Les innovations autour du marché des NFTs se sont longtemps poursuivies à la vitesse du développement de ce secteur. Mais également autour du caractère de propriété intellectuelle que la possession de ces images numériques permet d’‘obtenir. Car il ne s’‘agit pas simplement de « jpeg » achetés des fortunes, alors qu’‘ils peuvent être copiés d’‘un simple clic. Pour preuve, l’'initiative mise en place en 2022 par la structure Mouse Belt Labs, qui proposait de louer ces personnages pour des campagnes publicitaires. Et la communauté des Bored Ape Yacht Club (BAYC) semblait être au rendez-vous.

Bien plus qu’‘une simple image, l’‘achat d’‘un NFT permet d’‘en posséder des droits d’'exploitation et de propriété. Une réalité qui échappait visiblement aux détracteurs de cette économie de la collection numérique, projetée sur le devant de la scène en 2021. Mais un élément déjà pris en compte par certains réseaux sociaux comme Twitter, qui permettait de lier un compte à l’‘une de ces images dont la propriété est vérifiable. Car c’'est bien là que ces jetons non fongibles prennent tout leur sens.

Une réalité à l’‘origine de mésaventures parfois désagréables et complexes à gérer, compte tenu du caractère innovant de ces actifs. Comme dans le cas de l’'acteur Seth Green, délesté en 2022 de plusieurs NFTs suite à une opération de phishing fructueuse. Avec dans le lot, un Bored Ape Yacht Club censé être utilisé dans le cadre d’‘un show télévisé. Et, après de nombreuses tractations, la nécessité de le racheter à son voleur pour en conserver les droits d’'exploitation. Mais cela peut prendre une tournure plus positive.

Bored Jobs – Louer ses NFTs à des marques

La collection des Bored Ape Yacht Club était, en 2022, l’'une des plus populaires du secteur des NFTs. Bien devant les historiques CryptoPunks, par ailleurs rachetés par le studio Yuga Labs à l’‘origine du lancement du BAYC. Une trajectoire qui comptait dans ses rangs des stars de toutes sortes, fières d’‘arborer la possession de l’‘un de ces singes numériques. Avec à l’‘époque un floor price situé au-dessus de 90 ETH sur la place de marché OpenSea, soit un peu plus de 96 000 dollars au cours de l’‘Ether d’'alors (environ 1 070 dollars).

Raison pour laquelle de nombreuses offres se développaient autour de ces NFTs. Comme la possibilité d’'emprunter des cryptomonnaies en déposant un BAYC en garantie. Et, plus récemment à l’‘époque, la mise en place d’'une plateforme nommée Bored Jobs, censée permettre de louer ces actifs à des marques afin de réaliser des campagnes publicitaires. Une approche innovante qui laissait imaginer l’‘apparition d’‘un singe numérique sur un paquet de céréales ou un panneau d’'affichage. Mais dans les faits, un véritable plébiscite de leurs détenteurs, déjà rassemblés par centaines pour profiter de cette opportunité.

« Le Bored Ape Yacht Club a donné à ses propriétaires une opportunité fantastique d’‘utiliser les droits de propriété intellectuelle des NFTs qu’'ils ont achetés. Malheureusement, il ne leur a pas fourni de notice sur la façon de les mettre au travail. »

Bored Jobs (page officielle)

Le but de cette place de marché, lancée à l’‘époque : référencer les 10 000 exemplaires de la collection BAYC. Mais il ne s’‘agissait là que d’'une base de référence. Car son fondateur, dirigeant de Mouse Belt Labs, expliquait vouloir élargir son champ d’‘action à d’'autres collections emblématiques. À commencer par les Mutant Apes, puis les Gutter Cats, les CryptoPunks, etc. Avec une question au final : à quoi peut bien ressembler un monde peuplé de NFTs publicitaires ?

Pourquoi les droits d’'exploitation comptaient autant

L’‘intérêt de Bored Jobs reposait sur une particularité juridique du Web3 : la licence accordée par Yuga Labs. Dès le lancement en avril 2021, le studio a octroyé aux détenteurs de larges droits commerciaux sur leur singe. Un choix rare dans l’‘univers des tokens non fongibles, où la propriété de l’‘actif ne s’‘accompagne pas toujours de droits d’‘usage sur l’'image associée.

Ce modèle a ouvert la voie à de nombreuses marques portées par des détenteurs : restaurants, boissons, vêtements ou projets de divertissement. La louer pour de la publicité n’‘était qu’‘un prolongement de cette logique. Comprendre la différence entre la possession d’'un jeton sur la blockchain et les droits attachés à son contenu reste une clé de lecture du secteur.

« Le Bored Ape Yacht Club a donné à ses propriétaires des droits commerciaux pour utiliser leur singe dans des films, de la musique, la télévision et d’'autres médias. »

Yuga Labs (note officielle sur la licence BAYC)

Depuis : Made by Apes, ApeChain et un marché transformé

Le projet Bored Jobs n’‘a pas marqué durablement le secteur, mais la logique qu’‘il portait, celle d’‘industrialiser l’‘exploitation commerciale des NFTs, s’'est en partie matérialisée chez Yuga Labs. En 2023, le studio a lancé Made by Apes, un programme de licences sur la blockchain destiné à vérifier et recenser les produits créés par les détenteurs de BAYC et de Mutant Apes.

Ce dispositif a ensuite été reconstruit sur ApeChain, une chaîne dédiée à l’‘écosystème, avec un parcours de demande de licence plus fluide et une intégration d’‘identité renforcée. Les projets validés sont listés dans un annuaire public, couvrant des catégories aussi variées que l’‘alimentation, l’‘habillement, le jeu vidéo ou les services Web3. L’‘idée d’'un usage commercial encadré a donc survécu, sous une forme plus structurée que celle de Bored Jobs.

Un floor price montagnes russes

Côté valorisation, la trajectoire a été brutale. Après un sommet proche de 128 ETH en mai 2022, le floor price du BAYC s’‘est effondré au fil de la baisse du marché des NFTs. Il est passé sous la barre des 10 ETH en 2025, avant de descendre encore plus bas début 2026. Une chute de l’‘ordre de 90 à 95 % par rapport au pic, à comparer avec l’‘évolution de l’'Ethereum sur la même période.

Un rebond a toutefois été observé au printemps 2026, le floor price doublant autour de 10 ETH selon plusieurs suivis de marché, sur fond de regain d’‘appétit pour le risque. Pour replacer ces variations dans le contexte global du marché, des outils comme la heatmap des cryptomonnaies, l’‘indice Fear and Greed ou un simple convertisseur crypto restent utiles pour suivre l’'ordre de grandeur en euros.

Ce qu’'il faut retenir

L’‘épisode Bored Jobs illustre un moment précis : celui où la spéculation sur les NFTs cherchait des cas d’‘usage concrets, jusqu’‘à imaginer louer un singe numérique pour vendre du gel douche. L’‘initiative n’‘a pas tenu, mais la question de fond, celle de l’'exploitation des droits attachés à un actif numérique, est restée centrale.

Le sujet recoupe des notions clés de l’'écosystème, du fonctionnement des smart contracts à la sécurité des wallets, en passant par la gouvernance via des DAO ou les promesses du metaverse. Pour suivre les évolutions du secteur, la catégorie NFT & Web3 regroupe les analyses dédiées à ces actifs et à leurs usages.

Sources

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