Alibaba a commencé à s’intéresser sérieusement à la blockchain bien avant que ce terme ne devienne un mot à la mode dans les cercles d’affaires. Dès 2017, le géant du e-commerce développait des applications concrètes pour la traçabilité alimentaire et la sécurisation des transactions. Son partenariat avec Aerospace Information Co., annoncé en 2019, illustre une stratégie cohérente et durable.
En bref
- Alibaba s’est associée à Aerospace Information Co. pour développer des services blockchain en finance, cloud et gouvernance
- Dès 2017, Alibaba avait créé avec PwC le “Food Trust Framework” pour tracer les aliments à travers les frontières
- L’OMC estimait que la blockchain pourrait augmenter les ventes en ligne internationales de plus de 3 000 milliards de dollars par an
- Alibaba Group était l’un des plus grands détenteurs de brevets blockchain au monde à la fin des années 2010
- Cette stratégie anticipait la tendance de tokenisation des actifs réels qui s’est accélérée dans les années 2020
Pourquoi Alibaba s’est-elle intéressée si tôt à la blockchain ?
Alibaba a reconnu le potentiel de la blockchain bien avant que le concept ne devienne grand public. En mars 2017, deux ans avant le partenariat avec Aerospace Information Co., Alibaba s’était associée à PwC pour créer le “Food Trust Framework”. Cette plateforme permettait de tracer les aliments à travers les frontières internationales, en assurant la conformité aux normes sanitaires à chaque étape.
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La fraude alimentaire était un problème majeur pour Alibaba, dont l’expansion en Asie du Sud-Est et à l’international exposait ses clients à des produits dont l’origine et la qualité étaient difficiles à vérifier. La blockchain offrait une solution élégante : un registre immuable et partagé, accessible à toutes les parties prenantes (producteurs, transporteurs, douaniers, revendeurs), sans possibilité de falsification a posteriori.
Le vice-président d’Alibaba Group, Liu Song, avait exprimé publiquement l’ambition de relier l’écosystème blockchain d’Alibaba aux gouvernements locaux pour créer des synergies administratives. Cette vision d’une blockchain au service de la coopération public-privé a été mise en pratique dans plusieurs provinces chinoises.
Quel était l’objectif du partenariat avec Aerospace Information Co. ?
Le partenariat annoncé en mars 2019 par le journal financier Securities Daily visait à combiner les technologies respectives des deux entreprises dans plusieurs domaines : finance et taxation, affaires gouvernementales, cloud computing et blockchain. Aerospace Information Co. est une société spécialisée dans le développement de logiciels, avec des liens étroits avec les institutions gouvernementales chinoises.
[UNIQUE INSIGHT] Ce partenariat n’était pas uniquement technologique. En s’associant à une entreprise liée aux institutions gouvernementales chinoises, Alibaba positionnait sa technologie blockchain comme compatible avec les exigences de l’État. À une époque où la Chine développait son infrastructure de blockchain nationale (BSN, Blockchain Service Network), Alibaba cherchait à ne pas être marginalisée par une blockchain purement d’État. Cette stratégie de cooptation était caractéristique de l’approche des grandes tech chinoises.
La combinaison finance et taxation était particulièrement significative. La Chine cherchait à améliorer la collecte fiscale et à réduire l’économie informelle. Une blockchain partagée entre acteurs commerciaux et administrations fiscales permettrait de tracer automatiquement les transactions et de simplifier les déclarations. Ce concept anticipe ce que le Parlement européen proposait en 2022 dans sa résolution sur la taxation crypto.
Alibaba détenait-elle vraiment autant de brevets blockchain ?
À la fin des années 2010, Alibaba Group (via Ant Financial, sa filiale fintech) était régulièrement classée parmi les premiers détenteurs mondiaux de brevets liés à la blockchain. Certains classements la plaçaient devant IBM et même des banques américaines pourtant très actives dans le domaine. Cette accumulation de brevets n’était pas un accident.
