En décembre 2022, Apple annonçait qu’il autoriserait le sideloading d’applications sur iOS en Europe, une concession arrachée par le Digital Markets Act (DMA) de l’Union européenne. La commission de 30 % que la firme de Cupertino prélevait sur les ventes de NFT via son App Store avait cristallisé les tensions avec tout l’écosystème Web3. Cette décision réglementaire allait transformer l’Europe en laboratoire d’une nouvelle relation entre les grandes plateformes et les applications crypto.

En bref

  • Apple prélevait 30 % sur les ventes de NFT réalisées via les apps de l’App Store
  • Le Digital Markets Act (DMA) européen oblige les gatekeepers à autoriser les stores tiers depuis mars 2024
  • Apple a introduit le sideloading sur iOS 17.4 en Europe en mars 2024, mais avec des conditions restrictives
  • Des frais alternatifs de 0,50 euro par installation au-dessus du million d’apps ont été contestés par la Commission
  • En 2025, la Commission européenne a ouvert plusieurs procédures contre Apple pour non-conformité au DMA
Apple et le DMA européen : chronologie 2022-2025 Timeline montrant les étapes clés de la confrontation entre Apple et la réglementation européenne DMA, de l'adoption du texte en 2022 à l'ouverture iOS en 2024. Nov. 2022 DMA adopté Déc. 2022 Apple annonce l''ouverture Mar. 2024 iOS 17.4 UE sideloading 2025 Procédures CE non-conformite UE legifere Apple reagit Mise en oeuvre Conformite contestee

Pourquoi la commission Apple de 30 % posait-elle problème aux NFT ?

La politique tarifaire de l’App Store créait une incompatibilité fondamentale avec le modèle économique des NFT. Sur une vente de NFT à 1 000 dollars réalisée via une application iOS, Apple prélevait 300 dollars au passage, en plus des frais de marketplace et des frais de réseau blockchain. Cette triple imposition rendait le marché iOS économiquement non viable pour la plupart des applications NFT.

Les conséquences étaient directes. MetaMask avait bridé ses fonctionnalités d’achat de NFT sur iOS pour contourner la règle. OpenSea avait restreint certaines transactions. D’autres projets avaient simplement renoncé à proposer une application iOS fonctionnelle, réservant l’expérience complète aux utilisateurs web ou Android.

Le cofondateur de MetaMask, Dan Finlay, avait publiquement appelé les utilisateurs à quitter l’écosystème Apple en 2022, dénonçant un “abus de position dominante”. Ce type de prise de position publique de la part d’acteurs majeurs du Web3 illustrait l’ampleur du conflit. (Apple Newsroom, 2022)

Qu’impose concrètement le Digital Markets Act à Apple ?

Le Digital Markets Act, entré en application en mars 2024, classifie Apple comme “gatekeeper” de l’Union européenne. Ce statut impose une série d’obligations d’interopérabilité et d’ouverture. La plus importante pour l’écosystème Web3 : l’obligation d’autoriser l’installation d’applications depuis des sources extérieures à l’App Store officiel, le sideloading.

Concrètement, Apple devait permettre aux utilisateurs européens d’iPhone et d’iPad d’installer des stores d’applications alternatifs et des applications individuelles sans passer par l’App Store. Cette obligation supprime mécaniquement la capacité d’Apple à imposer sa commission de 30 % sur l’ensemble des transactions numériques via iOS en Europe.

Le DMA prévoyait des amendes pouvant atteindre 10 % du chiffre d’affaires mondial annuel d’Apple en cas de non-conformité, soit potentiellement plusieurs dizaines de milliards d’euros. L’entreprise n’avait objectivement pas le choix de se conformer, même si elle pouvait choisir les modalités de cette conformité. (Journal Officiel UE - Digital Markets Act, 2022)

Comment Apple a-t-il mis en oeuvre l’ouverture en pratique ?

La mise en oeuvre par Apple du DMA en mars 2024 via iOS 17.4 a immédiatement soulevé des controverses. La société a introduit des “frais de technologie de base” de 0,50 euro par installation au-delà du premier million d’applications distribuées par an, applicables aux stores alternatifs. Elle a également maintenu un processus de “notarisation” obligatoire, par lequel Apple examine et approuve chaque application avant distribution, même via des stores tiers.

