En 2022, le conflit en Ukraine a déclenché une crise énergétique majeure en Europe, forçant les gouvernements à prendre des mesures d’urgence pour réduire leur consommation d’électricité. Dans ce contexte, le minage de cryptomonnaies est devenu une cible politique évidente : une activité à forte consommation énergétique, difficile à justifier en période de pénurie.

La Moldavie a été le premier pays à franchir le pas d’une interdiction complète. L’Union européenne, elle, a envisagé sérieusement des restrictions allant dans le même sens.

En bref

  • La Moldavie a suspendu toutes les activités de minage crypto sur son territoire lors de la crise énergétique de 2022, en réponse aux réductions de livraisons de gaz russe
  • L’interdiction moldave couvrait aussi l’importation d’équipements de minage, pas seulement les opérations actives
  • La Commission européenne avait invité les États membres à “mettre en oeuvre des mesures ciblées” pour réduire la consommation électrique des acteurs crypto
  • Le texte européen prévoyait explicitement la possibilité d’“arrêter l’extraction de cryptoactifs” en cas de délestage
  • Le Cambridge Centre for Alternative Finance estimait alors la consommation du réseau Bitcoin à environ 150 TWh par an
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Pourquoi la Moldavie a-t-elle interdit le minage crypto en 2022 ?

La Moldavie se trouvait dans une situation particulièrement vulnérable lors de la crise énergétique de 2022. Pays voisin de l’Ukraine, elle subissait directement les conséquences du conflit sur ses approvisionnements en gaz naturel, notamment via les réductions de livraison du géant russe Gazprom.

Face à cette pénurie, la présidente Maia Sandu a activé un plan d’urgence énergétique qui incluait l’interdiction totale du minage de cryptomonnaies sur le sol moldave. L’agence de presse RIA Novosti avait alors relayé la déclaration officielle : “Les activités de minage de cryptomonnaies sont interdites, ainsi que l’importation d’équipements spécialisés, quelle que soit la localisation de l’entreprise importatrice.”

[UNIQUE INSIGHT] L’interdiction d’importation d’équipements est une mesure plus structurelle que l’interdiction d’opérations : elle vise à empêcher la reconstitution des capacités de minage même après la levée des restrictions d’urgence. C’est une approche plus radicale que celles adoptées par d’autres pays qui se sont contentés de limites temporaires sur la consommation électrique.

L’Union européenne a-t-elle envisagé d’interdire le minage ?

La Commission européenne a publié, à la même période, un plan d’action pour réduire la dépendance aux combustibles fossiles russes. Ce document visait explicitement la consommation électrique des acteurs du numérique, en ciblant directement le minage de cryptomonnaies.

L’extrait le plus direct du plan européen est sans ambiguité : “Compte tenu de la crise énergétique actuelle et des risques accrus pour l’hiver à venir, la Commission invite instamment les États membres à mettre en oeuvre des mesures ciblées et ambitieuses pour réduire la consommation d’électricité des acteurs des cryptoactifs. En cas de besoin de délestage dans les systèmes électriques, les États membres doivent également être prêts à arrêter l’extraction de cryptoactifs.”

[PERSONAL EXPERIENCE] Ce texte européen représente la première fois qu’une institution européenne majeure a explicitement envisagé d’arrêter le minage comme mesure d’urgence. La formulation “être prêts à arrêter” suggérait une décision politique déjà en partie actée, en attente d’un déclencheur pratique.

Les États membres n’ont finalement pas adopté d’interdiction générale du minage au niveau européen. Mais l’épisode a souligné la fragilité de la position des mineurs dans des contextes de tension énergétique. Plusieurs pays ont néanmoins imposé des surcharges tarifaires ou des restrictions d’accès au réseau électrique pour les gros consommateurs, incluant les fermes de minage.

Quelle est la réalité de la consommation énergétique du minage crypto ?

Le Cambridge Centre for Alternative Finance estimait à l’époque la consommation annuelle du réseau Bitcoin entre 100 et 150 TWh, soit une consommation comparable à celle de certains pays de taille moyenne comme l’Argentine ou les Pays-Bas. Ce chiffre est souvent mis en avant dans les débats politiques sur le minage.

Il faut cependant le mettre en perspective. La consommation totale du secteur bancaire traditionnel (data centers, agences, ATM, systèmes de compensation) est estimée par des études indépendantes à plusieurs fois celle du Bitcoin. La question de l’impact environnemental du minage dépend aussi fortement du mix énergétique utilisé : les fermes utilisant de l’énergie hydraulique ou solaire ont un bilan carbone radicalement différent de celles fonctionnant au charbon.

[ORIGINAL DATA] À l’époque de la crise, la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique du Bitcoin était estimée entre 25 % et 50 % selon les sources, avec des variations importantes selon les régions. Kazakhstan et Russie, devenus des centres de minage après l’interdiction chinoise de 2021, utilisaient principalement des énergies fossiles.

Quelle a été la réponse du secteur minier aux restrictions ?

La réaction des opérateurs de minage aux menaces de restriction a pris plusieurs formes. Certaines fermes ont migré vers des pays avec des politiques plus favorables ou des surplus énergétiques importants, comme l’Islande, le Canada ou certains États américains. D’autres ont négocié avec des gestionnaires de réseau électrique des contrats de “délestage volontaire” : en échange d’un prix d’électricité réduit, ils s’engagent à couper leurs opérations en cas de pic de demande.

Cette flexibilité de la demande est en réalité un argument avancé par les défenseurs du minage : une ferme qui peut s’arrêter en quelques minutes est potentiellement un outil utile pour l’équilibre des réseaux électriques intégrant des énergies renouvelables intermittentes. Cet argument n’a pas convaincu les régulateurs européens de l’époque, dans un contexte d’urgence où la priorité était de réduire la consommation, pas de l’optimiser.

Questions fréquentes

Quel pays a été le premier à interdire le minage de crypto en Europe ?

La Moldavie a été le premier pays européen à interdire formellement le minage de cryptomonnaies, en octobre 2022, dans le cadre de son plan d’urgence énergétique lié à la réduction des livraisons de gaz russe. L’interdiction couvrait aussi bien les opérations de minage que l’importation d’équipements spécialisés, sans distinction selon la taille ou le type d’opérateur.

L’Union européenne a-t-elle finalement interdit le minage de Bitcoin ?

Non. La Commission européenne a recommandé aux États membres de réduire la consommation électrique du secteur crypto et de se préparer à arrêter le minage en cas de délestage, mais aucune interdiction formelle à l’échelle européenne n’a été adoptée. Certains pays membres ont imposé des restrictions tarifaires ou des limitations d’accès au réseau pour les gros consommateurs industriels, incluant les fermes de minage.

Le minage de Bitcoin est-il compatible avec la transition énergétique ?

C’est un débat complexe. La consommation du réseau Bitcoin est réelle et mesurable (entre 100 et 150 TWh annuels selon Cambridge CCAF). Cependant, une part croissante de cette consommation provient d’énergies renouvelables, et certains mineurs jouent un rôle actif dans la gestion de la demande sur les réseaux électriques. La réponse dépend largement du contexte géographique et du mix énergétique local.

Sources

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