Environ 3 à 4 millions de bitcoins seraient définitivement perdus, selon les estimations publiées par Chainalysis. À un prix de 60 000 $ l’unité, cela représente entre 180 et 240 milliards de dollars évaporés, pour toujours. Mots de passe oubliés, disques durs jetés à la poubelle, dirigeants d’exchanges morts avec leurs clés privées : voici les sept cas les plus spectaculaires de bitcoins irrécupérables.
Au programme
- Stefan Thomas : 7 002 BTC bloqués sur une clé IronKey, 2 tentatives restantes avant verrouillage définitif
- James Howells : un disque dur contenant 8 000 BTC enfoui dans une décharge galloise depuis 2013
- QuadrigaCX : 190 millions de dollars en crypto inaccessibles après la mort suspecte de Gerald Cotten en 2018
Stefan Thomas : 2 essais restants pour 7 002 BTC
Stefan Thomas, développeur germano-américain, a reçu 7 002 BTC en 2011 en échange d'une vidéo explicative sur le fonctionnement de Bitcoin. À l'époque, la somme valait quelques centaines de dollars. Aujourd'hui, au prix actuel du marché, ces bitcoins représentent plusieurs centaines de millions de dollars.
Le problème : Thomas a perdu le papier sur lequel il avait noté le mot de passe de sa clé IronKey. Ce type de clé USB chiffre et détruit son contenu après dix tentatives incorrectes. Thomas a déjà essayé huit fois. Il lui reste deux essais. Après, les fonds sont perdus pour l'éternité cryptographique. Dans une interview accordée au New York Times en janvier 2021, il a décrit des nuits entières passées à ruminer les combinaisons de mots de passe qu'il utilisait habituellement, sans succès. Depuis, plusieurs entreprises spécialisées en récupération de données ont proposé leur aide, certaines contre une part des fonds. Thomas aurait jusqu'ici refusé ou échoué à trouver une solution viable.
Ce cas illustre une réalité brutale de la garde en [self-custody](/comparatif-wallets-crypto-ledger-trezor-phantom-metamask-rabby/) : la souveraineté totale sur ses fonds implique une responsabilité totale. Aucun service client, aucune procédure de récupération, aucun juge ne peut forcer la blockchain à restituer des fonds protégés par une clé perdue.
James Howells : 8 000 BTC sous des tonnes de déchets
En 2013, James Howells, informaticien gallois, a accidentellement jeté un disque dur contenant les clés privées de 8 000 BTC minés en 2009. Le disque a atterri dans la décharge de Newport, au Pays de Galles. Depuis, Howells multiplie les tentatives d'obtenir l'autorisation de creuser.
Les autorités locales refusent systématiquement. Elles invoquent les réglementations environnementales britanniques et les coûts opérationnels d'une excavation à grande échelle. Howells a proposé à plusieurs reprises de partager une partie des fonds récupérés avec la ville, certaines offres auraient atteint plusieurs dizaines de millions de dollars selon les médias locaux. Rien n'y fait.
En 2023 et 2024, Howells a annoncé avoir constitué une équipe d'experts en fouille et en intelligence artificielle pour localiser le disque précisément dans la décharge, si jamais l'autorisation était accordée. La mairie de Newport reste inflexible. Le disque, lui, continue de se dégrader sous des couches successives de déchets ménagers. La fenêtre de récupération se rétrécit chaque année : un disque dur mécanique enfoui dans un environnement humide et chimiquement agressif ne survivra pas indéfiniment.
QuadrigaCX : 190 millions de dollars avec Gerald Cotten dans la tombe
En décembre 2018, Gerald Cotten, fondateur et PDG de [QuadrigaCX](/des-centaines-de-millions-de-dollars-partent-en-fumee-apres-la-mort-du-ceo-de-quadrigacx/), principal exchange crypto canadien à l'époque, est mort en Inde à l'âge de 30 ans, officiellement d'une complication liée à la maladie de Crohn. Il était le seul à connaître les mots de passe des wallets froids de la plateforme.
Résultat : environ 190 millions de dollars en crypto (Bitcoin, [Ethereum](/comment-acheter-ethereum-comparatif-guide-etape-par-etape/), et plusieurs [altcoins](/categorie/altcoins/)) se sont retrouvés inaccessibles pour les 115 000 clients de la plateforme. La veuve de Cotten, Jennifer Robertson, a déclaré ne pas connaître les codes. Les administrateurs judiciaires nommés par les tribunaux canadiens n'ont pas réussi à accéder aux wallets.
