En novembre 2017, la société Tether, émettrice du jeton USDT, annonçait le piratage du portefeuille de trésorerie gérant ses tokens. Un attaquant avait détourné 30 950 010 dollars d’USDT vers une adresse non autorisée. L’épisode a marqué les débuts mouvementés de ce qui est devenu la première stablecoin du marché.

Au programme Le déroulé du hack de 2017, la réponse en hardfork d’urgence de Tether, puis un large bilan 2026 : capitalisation d’USDT, composition des réserves, position vis-à-vis de MiCA et controverses persistantes.

Le hack de novembre 2017

Le 19 novembre 2017, près de 30,95 M$ d’USDT quittent le trésor de Tether pour une adresse contrôlée par un tiers. Tether annonce publiquement l’attaque le lendemain. La société précise alors que ses émissions ne sont pas affectées et que seuls les jetons dérobés sont concernés.

Des analyses ultérieures de la chaîne Bitcoin ont relié ces fonds à des adresses associées au piratage de la plateforme Bitstamp survenu en janvier 2015. Le lien n’a jamais débouché sur une attribution publique formelle.

La réponse : un hardfork d’urgence

Par mesure de sécurité, Tether a déployé plusieurs actions immédiates pour contenir l’incident et empêcher la recirculation des jetons volés.

  • Le service de porte-monnaie tether.to a été temporairement suspendu, le temps d’examiner la cause de l’attaque.
  • Une mise à jour du logiciel Omni Core a été déployée pour bloquer l’entrée des fonds dérobés dans l’écosystème. Les jetons concernés ont été marqués comme volés et rendus non échangeables. Cette divergence de consensus constituait un hardfork temporaire.
  • Tether et la fondation Omni, responsable du développement d’Omni Core, ont travaillé à récupérer les jetons et à rectifier la divergence introduite par la mise à jour.

Dans sa publication, Tether insistait sur l’intégrité de ses réserves.

« Les émissions de Tether n’ont pas été affectées par cette attaque, et tous les jetons restent entièrement adossés à des avoirs dans la réserve de Tether. Les seuls jetons qui ne seront pas échangés sont ceux qui ont été volés au trésor. »

Un tether-dollar reste par construction adossé au dollar : c’est un stablecoin dont la valeur cible est de 1 USD. USDT circule aujourd’hui sur de nombreuses blockchains, bien au-delà du protocole Omni Layer d’origine.

Depuis : que devient Tether en 2026 ?

L’incident de 2017 paraît minuscule au regard de la taille atteinte par l’émetteur. Selon les données de marché, l’offre d’USDT en circulation avoisine 190 milliards de dollars au printemps 2026, contre environ 118 milliards début 2025. USDT reste de loin le premier stablecoin devant l’USDC.

Cette domination s’explique par sa profondeur de liquidité sur les marchés, son usage massif pour le trading de paires Bitcoin et Ethereum, et son adoption dans les économies à forte inflation comme réserve en dollars.

Réserves et rentabilité

Tether publie des attestations trimestrielles produites par le cabinet BDO Italia. La société a déclaré plus de 10 milliards de dollars de bénéfice net pour 2025, portée par ses revenus sur les obligations du Trésor américain.

Son exposition au Trésor américain, directe et indirecte, a atteint un record proche de 135 milliards de dollars, plaçant l’émetteur parmi les plus gros détenteurs mondiaux de dette publique américaine. Fin 2025, ses réserves comprenaient aussi de l’or et du Bitcoin, pour respectivement environ 17 et 8 à 10 milliards de dollars.

En mars 2026, Tether a annoncé l’engagement d’un cabinet d’audit du Big Four pour un examen complet des états financiers d’USDT, censé remplacer les attestations ponctuelles utilisées depuis 2021. Cette transition vers un audit complet est attendue de longue date par le marché.

Le tournant réglementaire : MiCA et GENIUS Act

L’entrée en vigueur du règlement européen MiCA a rebattu les cartes. Faute d’agrément EMT, USDT ne peut plus être proposé librement aux particuliers dans l’Espace économique européen depuis 2025. Plusieurs plateformes ont délisté le stablecoin pour leurs utilisateurs européens.

Tether a fait le choix assumé de ne pas solliciter d’agrément MiCA, jugeant certaines exigences, notamment sur la localisation des réserves en banques européennes, incompatibles avec son modèle. À l’inverse, aux États-Unis, le GENIUS Act adopté en 2025 a poussé l’émetteur à lancer un stablecoin dédié, USAT, conçu pour respecter ce cadre fédéral.

Controverses persistantes

L’histoire de Tether reste jalonnée de litiges. En 2021, la société et sa filiale Bitfinex avaient transigé avec le procureur de l’État de New York, qui leur reprochait d’avoir dissimulé des pertes et exagéré le niveau de couverture des réserves, sans reconnaissance de culpabilité.

Le débat sur la transparence n’a jamais totalement disparu. La bascule annoncée vers un audit complet par un cabinet du Big Four vise précisément à répondre à ces critiques récurrentes sur la nature exacte des actifs adossés à chaque dollar émis.

Sécuriser ses stablecoins

Le hack de 2017 ciblait le trésor de l’émetteur, mais les particuliers restent exposés à leurs propres risques de garde. Détenir ses USDT sur un wallet personnel, idéalement matériel comme un Ledger Nano X, réduit la dépendance à une plateforme tierce.

Pour suivre la valeur de ses avoirs, le convertisseur crypto permet de chiffrer un montant d’USDT en euros, tandis que la heatmap et l’indice Fear and Greed offrent une lecture rapide du sentiment de marché. Les investisseurs en France peuvent aussi passer par un acteur régulé comme Coinhouse.

L’architecture des stablecoins repose sur un mécanisme de consensus et sur l’adossement à des actifs en monnaie fiat ou équivalents. Comprendre cette plomberie aide à mesurer ce qui distingue un stablecoin solide d’un projet fragile, un enjeu central de la catégorie stablecoins.

Sources

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