En 2019, Facebook a présenté son projet de cryptomonnaie Libra devant le Sénat américain. La réception a été froide, des deux côtés de l’échiquier politique. Cet épisode reste une référence pour comprendre comment les grandes plateformes technologiques se heurtent à la réglementation financière mondiale.
En bref
- Le comité sénatorial des banques a auditionné les représentants de Facebook en juillet 2019
- Sénateurs républicains et démocrates ont unanimement critiqué le projet Libra
- Le G7 a formellement évoqué des risques systémiques liés à une telle monnaie privée
- David Marcus, responsable de Calibra, n’a pas convaincu les législateurs avec ses engagements
- L’affaire a ouvert un débat mondial sur la réglementation des stablecoins
[IMAGE: salle du Sénat américain avec des législateurs devant des micros - search terms: US Senate hearing technology regulation]
Pourquoi l’audition sénatoriale a-t-elle tourné au fiasco pour Facebook ?
Le comité sénatorial des banques a auditionné David Marcus le 16 juillet 2019, dans une atmosphère particulièrement hostile. Selon Reuters, le sénateur démocrate Sherrod Brown a déclaré que « nous serions fous de leur donner une chance de les laisser faire des expériences avec les comptes bancaires des gens. » C’était un signal clair: la confiance envers Facebook était rompue bien avant le début des échanges.
Les affaires de détournement de données personnelles pesaient lourd dans la salle. Les législateurs ont rappelé le scandale Cambridge Analytica, les soupçons d’ingérence russe lors de la présidentielle de 2016, et la gestion opaque des données utilisateurs. Ces précédents ont rendu toute promesse de Facebook difficile à crédibiliser.
[INTERNAL-LINK: scandal Cambridge Analytica et données crypto → article sur la confiance des institutions envers les crypto-actifs]
David Marcus, ancien président de PayPal, a tenté de rassurer. Il a affirmé qu’aucune donnée client ne serait partagée sans accord préalable. Mais il a également reconnu que Facebook devrait attendre « une très longue période » pour regagner la confiance du public. Aveu rare, mais insuffisant pour les élus présents.
Quelles réserves ont été exprimées côté réglementation financière ?
Les législateurs ont insisté sur deux points précis : la prévention du blanchiment d’argent et le respect des réglementations financières existantes. Face à ces demandes, les représentants de Facebook se sont contentés de réponses vagues, sans engagements chiffrés ni calendrier de mise en conformité.
[CHART: Diagramme en barres - niveau de confiance des sénateurs envers Facebook vs autres grandes tech - source: sondages Pew Research 2019]
Le comité a également interrogé Marcus sur la gouvernance de l’Association Libra, structure associative censée contrôler la monnaie. Le fait que des entreprises privées comme Visa, Mastercard ou PayPal siègent à ce conseil a renforcé les craintes d’un contournement institutionnel. Ces partenaires ont finalement tous quitté l’association quelques mois plus tard, avant même le lancement.
[PERSONAL EXPERIENCE]: La couverture de cette audition a montré à quel point la communication de crise de Facebook était impréparée. Les réponses de Marcus, trop générales, ont amplifié la méfiance au lieu de la dissiper. C’est une leçon que les projets crypto institutionnels ont depuis intégrée dans leurs stratégies réglementaires.
Comment le G7 a-t-il réagi face au projet Libra ?
La réunion préparatoire des ministres des Finances du G7 à Chantilly, qui s’est tenue peu après la publication du livre blanc de Libra, a formellement mis en garde contre les risques systémiques de cette monnaie privée. Les grandes puissances économiques craignaient qu’une telle initiative, portée par une entreprise comptant alors plus de 2,7 milliards d’utilisateurs, puisse déstabiliser les systèmes de paiement nationaux.
[CITATION CAPSULE]: En 2019, les ministres des Finances du G7 ont explicitement signalé que le projet Libra de Facebook soulevait des risques systémiques pour les équilibres financiers mondiaux (G7 Chantilly, juillet 2019). Cette prise de position collective a marqué la première fois que le G7 se prononçait formellement contre un projet de monnaie privée émis par une entreprise technologique.
La Banque centrale européenne, la Banque d’Angleterre et la Réserve fédérale américaine ont toutes publié des analyses critiques dans les semaines suivantes. La crainte commune: une monnaie adossée à un panier de devises, gérée par une entité privée non régulée, pouvait contourner les politiques monétaires nationales.
Qu’est-il arrivé au projet Libra par la suite ?
L’histoire de Libra est celle d’un retrait progressif sous pression réglementaire. Facebook a renommé son projet « Diem » en 2020, simplifié son mécanisme d’ancrage pour se concentrer sur un stablecoin lié au seul dollar américain, et cherché des licences auprès d’autorités financières suisses. Rien n’y a fait.
[UNIQUE INSIGHT]: L’échec de Libra/Diem a paradoxalement accéléré les travaux des banques centrales sur les monnaies numériques (CBDC). Les régulateurs ont réalisé qu’ils ne pouvaient pas laisser le terrain aux acteurs privés. En ce sens, Facebook a rendu un service involontaire à l’écosystème institutionnel.
En 2022, l’Association Diem a vendu ses actifs à la banque Silvergate pour environ 200 millions de dollars. C’est une fin discrète pour ce qui avait été présenté comme une révolution des paiements mondiaux. Diem n’a jamais existé en dehors des documents officiels.
Questions fréquentes
Qu’était exactement le projet Libra de Facebook ?
Libra était un projet de stablecoin adossé à un panier de devises et de titres d’État, présenté par Facebook en juin 2019. L’objectif affiché était de permettre des transferts d’argent simples et bon marché à l’échelle mondiale, notamment pour les populations non bancarisées. Le projet a été rebaptisé Diem en 2020 avant d’être abandonné définitivement en 2022, sans jamais avoir été lancé.
Pourquoi les sénateurs américains ont-ils rejeté Libra avec une telle unanimité ?
L’opposition bipartisane à Libra tenait essentiellement à la méfiance envers Facebook elle-même. Le réseau social faisait face, à l’époque, à de multiples enquêtes sur la gestion des données personnelles. Les sénateurs jugeaient imprudent de confier à une telle entreprise le contrôle d’un système de paiement mondial. Les risques de blanchiment et les questions de souveraineté monétaire ont ajouté des arguments supplémentaires au refus.
En quoi l’affaire Libra a-t-elle changé la régulation des stablecoins ?
L’audition de 2019 a été un catalyseur réglementaire. Elle a poussé le Congrès américain à travailler sur des cadres législatifs spécifiques aux stablecoins, débats qui ont abouti, des années plus tard, à des propositions comme le STABLE Act. L’Union européenne a également intégré cette leçon dans la construction du règlement MiCA, qui encadre désormais strictement l’émission de stablecoins en Europe.
Sources
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