L'affaire a rapidement pris une dimension trouble. Des enquêteurs indépendants et la gendarmerie royale du Canada ont relevé des incohérences majeures : une partie des fonds clients avaient déjà été déplacés avant le décès, certains wallets identifiés comme froids s'avéraient vides depuis des mois. Un rapport de l'Autorité ontarienne des valeurs mobilières publié en 2020 a conclu que Cotten opérait ce qui s'apparentait à un système frauduleux. Des théories sur une mort simulée circulent encore, sans preuve formelle établie à ce jour. QuadrigaCX reste l'une des faillites d'exchange les plus opaques de l'histoire du secteur.
Satoshi Nakamoto : environ 1 million de BTC dormants
Le créateur anonyme de Bitcoin aurait miné environ 1 million de BTC entre janvier 2009 et mi-2010, selon une analyse publiée par Sergio Lerner en 2013 et régulièrement citée depuis. Ces bitcoins n'ont jamais bougé. Aucune transaction de dépense n'est sortie de ces adresses depuis quinze ans.
Personne ne sait si [Satoshi](/top-10-plus-gros-holders-bitcoin-2026/) est vivant, mort, ou s'il a simplement décidé de ne jamais vendre. Mais à chaque mouvement de ces wallets, même infime, le marché réagirait violemment. Ce million de BTC représente à lui seul environ 5 % de l'offre totale de 21 millions. S'ils sont bien irrécupérables, ils constituent la plus grande perte individuelle de l'histoire de la crypto, par volume.
Certains analystes considèrent ces pièces comme « définitivement sorties de la circulation », ce qui renforce mécaniquement la rareté effective du Bitcoin en circulation. D'autres estiment qu'il serait hasardeux de les classer comme perdus tant qu'aucune preuve de destruction des clés privées n'existe.
Laszlo Hanyecz et les 10 000 BTC de la pizza
Le 22 mai 2010, Laszlo Hanyecz, développeur américain, a payé 10 000 BTC pour deux pizzas commandées via un intermédiaire sur le forum BitcoinTalk. C'est la première transaction commerciale documentée en Bitcoin. À l'époque, ces 10 000 BTC valaient environ 41 dollars.
Au pic historique du Bitcoin, atteint fin 2021 autour de 69 000 dollars selon CoinGecko, ces mêmes pièces auraient représenté près de 690 millions de dollars. Hanyecz a déclaré à plusieurs reprises ne pas regretter la transaction : il voulait prouver que Bitcoin pouvait fonctionner comme monnaie d'échange, et c'est exactement ce qu'il a fait. Le 22 mai est depuis célébré chaque année comme le « Bitcoin Pizza Day » dans la communauté.
Ces bitcoins ne sont pas « perdus » au sens technique : ils circulent encore, probablement divisés entre de nombreuses adresses. Mais pour Hanyecz, la valeur économique est définitivement passée. Ce cas reste le symbole le plus populaire du coût d'opportunité historique lié à Bitcoin.
Le « early miner » inconnu et les blocs de 2009
Des analyses on-chain réalisées par plusieurs chercheurs, dont Sergio Lerner, identifient un mineur très actif entre 2009 et 2010 qui aurait accumulé autour de 600 000 à 700 000 BTC, en plus des pièces attribuées à Satoshi. Ces adresses n'ont, pour la grande majorité, jamais montré de signe d'activité depuis plus d'une décennie.
L'identité de ce mineur reste inconnue. Il pourrait s'agir de Satoshi lui-même avec d'autres wallets, d'un proche, ou d'un mineur précoce ayant simplement perdu ses clés. Les estimations varient entre les sources et il serait inexact d'avancer un chiffre unique comme définitif. Ces pièces figurent parmi les plus vieilles UTXOs non dépensées de la blockchain.
Leur immobilité prolongée alimente régulièrement des spéculations sur leur récupérabilité. Chaque mouvement inattendu d'une adresse ancienne fait la une des portails spécialisés et provoque une légère pression baissière par crainte de vente.
Les pertes par négligence collective : wallets abandonnés et exchanges disparus
Au-delà des cas individuels célèbres, une masse diffuse de bitcoins a disparu par pure négligence : des millions de portefeuilles créés entre 2010 et 2015 sur des interfaces désormais fermées, des wallets dont les seeds n'ont jamais été sauvegardées, des exchanges mineurs liquidés sans procédure de remboursement.
