En 2026, 47 % des organisations ayant intégré l’écosystème crypto opèrent avec des standards d’alerte qui figuraient, il y a cinq ans, parmi les 10 % les plus stricts du secteur. C’est le principal enseignement d’un rapport publié par Chainalysis, qui dresse un tableau en clair-obscur : les avancées sur la surveillance directe sont réelles, mais la surveillance indirecte reste un angle mort.

Au programme

  • En 2026, 47 % des entrants crypto atteignent les normes d’alerte les plus exigeantes, contre seulement 10 % en 2020 (Chainalysis)
  • La surveillance directe (fonds illicites sans intermédiaire) progresse, mais les seuils de surveillance indirecte restent 10 à 20 fois plus élevés selon les catégories
  • Le décollage réel remonte à 2023, signe d’une accélération liée aux premières grandes vagues réglementaires

Comment la conformité a-t-elle progressé depuis 2020 ?

Le rapport Chainalysis pose un repère chiffré utile : en 2020, seulement 10 % des acteurs du secteur respectaient les standards d’alerte alors considérés comme l’état de l’art. En 2023, la courbe s’est infléchie. Les nouveaux entrants ont depuis lors adopté des politiques de monitoring nettement plus rigoureuses dès leur lancement, sans attendre d’y être contraints par des sanctions.

Cette dynamique coïncide avec plusieurs éléments de contexte. L’entrée en application progressive du règlement MiCA en Europe, achevée au 30 décembre 2024 pour les CASP, a contraint les plateformes désireuses de passeporter leurs services dans l’Union à mettre à niveau leurs outils de détection. La pression réglementaire n’explique pas tout, mais elle a clairement accéléré les calendriers.

Pourquoi la surveillance indirecte reste-t-elle un angle mort ?

C’est là que le tableau se complique. Chainalysis distingue deux régimes de monitoring : la surveillance directe, qui cible les fonds provenant directement de sources illicites connues, et la surveillance indirecte, qui couvre les flux transitant par des adresses intermédiaires avant d’atteindre une plateforme.

Sur le premier volet, le secteur a largement progressé. Sur le second, les seuils d’alerte restent disproportionnellement élevés. Pour des catégories comme les rançongiciels, les places de marché du dark web ou les plateformes de vente de données compromises, les seuils de surveillance indirecte sont 10 à 20 fois plus élevés que ceux appliqués à la surveillance directe. En pratique, un transfert qui passerait par 2 ou 3 adresses intermédiaires a de bonnes chances de ne pas déclencher d’alerte, même si son origine est suspecte.

Ce point mérite attention pour les investisseurs soucieux de gestion du risque crypto : choisir une plateforme « conforme » ne garantit pas que l’ensemble de ses flux entrants soit scruté avec la même rigueur.

Quelles plateformes sont concernées et quel impact pour les utilisateurs ?

Niveau de conformité Part des entrants 2026 Situation en 2020
Standards stricts (top 10 % historique) 47 % 10 %
Standards intermédiaires ~35 % ~40 %
Standards minimaux ou insuffisants ~18 % ~50 %

Le rapport Chainalysis ne nomme pas d’acteurs spécifiques, mais la lecture des chiffres est claire : près d’une entreprise sur 5 qui entre aujourd’hui dans le secteur opère encore avec des seuils de monitoring insuffisants. Pour un utilisateur qui veut vérifier le sérieux d’une plateforme, la question du KYC et des outils de traçage des transactions reste un indicateur pertinent, au même titre que l’enregistrement auprès d’un régulateur.

En France, la période de transition PSAN vers le statut CASP court jusqu’au 1er juillet 2026. Les plateformes qui n’auront pas déposé de dossier MiCA devront cesser leur activité sur le territoire. Cette échéance pousse mécaniquement les acteurs encore à la traîne à accélérer leur mise en conformité, ce qui devrait encore faire progresser le ratio global d’ici fin 2026.

Pour les utilisateurs français concernés par la déclaration fiscale, les échanges effectués sur des plateformes non conformes n’offrent pas de traitement fiscal différent : les plus-values restent soumises au PFU et doivent être reportées via le formulaire 2086, indépendamment du statut réglementaire de la plateforme. Une bonne raison de consulter notre guide complet sur le calcul des plus-values crypto.

La Travel Rule, déclenchée au-dessus de 1 000 € sur les transferts entre CASP depuis le 30 décembre 2024, constitue un autre levier de pression indirect : les plateformes qui n’ont pas les outils pour identifier l’origine des fonds à ce seuil se retrouvent hors jeu sur les transferts institutionnels.

À retenir

La hausse de la conformité crypto entre 2020 et 2026 est réelle et mesurable : le seuil de 47 % d’entrants au niveau des standards les plus stricts en témoigne. Mais la surveillance indirecte reste un chantier ouvert. À surveiller : la publication des données de conformité post-deadline MiCA (juillet 2026), qui devrait faire apparaître une nouvelle segmentation entre acteurs européens agréés et plateformes offshore.

Sources

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