis notait que cette tendance n’avait rien d’acquis. Et les DEX ne pourraient conserver leur avance qu’à certaines conditions précises. Cela d’abord s’ils « peuvent offrir des frais moins élevés et des prix plus justes que leurs homologues centralisés. » Mais aussi en passant par un examen réglementaire plus approfondi, devenu inévitable. Et enfin en réinvestissant ce succès pour offrir un service véritablement décentralisé tout en restant sûr.
Depuis 2022 : les DEX ne cessent de grignoter du terrain
Quatre ans plus tard, la trajectoire s’est confirmée. Sur le marché spot, la part des DEX est passée de 6,9 % en janvier 2024 à 13,6 % en janvier 2026, selon le rapport CEX & DEX de CoinGecko. En volume absolu, cela représente un bond de 95,9 à 231,3 milliards de dollars par mois. Le ratio DEX/CEX au comptant a ainsi plus que triplé en cinq ans.
C’est toutefois sur les contrats perpétuels que la bascule est la plus spectaculaire. La part des DEX sur ce segment est passée d’environ 2 % en janvier 2024 à 10,2 % début 2026, le volume mensuel atteignant près de 740 milliards de dollars. Un essor porté par une nouvelle génération de carnets d’ordres on-chain, là où les premiers DEX se limitaient aux pools d’AMM.
Hyperliquid et le top 10 des exchanges
Fait marquant, sur la période d’août 2025 à janvier 2026, trois plateformes décentralisées ont fait leur entrée dans le top 10 mondial. PancakeSwap et Uniswap ont franchi le seuil côté spot, avec environ 0,55 et 0,54 mille milliards de dollars de volume cumulé, devançant des CEX comme Bitget, OKX ou Coinbase. Sur les perpétuels, Hyperliquid a dominé avec près de 1,59 mille milliards de dollars cumulés.
Hyperliquid concentre aujourd’hui une large part du marché des dérivés on-chain, ce qui en fait le symbole de cette nouvelle vague. La géographie des DEX a également évolué : les volumes sur Solana rivalisent désormais avec ceux d’Ethereum, signe d’un marché bien plus multi-chaînes qu’en 2022. Pour comparer les actifs concernés, la heatmap et le convertisseur crypto restent des repères utiles.
Convergence ou différenciation ?
Reste l’interrogation posée dès 2022 : comment CEX et DEX vont-ils converger ou se différencier ? La réponse semble se dessiner. Les CEX conservent l’écrasante majorité des volumes, autour de 87 %, mais les DEX captent une part croissante des nouveaux usages, notamment les actifs à longue traîne et les dérivés on-chain. Les frontières se brouillent aussi côté garde, de nombreux utilisateurs alternant CEX et wallet non dépositaire comme MetaMask.
La réglementation, attendue comme un frein, a finalement accompagné le mouvement plutôt que de le stopper. Et la concurrence reste acharnée au sein même de la DeFi, entre AMM, agrégateurs et carnets d’ordres décentralisés. Pour suivre l’humeur du marché qui conditionne ces volumes, l’indice Fear and Greed demeure un thermomètre pratique. Une affaire toujours à suivre.
Sources
- Chainalysis – DeFi, DEX & Web3 Report
- The Block – DEX to CEX Spot Trade Volume
- Coinlaw – Decentralized Exchanges DEX Statistics 2026
- CoinGecko – CEX & DEX Trading Activity Report 2026
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