En juillet 2021, Binance a mis fin à son service d’actions tokenisées seulement trois mois après son lancement. La décision faisait suite aux mises en garde de la BaFin allemande et de la FCA britannique, qui reprochaient à la plateforme l’absence de prospectus réglementaire obligatoire pour l’émission de titres financiers au grand public.

En bref

  • Le service d’actions tokenisées Binance a été lancé en avril 2021 et fermé en juillet 2021
  • La BaFin avait notifié des “motifs raisonnables de soupçon” de violation des lois sur les valeurs mobilières
  • La FCA britannique avait ouvert une enquête de conformité parallèle
  • Les détenteurs de tokens avaient 90 jours pour vendre ou migrer vers CM-Equity AG
  • L’arrêt du service s’inscrivait dans une stratégie plus large de conformité réglementaire
Chronologie : actions tokenisées Binance (2021) Timeline montrant les étapes clés entre le lancement du service en avril 2021 et sa fermeture définitive en octobre 2021. Chronologie : actions tokenisées Binance (2021) Avr. 2021 Lancement Fin avr. Alerte BaFin Juin 2021 Enquête FCA Juil. 2021 Fermeture Clôture définitive prévue le 14 octobre 2021

Pourquoi Binance a-t-il lancé ce service d’actions tokenisées ?

Lancé en avril 2021, le service permettait aux utilisateurs de Binance d’acheter des fractions d’actions de sociétés cotées comme Tesla ou MicroStrategy, sous forme de tokens. L’objectif affiché était de démocratiser l’accès aux marchés boursiers pour des utilisateurs non éligibles aux courtiers traditionnels.

Le service reposait sur un partenariat avec CM-Equity AG, une société financière allemande agréée. Binance arguait que les transactions se faisaient exclusivement via CM-Equity AG, ce qui, selon elle, dispensait la plateforme d’établir un prospectus. Les régulateurs n’ont pas partagé cette interprétation.

La BaFin et la FCA : deux régulateurs sur le dossier

La BaFin allemande a été la première à réagir, fin avril 2021, en notifiant qu’elle avait des “motifs raisonnables de soupçonner” une violation des lois sur les valeurs mobilières en Allemagne (BaFin, 2021). Le grief central portait sur l’absence de prospectus d’information, document obligatoire pour toute émission de titres au public.

La Financial Conduct Authority britannique a ouvert une enquête parallèle pour évaluer la conformité du produit à la réglementation en vigueur au Royaume-Uni (FCA, 2021). Ces deux interventions quasi simultanées ont placé Binance dans une position délicate, au moment même où la plateforme subissait des pressions réglementaires dans de nombreux autres pays.

Quelles options pour les détenteurs de tokens ?

A compter du 14 juillet 2021, il n’était plus possible d’acheter de nouveaux tokens boursiers sur Binance. Les détenteurs existants avaient deux options. Soit vendre leurs positions dans un délai de 90 jours, soit migrer leurs avoirs vers un portail développé par CM-Equity AG, solution réservée aux résidents de l’Espace économique européen et de la Suisse.

Binance n’a pas explicitement mentionné les pressions réglementaires dans son communiqué officiel, évoquant simplement une volonté de se “remobiliser sur d’autres offres de produits.” Cette formulation laconique tranchait avec la gravité des signaux envoyés par la BaFin et la FCA dans les semaines précédentes.

Un signal dans une stratégie de conformité plus large

En 2021, Binance faisait face à des alertes ou des restrictions dans une dizaine de pays : Royaume-Uni, Allemagne, Japon, Canada, Thaïlande, Malaisie, Cayman Islands. La fermeture du service d’actions tokenisées s’inscrivait dans un effort plus large pour démontrer une bonne volonté réglementaire.

La plateforme recrutait simultanément des profils issus des autorités de régulation financière pour renforcer ses équipes de conformité. Arrêter un produit contesté avant d’y être légalement contraint constituait un signal positif envoyé aux régulateurs. Mais face à l’ampleur des dossiers ouverts à son encontre, ce geste restait insuffisant.

Questions fréquentes

Les actions tokenisées existent-elles encore en 2026 ?

Le marché des actions tokenisées a continué de se développer après le retrait de Binance, notamment via des plateformes régulées comme Backed Finance ou des offres disponibles dans des juridictions spécifiques. En 2024-2025, la tokenisation d’actifs réels (RWA) est redevenue un sujet central, portée notamment par BlackRock et d’autres gestionnaires d’actifs institutionnels.

Pourquoi un prospectus est-il obligatoire pour les actions tokenisées ?

Un prospectus est un document d’information standardisé qu’une société doit publier pour émettre des titres financiers au grand public, en vertu du règlement européen Prospectus (EUR-Lex, 2017). Il garantit que les investisseurs disposent d’une information complète et vérifiable avant d’investir. L’absence de prospectus expose l’émetteur à des sanctions civiles et pénales.

CM-Equity AG est-il toujours actif ?

CM-Equity AG est une société financière basée à Munich, agréée par la BaFin pour la fourniture de services de trading sur actions. Elle a maintenu ses activités après la fermeture du service Binance. Son modèle permet à des partenaires non régulés d’accéder aux marchés boursiers via son agrément, sous certaines conditions strictes de conformité.

Sources

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