Annoncée le 1ᵉʳ décembre 2020, la carte de crédit Bitcoin Rewards de BlockFi en partenariat avec Visa avait fait grand bruit. Six ans plus tard, la fintech a disparu dans la faillite, mais le modèle qu’elle a popularisé domine désormais le secteur. Retour sur un produit pionnier devenu cas d’école.

Au programme

  • Le lancement historique BlockFi/Visa de décembre 2020 et ses promesses
  • La chute de BlockFi en novembre 2022 dans le sillage de FTX
  • L’état du marché des cartes crypto-rewards en 2026

Que proposait la carte BlockFi/Visa lancée en 2020 ?

Selon le communiqué relayé par Bloomberg le 1ᵉʳ décembre 2020, la Bitcoin Rewards Credit Card offrait 1,5 % de cashback converti en BTC sur chaque achat. Cotisation annuelle : 200 dollars. Bonus de bienvenue : 250 dollars en bitcoin pour 3 000 dollars dépensés sur trois mois.

Le produit, distribué via le programme Fintech Fast Track de Visa, s’inscrivait dans une vague de partenariats noués par le réseau de paiement avec des acteurs crypto. Au moment de l’annonce, plus de 25 portefeuilles numériques étaient déjà connectés au réseau Visa selon ses propres communications.

À l’époque, BlockFi se distinguait par un choix structurant : il ne s’agissait pas d’une carte de débit prépayée, comme chez Coinbase ou Binance, mais d’une vraie ligne de crédit. Une approche bancaire classique, greffée sur un mécanisme de récompense en actif numérique.

Zac Prince, le PDG, projetait déjà à l’époque une plateforme bancaire complète : dépôt de chèques, virements, paiement de factures. La promesse séduisait les investisseurs : la fintech levait 350 millions de dollars en mars 2021 sur une valorisation de 3 milliards, selon Reuters.

Nous sommes ravis d’ajouter les cartes de crédit à notre gamme de produits et d’étendre l’accessibilité au Bitcoin à un plus grand nombre de consommateurs.

Zac Prince, PDG et co-fondateur de BlockFi (1ᵉʳ décembre 2020)

Pourquoi BlockFi a-t-il fait faillite en novembre 2022 ?

BlockFi a déposé le bilan au titre du Chapter 11 le 28 novembre 2022, dix jours après l’effondrement de FTX, selon Reuters. Le passif déclaré dépassait 10 milliards de dollars, avec plus de 100 000 créanciers identifiés au dossier.

L’exposition à FTX et à sa filiale Alameda Research s’élevait à environ 680 millions de dollars, montant gelé du jour au lendemain. BlockFi avait également accordé une ligne de crédit de 400 millions à FTX US en juillet 2022, présentée alors comme un sauvetage. La faillite a transformé ce filet de sécurité en perte sèche.

Les détenteurs de la Bitcoin Rewards Card ont vu le service suspendu fin 2022. Selon le dossier déposé sur Kroll Restructuring, Deserve, l’émetteur technique de la carte, a coupé les nouveaux paiements et restitué les soldes BTC accumulés sur les comptes BlockFi des porteurs. Ces soldes ont ensuite été agrégés à la masse des créances.

Que sont devenus les fonds des clients ?

Le plan de remboursement a été confirmé par le tribunal du New Jersey en octobre 2023, rapporte CoinDesk. Les premières distributions partielles ont démarré début 2024 via le portail Coinbase. Les taux de récupération varient selon la catégorie de compte, entre 35 % et 100 % pour les wallets, beaucoup moins pour les comptes d’intérêts BIA.

Le modèle crypto-rewards a-t-il survécu à la chute de BlockFi ?

Le modèle non seulement a survécu, mais s’est généralisé. En 2026, plusieurs émetteurs proposent un cashback converti en bitcoin ou en stablecoin, et Visa revendique des centaines de partenariats crypto actifs selon sa newsroom. Les cartes prépayées dominent, mais le format crédit reprend pied chez certains acteurs régulés américains.

Côté français et européen, l’offre s’est densifiée autour des cartes de débit adossées à des wallets exchange. La carte de débit Coinbase Visa, Bitpanda Visa, Blockchain.com Visa et la carte Visa Binance ont chacune occupé un segment du marché européen entre 2020 et 2024.

Quel rôle joue Visa face à Mastercard ?

Visa garde une longueur d’avance sur les volumes crypto-traités, sans publier de chiffres consolidés depuis 2024. Mastercard de son côté a multiplié les annonces sur les paiements en stablecoin USDC. Les deux réseaux convergent sur un même cap : transformer chaque stablecoin régulé en rail de paiement quotidien.

L’autre tendance lourde concerne l’intégration aux portefeuilles mobiles. Apple Pay accepte désormais des paiements en BTC via certains émetteurs, comme documenté dans notre article sur Bitcoin et Apple Pay via BitPay, tandis que des opérateurs comme Telefónica acceptent les paiements crypto directement.

Questions fréquentes

Les anciens clients BlockFi peuvent-ils encore récupérer leurs bitcoins ?

Oui, partiellement. Les distributions ont commencé en 2024 via Coinbase, conformément au plan validé par le tribunal en octobre 2023. Les détenteurs de Wallet Accounts récupèrent l’essentiel de leurs fonds, mais les détenteurs d’Interest Accounts (BIA) reçoivent un pourcentage minoritaire. Le calendrier complet est suivi sur le portail Kroll dédié au dossier.

La Bitcoin Rewards Card est-elle encore utilisable aujourd’hui ?

Non. Le service a été interrompu fin 2022 lors du dépôt de bilan. Les soldes en bitcoin accumulés via le cashback ont été agrégés aux créances. Pour un produit équivalent, il faut se tourner vers les cartes de débit crypto encore actives, listées dans notre rubrique exchanges, souvent prépayées plutôt que crédit revolving.

Visa a-t-il interrompu ses partenariats crypto après BlockFi ?

Au contraire. Le réseau a poursuivi son expansion, en intégrant de nouveaux émetteurs et en publiant régulièrement des notes de recherche sur les paiements en USDC et autres stablecoins. La faillite BlockFi est restée un cas isolé lié à l’exposition FTX, sans contagion sur les programmes Visa adossés à des wallets de garde régulés.

À retenir

La carte BlockFi/Visa de 2020 a inauguré le modèle du cashback en bitcoin sur carte de paiement, modèle qui s’est imposé partout malgré l’effondrement de son pionnier. En 2026, le segment se déplace vers les paiements stablecoin et l’intégration aux wallets mobiles. La prochaine étape : régulation MiCA appliquée aux émetteurs européens et arbitrage entre crédit, débit et compte tokenisé.

Sources

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