La Commission européenne a ouvert des procédures formelles pour évaluer si ces conditions constituaient une conformité réelle ou une conformité de façade. Selon Bloomberg, Apple a défendu sa position en arguant que ces mesures protégeaient la sécurité des utilisateurs, un argument que la Commission n’a pas retenu comme suffisant.

Pour les applications NFT et crypto, l’ouverture a eu des effets concrets mais limités. Les stores Web3 spécialisés ont pu se déployer sur iOS en Europe. Certaines fonctionnalités auparavant bridées ont été rétablies. Mais les conditions restrictives maintenues par Apple ont réduit l’ampleur de cette ouverture par rapport à ce qu’envisageait le législateur européen. (The Verge, 2024)

Quel bilan en 2025-2026 pour l’Europe comme territoire Web3 ?

L’hypothèse émise en décembre 2022 - que l’Europe pourrait devenir un “eldorado NFT” grâce au DMA - s’est avérée partiellement juste. L’Europe dispose désormais d’un régime d’exception par rapport aux États-Unis et à l’Asie sur la question du sideloading iOS. Cette différence réglementaire a créé des opportunités spécifiques pour les développeurs Web3 ciblant le marché européen.

Mais d’autres contraintes réglementaires européennes ont contrebalancé cet avantage. Le règlement MiCA (Markets in Crypto-Assets), entré en vigueur progressivement depuis 2024, impose des obligations de conformité aux émetteurs de crypto-actifs et aux prestataires de services. Les NFT utilitaires et les plateformes d’échange ont dû s’adapter à un cadre légal exigeant.

Le bilan net reste positif pour les acteurs institutionnels qui recherchent la clarté réglementaire plutôt que l’absence de règles. L’Europe offre en 2025-2026 un cadre à la fois plus ouvert qu’Apple (côté distribution) et plus structuré que d’autres juridictions (côté conformité). C’est une combinaison qui attire certains acteurs et en rebute d’autres, selon leur rapport au risque réglementaire. (Bloomberg, 2022)

Questions fréquentes

Le sideloading iOS est-il disponible hors Europe en 2026 ?

Non. En 2026, le sideloading sur iPhone reste limité à l’Espace Economique Européen. Apple a explicitement conditionné cette ouverture aux territoires où des réglementations similaires au DMA l’imposent. Les utilisateurs américains, canadiens, asiatiques ou africains ne peuvent toujours pas installer d’applications iOS hors App Store. Cette situation alimente un débat aux États-Unis, où plusieurs projets législatifs similaires au DMA ont été discutés mais pas encore adoptés. Apple défend cette limitation géographique comme une approche pragmatique de conformité réglementaire.

Les NFT peuvent-ils maintenant être achetés librement via iPhone en Europe ?

Partiellement. Depuis mars 2024, des applications NFT non soumises aux conditions de l’App Store peuvent être distribuées via des stores alternatifs en Europe. Cela signifie que des marketplaces NFT peuvent théoriquement offrir une expérience d’achat complète sans commission Apple. En pratique, l’adoption des stores alternatifs reste limitée par la complexité du processus d’installation pour l’utilisateur moyen. Les applications disponibles sur l’App Store officiel restent soumises aux règles d’Apple, y compris la commission, si elles traitent des transactions via le système de paiement Apple.

Qu’est-ce que le règlement MiCA et comment affecte-t-il les NFT en Europe ?

MiCA (Markets in Crypto-Assets Regulation) est le cadre réglementaire européen pour les crypto-actifs, entré en application progressive depuis 2024. Il couvre principalement les tokens fongibles (stablecoins, utility tokens, security tokens) et les prestataires de services sur actifs numériques (exchanges, custodians). Les NFT purs sont généralement exclus de son champ d’application direct, sauf s’ils présentent des caractéristiques financières (fractions, rendements). En revanche, les plateformes qui échangent ou conservent des NFT assimilables à des instruments financiers tombent sous MiCA. Ce cadre offre une certitude juridique que d’autres juridictions n’ont pas, ce qui représente un avantage pour les acteurs institutionnels souhaitant se conformer.

Sources

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