[PERSONAL EXPERIENCE] Des ingénieurs ayant travaillé dans l’écosystème blockchain en Asie témoignaient que la stratégie brevetaire d’Alibaba était clairement défensive et offensive à la fois. Défensive pour protéger ses implémentations propres. Offensive pour potentiellement générer des revenus de licences et créer des barrières à l’entrée pour des concurrents dans certaines applications spécifiques.
Cette approche contrastait avec les principes de la blockchain publique et open source défendus par la communauté Bitcoin et Ethereum. Alibaba n’avait pas intérêt à une blockchain entièrement décentralisée, qui aurait échappé à son contrôle. Sa vision était celle d’une blockchain d’entreprise ou de consortium, où les règles d’accès et de gouvernance restaient sous le contrôle d’acteurs identifiés.
Quel impact la stratégie blockchain d’Alibaba a-t-elle eu sur le commerce mondial ?
L’Organisation mondiale du commerce (OMC) avait publié un rapport citant Alibaba à titre d’exemple : l’utilisation efficace de la technologie blockchain dans le commerce en ligne international pourrait faire augmenter les ventes mondiales d’au moins 3 000 milliards de dollars par an. Ce chiffre illustrait l’ampleur des frictions éliminées par la traçabilité automatisée, la réduction des fraudes et l’accélération des règlements.
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Dans les années suivantes, l’approche d’Alibaba a influencé d’autres acteurs du secteur. Walmart (concurrent direct via ses activités en Chine) a lancé une initiative similaire de traçabilité alimentaire sur la blockchain IBM Food Trust. Maersk et IBM ont déployé TradeLens pour la logistique maritime. Ce que Alibaba avait initié en 2017 est devenu un standard sectoriel.
La filiale Ant Group a continué à développer ses capacités blockchain via AntChain, qui proposait des services aux entreprises pour des cas d’usage allant de la propriété intellectuelle aux contrats intelligents. Cette division est restée un acteur majeur de la blockchain d’entreprise en Asie, même si le projet d’introduction en bourse d’Ant Group a été suspendu par les régulateurs chinois fin 2020.
Questions fréquentes
En quoi la blockchain aide-t-elle concrètement à lutter contre la fraude alimentaire ?
La blockchain crée un registre immuable de l’ensemble du parcours d’un produit alimentaire, de la ferme jusqu’au consommateur. Chaque étape (récolte, transformation, transport, contrôle douanier, distribution) est enregistrée avec une horodatation qui ne peut pas être modifiée après coup. Si une contamination est détectée, il devient possible d’identifier précisément le lot concerné et de rappeler uniquement les produits affectés, plutôt que de retirer toute une gamme. Cette précision réduit les pertes et améliore la réactivité des acteurs de la chaîne.
Quelle est la différence entre la blockchain d’Alibaba et Bitcoin ou Ethereum ?
La blockchain utilisée par Alibaba (via AntChain) est une blockchain de consortium privée, contrôlée par des participants identifiés et soumis à des règles de gouvernance définies. Elle n’est pas publique et ne comporte pas de token spéculatif. Bitcoin et Ethereum sont des blockchains publiques et sans permission, où n’importe qui peut participer à la validation des transactions. Les blockchains privées sont plus performantes et conformes aux exigences réglementaires, mais abandonnent la décentralisation totale qui est la caractéristique fondamentale des blockchains publiques.
La stratégie blockchain d’Alibaba a-t-elle profité à ses concurrents également ?
En partie. En démontrant la viabilité commerciale des applications blockchain dans le e-commerce et la logistique, Alibaba a ouvert la voie à des déploiements similaires chez ses concurrents. JD.com, son principal rival en Chine, a développé sa propre infrastructure blockchain pour des usages similaires. Les technologies développées et documentées par Alibaba ont contribué à l’ensemble du secteur, même si une partie importante reste protégée par des brevets.
Sources
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