Chainalysis estime régulièrement dans ses rapports annuels qu'entre 17 et 23 % de l'offre totale de Bitcoin serait perdue ou dormante depuis plus de cinq ans. L'estimation précise varie selon la méthodologie retenue pour distinguer un wallet « perdu » d'un wallet détenu par un investisseur très patient. Les deux millions de BTC restants issus de [faillites d'exchanges](/categorie/hacks-securite/) comme [Mt. Gox](/mt-gox-pistes-rouvrir-plateforme-3-ans-apres-piratage/) (résolu partiellement en 2024 via remboursements aux créanciers) ou Cryptsy ont constitué d'autres épisodes marquants, même si une partie des fonds a été redistribuée in fine.
Ces pertes collectives ont un effet structurel : elles réduisent l'offre effectivement circulante, ce qui modifie les modèles de valorisation à long terme. Stock-to-flow et autres outils d'analyse intègrent parfois cette rareté augmentée, même si son ampleur exacte reste impossible à certifier depuis l'extérieur de la chaîne.
En résumé
Chainalysis et d’autres firmes d’analyse on-chain continuent d’affiner leurs modèles pour quantifier les bitcoins définitivement sortis de la circulation. Avec le halving d’avril 2024 ayant encore réduit l’émission de nouveaux BTC, la question de l’offre réellement disponible prend un poids croissant dans les arguments des investisseurs institutionnels. Des solutions technologiques émergent, notamment des techniques avancées de récupération cryptographique et des procédures judiciaires plus sophistiquées, mais aucune ne permet à ce jour de forcer une blockchain à révéler une clé privée perdue. James Howells annonce toujours vouloir creuser. Stefan Thomas a toujours deux essais devant lui.
Questions fréquentes
Peut-on vraiment récupérer un Bitcoin dont on a perdu le mot de passe ?
Dans la majorité des cas, non. La cryptographie qui protège un wallet Bitcoin est conçue pour être inviolable sans la clé privée ou la seed phrase. Des entreprises spécialisées comme Wallet Recovery Services peuvent parfois aider si le mot de passe est approximativement connu (quelques caractères oubliés), mais si la clé est totalement perdue, les fonds le sont aussi. Aucune autorité centrale ne peut réinitialiser un wallet Bitcoin.
Pourquoi la mairie de Newport refuse-t-elle de laisser James Howells creuser ?
Les autorités locales invoquent principalement les réglementations environnementales britanniques encadrant les décharges, ainsi que les coûts et risques opérationnels d’une excavation à grande échelle. Une décharge est un site contrôlé : y effectuer des fouilles non planifiées violerait plusieurs règlements relatifs à la gestion des déchets. Howells a proposé des compensations financières significatives, sans convaincre les élus locaux à ce jour.
Les bitcoins de Satoshi Nakamoto sont-ils vraiment perdus ou simplement non dépensés ?
Personne ne le sait avec certitude. Ces adresses n’ont jamais émis de transaction sortante depuis 2009-2010, ce qui les fait apparaître comme dormantes ou perdues dans les analyses on-chain. Mais l’absence d’activité ne prouve pas la perte de la clé. Satoshi pourrait théoriquement dépenser ces fonds demain. Sans preuve de destruction des clés, le classement “perdus” reste une hypothèse, certes plausible au vu du temps écoulé.
L’affaire QuadrigaCX a-t-elle débouché sur des poursuites judiciaires ?
Les autorités canadiennes, dont la Gendarmerie royale du Canada, ont ouvert des enquêtes. L’Autorité ontarienne des valeurs mobilières a publié un rapport accablant en 2020 concluant à des pratiques frauduleuses de la part de Gerald Cotten. Cependant, Cotten étant décédé, aucune poursuite pénale n’a pu être menée contre lui. Des procédures civiles ont permis à certains créanciers de récupérer une partie infime de leurs fonds via les actifs de la succession.
Laszlo Hanyecz a-t-il continué à utiliser Bitcoin après la transaction pizza ?
Oui. Hanyecz est resté actif dans la communauté Bitcoin et développeur confirmé. Il a effectué d’autres achats en Bitcoin par la suite, notamment une autre transaction pizza via le Lightning Network en 2018, pour illustrer les capacités de la couche 2. Il a toujours présenté la transaction de 2010 comme une contribution délibérée à la preuve de concept de Bitcoin, non comme une erreur.
Combien de bitcoins sont estimés perdus au total, et quel impact sur le prix ?
Les estimations de Chainalysis situent les pertes définitives entre 3 et 4 millions de BTC, soit 14 à 19 % de l’offre totale de 21 millions. Cette rareté augmentée réduit mécaniquement l’offre circulante réelle. Certains modèles de valorisation intègrent cette donnée pour justifier des prix cibles plus élevés à long terme, bien que la causalité directe reste difficile à isoler des autres facteurs de marché.
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