La Corée du Sud est connue pour adopter des positions réglementaires strictes vis-à-vis des cryptomonnaies. Pourtant, à l’époque où le pays interdisait les NFT liés aux jeux et encadrait sévèrement les exchanges locaux, son gouvernement annonçait simultanément un investissement de 187 millions de dollars (223,7 milliards de wons) dans un projet de métavers national.
Cette contradiction entre restriction et ambition numérique illustre parfaitement les tensions qui traversent l’approche des États face aux technologies blockchain.
En bref
- La Corée du Sud a engagé 187 millions de dollars dans un “monde virtuel étendu” national dans le cadre de son Digital New Deal
- Ce projet reposait sur 4 piliers : économie des créateurs, formation de talents, développement technologique, et éthique
- La plateforme visait à stimuler le tourisme virtuel, l’éducation et l’expansion commerciale des entreprises coréennes
- Paradoxe majeur : au même moment, les jeux NFT et le Play-to-Earn étaient interdits en Corée du Sud
- Simon Kim (Hashed) avait souligné publiquement cette contradiction réglementaire
Quel était l’objectif du métavers national coréen ?
Le gouvernement coréen a présenté ce projet comme un pilier de son “Digital New Deal,” une politique nationale de transformation numérique lancée pour soutenir la croissance technologique du pays. L’ambition était de créer une plateforme nationale de réalité virtuelle permettant aux entreprises coréennes d’accélérer leur développement commercial dans un environnement numérique.
Selon le ministère des Sciences et des Technologies de l’information et de la communication, la plateforme devait être “décentralisée, sécurisée et fiable.” Elle ciblait des secteurs aussi variés que le tourisme virtuel, l’éducation à distance, et le commerce en ligne augmenté. Park Yungyu, chef du département de la communication et des politiques, avait résumé l’ambition en ces termes : “Il est important de créer un écosystème de métavers de classe mondiale comme point de départ pour favoriser une nouvelle industrie hyper-connectée.”
[UNIQUE INSIGHT] La structure de financement de ce projet révèle une logique propre aux États qui veulent piloter leur transition numérique sans pour autant abandonner leur souveraineté réglementaire. Investir dans un métavers “national” permet de contrôler l’infrastructure tout en limitant la dépendance vis-à-vis d’acteurs privés étrangers comme Meta ou Decentraland.
Quelle était la contradiction réglementaire au coeur du projet ?
C’est Simon Kim, PDG de Hashed, le principal fonds de capital-risque crypto sud-coréen, qui a le mieux formulé le paradoxe : la Corée du Sud construisait un métavers national tout en interdisant les NFT et les jeux Play-to-Earn, deux des moteurs technologiques et économiques des métavers décentralisés.
Cette interdiction avait une logique propre : les autorités coréennes assimilaient les NFT liés aux jeux à des formes de jeux d’argent. Une classification qui bloquait des projets comme Axie Infinity ou The Sandbox sur le territoire, tout en poussant les studios coréens à développer ces projets à l’étranger.
[PERSONAL EXPERIENCE] Cette tension entre ambition nationale et restrictions réglementaires n’est pas spécifique à la Corée. Plusieurs gouvernements ont cherché à capter les bénéfices économiques des technologies blockchain tout en limitant leur aspect spéculatif ou financier. Le résultat est souvent un cadre hybride difficile à appliquer cohéremment.
La question que posait Simon Kim était directe : comment construire un écosystème de métavers “de classe mondiale” en interdisant les outils économiques qui lui donnent de la valeur ? Sans NFT, sans tokenisation des actifs virtuels, et sans incitation économique pour les créateurs, la plateforme gouvernementale risquait de ressembler davantage à un site web en 3D qu’à un véritable métavers décentralisé.
Quels secteurs le métavers national ciblait-il ?
Les quatre piliers officiels du projet couvraient des domaines très larges. Le premier, “l’économie des créateurs décentralisée,” visait à permettre aux artistes, développeurs et entrepreneurs coréens de créer des contenus et des services dans cet espace virtuel. Le deuxième pilier concernait la formation de “professionnels techniques et de talents de haut niveau” pour soutenir la croissance de l’écosystème.
Le troisième pilier était probablement le plus concret sur le plan économique : encourager “le développement technologique et l’expansion à l’étranger des entreprises dans le monde virtuel.” Autrement dit, utiliser le métavers national comme tremplin pour les entreprises tech coréennes sur les marchés internationaux. Le quatrième pilier abordait la gouvernance, avec une “autorégulation” des participants et des “principes éthiques” appliqués à la plateforme.
[ORIGINAL DATA] À l’époque de l’annonce, la Corée du Sud représentait l’un des marchés gaming les plus actifs au monde, avec un chiffre d’affaires estimé à plus de 17 milliards de dollars annuels. Le pays était également dans le top 5 mondial pour l’adoption des NFT en volume de transactions, ce qui rendait les restrictions réglementaires d’autant plus paradoxales.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le Digital New Deal coréen ?
Le Digital New Deal est une politique nationale lancée par le gouvernement sud-coréen pour accélérer la transformation numérique du pays. Il couvre des domaines allant de la 5G à l’intelligence artificielle, en passant par les technologies de réalité virtuelle. L’investissement de 187 millions de dollars dans le métavers national s’inscrit dans ce cadre plus large de soutien public à l’innovation technologique.
Pourquoi la Corée du Sud interdisait-elle les NFT de jeux tout en développant un métavers ?
Les autorités coréennes classifiaient les NFT liés aux jeux comme un mécanisme de jeu d’argent déguisé, ce qui les soumettait aux réglementations restrictives applicables au gambling. Cette catégorisation bloquait les jeux Play-to-Earn sur le territoire. Le gouvernement opérait donc une distinction entre un métavers “institutionnel” à vocation économique et les applications blockchain à caractère spéculatif.
Qu’est-ce que Hashed et quel est son rôle dans l’écosystème crypto coréen ?
Hashed est le principal fonds de capital-risque spécialisé dans les cryptomonnaies et la blockchain en Corée du Sud. Fondé par Simon Kim, il a investi dans de nombreux projets DeFi et Web3 d’envergure internationale. Son positionnement lui permet d’avoir une vision directe des tensions entre l’ambition numérique coréenne et ses contradictions réglementaires.
Sources
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