Les choses changent dans le secteur des cryptomonnaies. La baisse généralisée de plus de 60 % de cette économie numérique au cours de l’année 2022 n’a pas fait fuir tous les investisseurs institutionnels. Et même si certains dinosaures crient encore à la mort du Bitcoin, c’est bien la confiance qui s’impose dans le domaine. Mais tout de même avec une certaine retenue.
Un attachement réitéré en février 2023 par la banque d’investissement BNY Mellon. Elle était devenue, en avril 2022, le principal dépositaire des réserves du stablecoin USDC de Circle. Et une fervente partisane des actifs numériques, sous la pression de ses clients les plus fortunés. Un essai visiblement transformé.
BNY Mellon – Les cryptomonnaies « sont là pour rester »
Est-ce une manière de réaffirmer sa position, ou de rassurer ses investisseurs les plus anciens ? Quoi qu’il en soit, le responsable des actifs numériques de la banque d’investissement BNY Mellon l’affirme, le secteur des cryptomonnaies « est là pour rester ». Une conviction partagée par les personnes interrogées dans le cadre d’une enquête menée fin 2022 sous l’égide de Michael Demissie.
Selon cette enquête, environ 88 % des répondants estimaient que le ralentissement du marché des cryptomonnaies de 2022 n’avait pas modifié leurs plans d’investissement à long terme. Un intérêt large des clients de BNY Mellon pour les actifs numériques, d’autant que la grande majorité des positions évoquées relevaient d’une logique de type « buy and hold ».
Cette stratégie « buy and hold », avec un horizon de plusieurs années, traduit un positionnement patrimonial plutôt que spéculatif. Mais l’industrie restait alors dans l’attente d’une réglementation plus claire de la part des régulateurs américains. Et la volonté affichée à l’époque par la SEC d’encadrer voire d’interdire le staking n’allait pas dans ce sens.
« Nous avons absolument besoin d’une réglementation et de règles plus claires. Nous avons besoin d’acteurs responsables qui peuvent offrir des services fiables à la hauteur de la confiance des investisseurs. »
Michael Demissie
Cette déclaration intervenait quelques jours après la nomination de Caroline Butler à la tête du département Digital Assets de BNY Mellon. Sa mission, piloter la prochaine vague d’adoption des cryptomonnaies par les clients de la banque. Avec comme principaux outils sa plateforme de conservation lancée en octobre 2022 et un partenariat avec la structure Chainalysis pour un suivi de marché plus sûr.
Depuis : de l’intention à la conservation effective
Trois ans plus tard, le discours s’est traduit en infrastructure. Le principal verrou réglementaire américain a sauté en janvier 2025, lorsque la SEC a abrogé le bulletin comptable SAB 121 via le SAB 122. Ce texte de 2022 obligeait les établissements conservant des cryptos pour leurs clients à les inscrire au passif de leur bilan, un frein dissuasif pour les grandes banques dépositaires.
La levée de cette contrainte a ouvert la voie à BNY. Courant 2025, le bureau du chef comptable de la SEC a confirmé que la banque pouvait assurer la conservation des bitcoins et des ethers détenus par certains fonds cotés, sans tomber sous le coup de l’ancien régime comptable. Une avancée concrète vers la garde institutionnelle des ETF Bitcoin américains.
Caroline Butler, devenue responsable mondiale des actifs numériques du groupe, a porté ce message jusqu’au Congrès. En mars 2025, elle a témoigné devant le House Financial Services Committee sur l’écosystème des paiements numériques, signe que BNY se positionne désormais comme un interlocuteur de référence sur le sujet.
Une banque dépositaire devenue acteur structurant
BNY supervise plusieurs dizaines de milliers de milliards de dollars d’actifs en conservation et administration, ce qui en fait l’un des plus gros custodians de la planète. Son entrée durable dans la crypto change donc d’échelle par rapport à une fintech spécialisée. La banque a d’ailleurs élargi sa plateforme d’actifs numériques à des offres on-chain.
Ce mouvement s’inscrit dans une tendance plus large d’institutionnalisation du secteur. La conservation par des banques dépositaires de premier plan répond à une demande de sécurité juridique et opérationnelle de la part des gérants institutionnels. Elle réduit le risque de contrepartie associé aux plateformes purement crypto-natives.
Pour l’investisseur particulier, ces évolutions restent indirectes mais structurantes. Elles renforcent la crédibilité de Bitcoin et d’Ethereum comme classes d’actifs, tout en encadrant l’accès via des véhicules régulés. La question de la garde reste centrale, qu’il s’agisse de conservation institutionnelle ou d’autoconservation via un wallet matériel comme le Ledger Nano X.
Ce qu’il faut retenir
La sortie de février 2023 marquait un point de bascule rhétorique. Trois ans après, le cadre réglementaire américain a évolué dans le sens espéré par BNY, et la banque est passée des intentions à une offre de conservation effective pour les fonds cotés.
Reste à suivre le déploiement à grande échelle, soumis à des autorisations complémentaires. Pour visualiser le contexte de marché, l’indicateur Fear and Greed et le convertisseur crypto restent des repères utiles. Pour acheter en euros via un acteur régulé, des plateformes comme Coinhouse proposent un cadre français. Le staking, longtemps dans le viseur de la SEC, fait quant à lui partie des dossiers à surveiller.
Sources
- American Banker, « Digital assets are here to stay
- BNY, communiqué – Caroline Butler devant le House Financial Services Committee
- BNY, communiqué – Expansion de la plateforme d'actifs numériques on-chain
- KPMG – La SEC abroge SAB 121 (SAB 122)
- Yahoo Finance – BNY Mellon obtient le feu vert de la SEC pour la conservation crypto
- Circle – USD Coin (USDC)
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