En mars 2022, l’analyste Willy Woo a relancé une thèse radicale : Bitcoin serait en train de vivre son “dernier cycle” quadriennal. Plus de bull runs à la hausse explosive, plus d’ATH catapultés à des multiples extravagants. Juste une maturation progressive vers un actif de plus en plus stable. Le cycle 2024 a partiellement testé cette hypothèse, avec des résultats nuancés.

En bref

  • En mars 2022, le Bitcoin affichait -30 % depuis son ATH de 69 000 dollars, alimentant les théories de fin de cycle
  • Willy Woo a publié une analyse suggérant la fin des cycles de 4 ans et leur remplacement par des cycles plus courts
  • L’offre illiquide Bitcoin avait franchi un point d’inflexion : elle dépassait pour la première fois le taux d’émission annuel
  • Le cycle 2024 a partiellement contredit la thèse : Bitcoin a atteint 108 000 dollars en décembre 2024, un nouvel ATH
  • Les ETF spot ont injecté une demande institutionnelle continue qui modifie structurellement la dynamique des cycles
Amplitude des cycles Bitcoin — Compression progressive 2013 x100+ 2017 x20 2021 x8 2024 x3-4 2028 ? x? Sources : LookIntoBitcoin, Glassnode — amplitudes approximatives depuis le creux du cycle précédent
Compression progressive de l'amplitude des cycles Bitcoin. Chaque cycle génère un ATH absolu, mais avec un multiplicateur décroissant depuis le bas du cycle précédent.

[INTERNAL-LINK: cycles Bitcoin et halvings → article analyse long terme BTC et canal de régression]

Qu’est-ce que la théorie du “dernier cycle” Bitcoin ?

En mars 2022, Willy Woo, analyste reconnu de l’écosystème Bitcoin, publiait une analyse dans laquelle il observait que “3 marchés haussiers et baissiers relativement courts se sont déjà produits depuis le creux de 2019”, suggérant que les cycles de 4 ans traditionnnels étaient peut-être révolus.

Sa thèse centrale : à mesure que l’offre illiquide du Bitcoin (BTC détenus par des investisseurs long terme qui ne vendent pas) dépasse le flux annuel de nouveaux BTC émis, la mécanique des halvings change de nature. Le choc d’offre post-halving n’a plus le même effet catapulte sur les prix, car la majorité de la supply est déjà “hors marché.” Le résultat prédit : une succession de cycles plus courts, avec des sommets moins explosifs.

[UNIQUE INSIGHT] Cette thèse n’est pas “bearish” sur Bitcoin. Elle prédit un actif qui monte encore, mais moins vite et avec moins de volatilité, c’est-à-dire un actif qui se “financiarise” et ressemble davantage à l’or qu’à une spéculation pure.

Le contexte de mars 2022 qui a alimenté ce débat

Pour comprendre pourquoi cette thèse a résonné aussi fort en 2022, il faut se souvenir du contexte. Le Bitcoin avait établi son ATH à 69 000 dollars fin 2021, bien en deçà des cibles de nombreux modèles (dont le Stock-to-Flow de PlanB qui visait 288 000 dollars). En mars 2022, le BTC était retombé à environ 40 000 dollars, affichant -30 % depuis son sommet.

Les analystes les plus optimistes avaient promis un ATH au-delà de 100 000 dollars pour fin 2021, puis début 2022. Ces objectifs ne s’étant pas matérialisés, le marché cherchait une explication. La théorie du “dernier cycle” en offrait une cohérente : les cycles s’amortissent, l’amplitude diminue, et les modèles basés sur les cycles précédents ne sont plus fiables.

L’inflexion entre offre illiquide et émission : un signal technique

Le point technique central de l’analyse de Willy Woo concerne l’offre illiquide. Lorsque le taux d’émission annuelle de nouveaux BTC dépasse l’accumulation dans les wallets illiquides, chaque halving peut créer un choc d’offre significatif. Mais quand l’offre illiquide dépasse le taux d’émission, le halving a un impact proportionnellement plus faible.

[ORIGINAL DATA] Les données Glassnode montrent que le ratio d’offre illiquide a continué d’augmenter après 2022. En 2026, environ 75 à 80 % du Bitcoin miné est considéré comme illiquide selon les critères on-chain. Le halving de 2024 n’a réduit l’émission journalière qu’à 450 BTC par jour, une quantité négligeable face aux volumes d’absorption des ETF spot.

Le cycle 2024 valide-t-il ou invalide-t-il la thèse ?

La réponse est nuancée. D’un côté, le cycle 2024 a bien produit un nouvel ATH au-delà de 108 000 dollars en décembre 2024, contredisant une lecture trop pessimiste de la thèse. Le Bitcoin n’a pas stagné : il a quand même réalisé un multiple de 3 à 4 fois depuis son creux de cycle (autour de 25 000 dollars en 2023).

D’un autre côté, ce multiplicateur est bien inférieur aux cycles précédents (x8 en 2021, x20 en 2017, x100+ en 2013). La compression est réelle. Et l’ATH n’a pas été le fruit d’une frénésie spéculative retail classique, mais en grande partie d’une demande institutionnelle via les ETF. Ce qui ressemble davantage à la “financiarisation” prédite par Woo qu’à un bull run classique.

[INTERNAL-LINK: ETF Bitcoin et demande institutionnelle → article ETF spot impact sur le prix BTC]

Quelles sont les perspectives pour les cycles suivants ?

Si la compression des cycles est une tendance structurelle, les halvings suivants (2028, 2032) pourraient produire des ATH supplémentaires mais avec des multiplicateurs de plus en plus faibles. Le Bitcoin deviendrait progressivement un actif de préservation de capital à long terme plutôt qu’un instrument de multiplication rapide.

La volatilité devrait également s’atténuer à mesure que la liquidité augmente et que les acteurs institutionnels (qui pratiquent moins de ventes paniques que les retail) représentent une part croissante des détenteurs. Ce scénario de “normalisation” n’est pas négatif pour Bitcoin : il décrit juste un actif qui arrive à maturité.

Questions fréquentes

Est-ce que la théorie du “dernier cycle” signifie que Bitcoin ne montera plus ?

Non. La thèse ne prédit pas la stagnation ou la chute permanente. Elle prédit une compression des amplitudes de cycle : Bitcoin monte encore, mais avec des multiplicateurs décroissants et une volatilité progressivement réduite. Le cycle 2024 a produit un ATH à 108 000 dollars, ce qui valide l’idée de progression continue tout en confirmant la compression des gains par rapport aux cycles précédents.

Pourquoi les cycles Bitcoin sont-ils liés aux halvings ?

Les halvings réduisent de moitié l’émission de nouveaux BTC toutes les 210 000 blocs (environ 4 ans). Cela réduit mécaniquement la pression vendeuse des mineurs et crée un choc d’offre. Si la demande reste constante ou augmente, le prix monte. Historiquement, les ATH des cycles se produisent 12 à 18 mois après chaque halving. Le cycle 2024 a devancé cette fenêtre, ce qui s’explique en partie par la demande ETF anticipée.

La volatilité du Bitcoin va-t-elle vraiment diminuer avec le temps ?

Les données historiques montrent une tendance à la baisse de la volatilité réalisée sur des fenêtres longues. Chaque nouveau cycle produit des pics moins extrêmes que le précédent, mesurés en pourcentage. Mais “moins volatile qu’en 2013” reste très volatil par rapport aux actifs traditionnels. La normalisation est un processus de plusieurs décennies, pas d’un cycle à l’autre.

Sources

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