Des réunions d’investissement ciblant les personnes âgées sévissent encore dans le quartier de Seonleung, à Séoul. Le quotidien coréen Maeil Business Newspaper a documenté ces séances où des vendeurs promettent des gains de 100 à 120 fois la mise sur une cryptomonnaie inconnue surnommée « pièce A » — introuvable sur les principales plateformes de données crypto. En 2025, les infractions liées aux actifs virtuels ont causé 32,4 millions de dollars de préjudice à plus de 40 000 victimes en Corée du Sud.

Comment fonctionne cette arnaque aux coins non cotés ?

Le schéma est rodé. Des vendeurs recrutent des seniors lors de réunions d’information organisées dans des locaux commerciaux de Séoul. Ils présentent un projet fictif de règlement crypto, promettent des dividendes en « pièce A » et annoncent une cotation imminente sur un grand exchange en juillet 2026, avec une valorisation multipliée par 100 à 120.

Les journalistes du Maeil Business Newspaper ont assisté à l’une de ces séances. Vérification faite : cette cryptomonnaie n’apparaît sur aucune plateforme de données reconnue (CoinGecko, CoinMarketCap). Elle n’existe, pour l’instant, que dans le discours des vendeurs.

Ce type de montage s’apparente aux arnaques aux fausses plateformes d’achat de Bitcoin déjà documentées en Corée, où la promesse de gains rapides masque une collecte de fonds sans contrepartie réelle.

Pourquoi les seniors sont-ils particulièrement visés ?

Les personnes âgées constituent une cible privilégiée pour plusieurs raisons. Elles disposent souvent d’économies accumulées, sont moins familières avec les outils de vérification en ligne et accordent davantage de confiance aux présentations en face à face. Le format réunion imite celui des séminaires financiers légitimes, ce qui brouille la perception du risque.

Les autorités coréennes avaient déjà identifié ce profil de victimes. En 2025, les escroqueries à l’investissement et les montages de type pyramidal représentaient la majorité des 40 000 cas recensés : soit un préjudice moyen de 810 dollars par victime, mais avec des pertes individuelles pouvant atteindre plusieurs dizaines de milliers de dollars selon les cas rapportés.

Ce ciblage méthodique n’est pas sans rappeler les pratiques observées dans les affaires de faux membres de plateformes crypto arrêtés en Chine, où la légitimité apparente d’un nom connu servait d’appât.

La Corée du Sud a renforcé sa réglementation sur les actifs virtuels ces dernières années. Depuis 2021, les exchanges doivent s’enregistrer auprès de l’Unité de renseignement financier (KoFIU). La loi sur la protection des utilisateurs d’actifs virtuels, entrée en vigueur en juillet 2024, impose des obligations de transparence et de ségrégation des fonds.

Pourtant, ces réunions de vente hors plateforme échappent à ce cadre : elles ne passent par aucun exchange enregistré et exploitent la méconnaissance des victimes sur ce qui constitue un actif virtuel légal. Le pays avait pourtant lancé un pilote de monnaie numérique de banque centrale en parallèle, montrant que l’innovation crypto institutionnelle coexiste avec une criminalité financière persistante.

Le parquet de Séoul a ouvert des enquêtes sur plusieurs réseaux similaires au cours des 12 derniers mois, sans que cela ne décourage ces opérateurs qui changent régulièrement de local et de nom de projet.

Indicateur Données 2025
Victimes d’infractions crypto en Corée 40 000+ personnes
Préjudice total 32,4 millions de dollars
Principales infractions Escroqueries à l’investissement, pyramides
Gains promis par les vendeurs x100 à x120 sur la mise initiale
Statut de la « pièce A » Absente de CoinGecko et CoinMarketCap

Et pour la France ?

Les arnaques aux cryptomonnaies non cotées ne sont pas une exclusivité coréenne. L’AMF recense régulièrement des offres frauduleuses ciblant les épargnants français, notamment via des appels téléphoniques non sollicités ou des réunions d’investissement. Tout projet promettant des rendements de 100x sur un actif introuvable sur les grandes plateformes doit être considéré comme une alerte maximale. L’AMF publie une liste noire régulièrement mise à jour, consultable sur son site officiel.

Lecture CryptoActu L’affaire coréenne illustre une limite des régulations actuelles : elles s’appliquent aux plateformes enregistrées, pas aux réseaux de vente hors ligne. Tant que des vendeurs peuvent organiser des réunions physiques pour distribuer des tokens fictifs, le cadre légal : aussi solide soit-il : ne protège pas les victimes les plus vulnérables. Ce vide réglementaire existe dans la plupart des pays, y compris au sein de l’UE.

À retenir

Des réunions de vente illégales continuent de cibler les seniors coréens avec des promesses de gains astronomiques sur des cryptos inexistantes. Avec 40 000 victimes et 32,4 millions de dollars de pertes en un an, la Corée du Sud fait face à une menace persistante que sa réglementation ne parvient pas à éliminer. À surveiller : l’évolution des enquêtes pénales en cours à Séoul et d’éventuelles mesures ciblant spécifiquement la vente hors plateforme.

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