L’opposition publique de Donald Trump aux monnaies numériques de banque centrale n’a pas mis fin aux réflexions internes. Timothy Massad, ancien président de la CFTC (Commodity Futures Trading Commission), affirme qu’un dollar numérique d’État reste activement étudié dans les coulisses de Washington, en particulier dans le contexte de la finance tokenisée.
Au programme
- Timothy Massad, ex-président de la CFTC, estime qu’une CBDC américaine reste « inévitable » malgré le décret Trump de janvier 2026 qui en interdit le développement
- L’argument avancé : la tokenisation des actifs financiers rendrait le règlement en dollar numérique émis par l’État structurellement nécessaire
- Les États-Unis participent au Project Agora de la Banque des règlements internationaux, signe d’un intérêt institutionnel persistant
Pourquoi Massad juge une CBDC américaine inévitable ?
Timothy Massad ne formule pas une prédiction politique. Son raisonnement est structurel : à mesure que les marchés financiers se tokenisent, les mécanismes de règlement devront s’adapter. Les transactions entre actifs tokenisés sur blockchain nécessiteront un moyen de paiement final de même nature. Un dollar numérique émis par la Réserve fédérale constituerait, selon lui, la réponse naturelle à ce besoin.
L’argument dépasse le débat idéologique. Il s’inscrit dans une tendance lourde : en 2024, plus de 10 grands établissements financiers mondiaux ont annoncé des projets de tokenisation d’obligations ou de fonds. JPMorgan a ainsi traité plus de 1 000 milliards de dollars de transactions via sa blockchain privée Onyx depuis son lancement, selon les données publiées par la banque. À ce volume, la question du règlement en monnaie de banque centrale digitale devient moins théorique.
Trump a signé un décret contre les CBDC, mais Washington continue
En janvier 2026, Donald Trump a signé un décret exécutif interdisant explicitement le développement et le déploiement d’une CBDC aux États-Unis. Ce texte a mis fin aux travaux exploratoires officiels de la Fed sur le sujet. Sur le fond, la position de l’administration est sans ambiguïté : pas de dollar numérique fédéral.
Pourtant, les discussions se poursuivent dans des cercles plus discrets. Les États-Unis restent membres actifs du Project Agora, l’initiative de la Banque des règlements internationaux (BRI) qui réunit sept banques centrales - dont la Banque de France - pour explorer l’interopérabilité entre monnaies numériques de banque centrale et dépôts tokenisés du secteur privé. Cette participation ne constitue pas un engagement vers une CBDC domestique, mais elle maintient une expertise et un réseau institutionnel sur le sujet.
« La tokenisation de la finance rendra inévitable un règlement en dollar numérique émis par l’État. » : Timothy Massad, ancien président de la CFTC (traduit de l’anglais)
La tension est donc documentée : un décret présidentiel ferme la voie officielle, tandis que des responsables de premier rang maintiennent l’hypothèse ouverte dans les cercles de réflexion.
Quel rapport avec la course mondiale aux CBDC ?
Sur les quinze CBDC grand public attendues en circulation d’ici 2030, aucune n’est américaine. La Chine reste en avance significative avec son e-CNY, déployé auprès de plus de 260 millions de portefeuilles activés selon la Banque populaire de Chine. L’Union européenne, via la BCE, conduit sa phase de préparation sur l’euro numérique avec une décision attendue fin 2025, retardée à 2026.
Un retard américain crée un précédent inhabituel. Les États-Unis ont historiquement pesé sur les standards monétaires internationaux. Un dollar numérique absent de la table alors que le yuan numérique étend son usage dans les pays du Sud global n’est pas un détail géopolitique. C’est précisément ce que des figures comme Massad soulignent dans les discussions à huis clos : le risque n’est pas seulement technologique, il est monétaire.
Le FMI travaille de son côté à une plateforme mondiale pour les CBDC, ce qui accroît la pression sur les pays n’ayant pas encore de position stabilisée.
Lecture CryptoActu Le cas américain illustre un paradoxe : l’opposition politique la plus ferme aux CBDC coexiste avec la finance privée la plus avancée sur la tokenisation. Plus les banques américaines tokenisent d’actifs, plus la question du règlement en monnaie centrale numérique se pose - indépendamment de ce que dit la Maison Blanche. Massad ne prédit pas un revirement politique : il signale une pression structurelle que le décret Trump ne résout pas.
Et pour la France ?
La Banque de France participe au Project Agora aux côtés de six autres banques centrales, dont celles du Japon, du Mexique et de Corée du Sud. L’AMF et l’ACPR suivent de près l’avancement de l’euro numérique de la BCE, dont la phase de préparation est entrée dans une étape opérationnelle en 2024. Pour les PSAN français, l’interopérabilité future entre euros numériques et actifs tokenisés représente un enjeu de positionnement à anticiper dès maintenant dans les choix d’infrastructure.
À retenir
Timothy Massad estime qu’un dollar numérique américain reste une question de quand, pas de si. Le décret Trump bloque la voie officielle, mais la tokenisation croissante des marchés financiers - et la participation des États-Unis au Project Agora de la BRI - maintient la pression. À surveiller : l’évolution de la position de la Fed et les prochains jalons de l’euro numérique côté BCE, attendus en 2026.
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