Lorsque le sujet des cryptomonnaies est abordé, l’image du (trop) jeune Sam Bankman-Fried dormant au pied de son ordinateur reste imprimée dans les esprits. Et l’âge officiel pour entrer dans cette arène numérique se calcule à l’inverse du modèle habituel. C’est-à-dire en excluant progressivement les investisseurs au fur et à mesure qu’ils s’éloignent de la majorité. Mais la valeur des cryptomonnaies attend parfois le nombre des années…

C’est en tout cas ce que suggère une enquête d’opinion publiée en janvier 2023 sur le sujet de l’investissement crypto. Et contre toute attente la période, en plein marché baissier, est propice à ce genre de bilan. Selon ce rapport commandé par la plateforme de cryptomonnaies Bybit et réalisé avec la société de recherche sur les consommateurs Toluna, les baby-boomers déclarent des pratiques plus prudentes que les générations de la fin de l’alphabet (X, Y et Z).

Baby-boomers, De meilleurs investisseurs crypto ?

Voilà une étude qui va changer le visage, ou en tout cas la terminologie, du secteur des cryptomonnaies. Car jusqu’à présent il existait le placement de « bon père de famille » que l’on pourrait résumer à « bon parent » histoire de ne pas exclure encore une fois les femmes. Mais rien ne mentionnait la clairvoyance des générations plus avancées comme les baby-boomers, nés entre 1946 et 1964.

Une lacune que la plateforme Bybit a entrepris de combler avec ce que l’on pourrait appeler le placement de bon grand-parent. Un précieux rappel, cependant : il s’agit d’un sondage commandé par un acteur du secteur, et non d’une mesure de performance. L’enquête a été menée en novembre 2022 auprès de 10 500 personnes âgées de 18 à 64 ans dans 19 marchés, dont seulement 1 748 se déclaraient investisseurs en cryptomonnaies. Les réponses sont déclaratives, et la borne d’âge à 64 ans signifie que les « boomers » du panel se réduisent en réalité à la tranche des 55-64 ans.

Cela posé, selon les conclusions de ce rapport, les membres des baby-boomers déclarent prendre plus de temps, et de soins, avant de placer leur argent sur un projet crypto. Ils sont 34% à consacrer « quelques jours » à leur diligence raisonnable (due dil), soit environ 50% de temps de recherche en plus que les autres générations. Mais, plus inquiétant, cette étude relève également que « 64% des investisseurs nord-américains passent moins de deux heures » à effectuer ce type de recherches pourtant indispensables, ou « ne DYOR* du tout ».

Un déséquilibre qui pourrait provenir d’une familiarité trop importante des jeunes générations avec les outils du Web. Ces derniers devenus une source de désinformation par excès d’abondance. Il suffit de voir le cas tout à fait symbolique, ou plus précisément symptomatique, du Dogecoin (DOGE) porté par Elon Musk sur Twitter, contre toute logique sérieuse d’investissement. C’est en tout cas ce que souligne Nathan Thompson, rédacteur technique principal de Bybit et responsable de cette enquête.

« Les générations Y et Z ne sont pas vraiment avantagées lorsqu’il s’agit d’utiliser les médias sociaux pour évaluer les tendances, car ce n’est plus nouveau. C’est Web2, et tout le monde sait déjà comment les utiliser. En fait, les jeunes transforment leur familiarité avec les médias sociaux en désavantage en les surévaluant comme outil de recherche, tandis que les baby-boomers sont plus susceptibles de s’en tenir aux faits«

Nathan Thompson

Cryptomonnaie, Un placement de bon grand-parent

Et la lecture qu’en fait Bybit tient en une phrase. Être natif de cette économie numérique construite sur les cryptomonnaies n’est pas un gage de méthode dans ce secteur. Au point de voir les recherches fondamentales se raréfier au fur et à mesure que l’on descend dans les tranches d’âge. Et de délaisser des facteurs techniques pourtant pris en compte par les répondants les plus âgés, comme la tokenomics, les revenus passifs ou le paysage concurrentiel.

« Les projets crypto ressemblant à des investissements traditionnels ont relativement bien résisté au marché baissier. Les investisseurs sont devenus plus conscients de la différence entre les protocoles qui émettent des jetons en tant que méthode de collecte de fonds et ceux qui produisent des revenus et les partagent avec les détenteurs. Les projets dits à « rendements réels » ne sont pas différents des entreprises versant des dividendes, une logique avec laquelle les boomers seraient familiers et qui motiverait peut-être certaines de leurs décisions d’investissement«

Nathan Thompson

Car, selon cette étude, les plus jeunes se concentrent sur le charisme du fondateur du projet – l’effet Sam Bankman-Fried, depuis condamné à 25 ans de prison – ou « l’esthétique du site Web ». Ils placeraient ainsi leurs fonds dans la précipitation, portés par un mouvement de FOMO aux conséquences parfois dévastatrices. Là où le maître mot de tout investissement reste l’analyse et la patience.

Depuis, la démographie du secteur a bougé. L’approbation des ETF Bitcoin au comptant aux États-Unis, le 10 janvier 2024, a offert aux investisseurs seniors un véhicule familier, logé dans un compte-titres ordinaire. Et selon le rapport 2026 de la National Cryptocurrency Association, mené avec Harris Poll auprès de 10 000 détenteurs américains, 28% des primo-acheteurs de l’année écoulée avaient plus de 55 ans, contre 14% de moins de 25 ans.

Une lecture qui débouche sur un bilan désagréable pour les plus jeunes : « si vous cherchez quelqu’un de fiable et bien informé sur la diligence raisonnable, ne cherchez pas plus loin que vos parents ou vos grands-parents« .

* DYOR : Do Your Own Research (faire ses propres recherches)

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